CHAPEAU MELON & BOTTES DE CUIR - The Avengers

Chapeau Melon et Bottes de Cuir
HORS SERIE

 

SAGA JAMES BOND

ÈRE SEAN CONNERY
ÈRE GEORGE LAZENBY
ÈRE ROGER MOORE
ÈRE TIMOTHY DALTON

ÈRE PIERCE BROSNAN

ÈRE DANIEL CRAIG


1. Casino Royale (Casino Royale) - 2006

2. Quantum of Solace (Quantum of Solace) - 2008

 


1. CASINO ROYALE
(CASINO ROYALE)


 

 

Je  suis resté désappointé dès la scène d’ouverture, devant un face-à-face convenu au possible (au dernier recensement le gag de l’arme déchargée a été utilisé 25 266 fois depuis 1950, 25 267 fois désormais), délicatement assorti par à combat classieux au possible dans les toilettes. On a vu la même scène en plus spectaculaire dans Terminator 3, avec en prime Kristanna Loken et surtout un peu d’humour ! Vraiment on a connu par le passé des introductions autrement stimulantes que celle-ci… Ah, les fleurs sur le cadavre du sympathique colonel, so British !…

Le malaise s’accroît avec un générique porté par une chanson très fade, dont je suis à peu près certain qu’elle ne deviendra pas un de ces standards irrésistibles, reconnaissables dès les premières notes des décennies après leur parution… Les images elles-mêmes n’ont pas la splendeur onirique ou spectaculaire des autres 007, on se retrouve ici face à un clip un peu haut de gamme (très Dépêche Mode), rien de plus. Et puis comment dire, on se retrouve entre mecs, c’est d’un triste… Les piques sortant des révolvers sont d’un ridicule achevé, ils font penser à ces petits drapeaux marqués "Boum" ! Mais, attendez ! Des hommes apparaissant tout rouges, avant de tomber en poussière ? Bon sang ! Mais c’est bien sûr. Ce générique veut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé. Si c’est ça, pas de problème, il remplit parfaitement son objectif. Cela va faire trente ans que les génériques de James Bond m’enthousiasment et m’émerveillent et je peux tranquillement dire ici que c’est la première fois que j’ai été pressé d’en voir la fin. On dira peut-être que j’accorde trop d’importance à ce qui reste simplement un générique, mais c’est que l’on n’aime alors pas vraiment James Bond à mon avis.

Le principal problème du film demeure à mon sens le manque létal d’intérêt du Chiffre (que j’ai affectueusement surnommé la Chiffe). Bourré de complexes (le Chiffre et l’Électre en quelque sorte…) il est tout à fait dépourvu du charisme et de la flamboyante personnalité des grands ennemis de Bond. Pour compenser son manque d’identité, on l’affuble d’une disgrâce physique idiote, ne débouchant sur rien (la balle dans le cerveau de Renard était autrement troublante, notamment grâce au grand talent de Carlyle). Cela devient vite irritant au possible, d’autant que c’est plutôt le spectateur qui pleure du sang devant ces pitreries, on dirait qu’il nous nargue, le sacripant.

Plus grave, pour compenser le manque d’opposition, et parce qu’il faut bien tenir les 2h20 coco (Dieu que ce film est long !), les auteurs sont appelés à multiplier les méchants (le client mystère, le terroriste africain, l’agent double, la trahison de Vesper…), jusqu’à émietter l’action. On se situe rigoureusement à l’inverse des grands affrontements caractérisant les grands crus, avec un duel au soleil entre 007 et un adversaire charismatique. Il suffit de voir Largo dans Opération Tonnerre, pour comprendre à quel point la stratégie de Casino Royale s’avère contre-productive.

La pire conséquence demeure toutefois le rallongement de sauce assez pénible suivant la chute du Chiffre, avec une deuxième intrigue assez bidon et téléphonée, alors même que l’on commence à en avoir vraiment assez de tout cela. Ce film s’affirme comme un excellent argumentaire contre l’acharnement thérapeutique! Non, Casino Royale est avant tout un 007 très mal écrit, peut-être tout simplement parce que le roman (que je n’ai pas lu) est un Fleming particulièrement en retrait, cela arrive même aux meilleurs. Privé d’un centre de gravité ce mauvais scénario s’éparpille et nous ennuie terriblement. Toxico au fantastique comme je suis, j’ai un instant caressé l’espoir que ce triste dénouement soit une hypnose ou le résultat d’une drogue onirique (à la Philip K Dick) administrée à 007 par le Chiffre pour le faire parler. Non, on en reste à un prolongement artificiel de l’intrigue bien basique.

Autre sujet de déception : la dimension automobile du film, toujours importante chez 007. Si la décision d’embargo prise par les propriétaires d’alors de l’Austin Martin semble bien exagérée, on la comprend quelque peu… Ce n’est pas l’accident qui me pose problème mais le manque total d’action sur quatre roues l’ayant précédé. La DB 5 de Goldfinger se plante pareillement, mais après une scène d’anthologie alors qu’ici la voiture reste platement au parking au lieu d’être mise en valeur, servant de centre de premier secours. Quelle bonne idée que le défibrillateur demeurant dans la voiture, c’est si pratique quand on percute un quinze tonnes. C’est tout de même la première fois que le gadget de voiture le plus spectaculaire du film est … la boite à gants ! Cela doit être une de ces fameuses innovations dont ce joyau du septième Art a le secret. Loué soit EON, on aperçoit l’authentique DB 5 (sauf erreur de ma part), la vraie, la seule, l’authentique, mais elle n’apporte pas grand-chose à l’action non plus, se bornant à nous faire cruellement ressentir une vive nostalgie pour un âge d’or à jamais révolu… Ce n’est donc pas la voiture non plus qui tirera ce 007 de l’ornière, celle de Meurs un autre jour était certes grotesque, mais là on passe à l’excès inverse tout de même…

Au rayon innovations révolutionnaires (le grand Bond en avant, en quelque sorte…), on assiste à la disparition sans tambour ni trompette de deux piliers de la série : Miss Moneypenny et Q. Pour Moneypenny, cela ne me dérange pas beaucoup, même si le personnage était toujours là formellement, son importance avait beaucoup décrue, Lois Maxwell n’ayant jamais été vraiment remplacée à mon sens ( Et puis : - I’m The money, - Every Penny of it, ah,ah,ah, very funny indeed!). Pour Q, là par contre je ne suis pas du tout d’accord, d’autant que le grand John Cleese avait bien su négocier le difficile remplacement du très regretté Desmond Llewelyn. Bon, c’est certainement petit, idiot, routinier, borné, has been etc..., mais pour moi Bond c’est un rituel, et Q en était une figure majeure, suscitant toujours des scènes irrésistibles avec 007. C’est un vrai crève-cœur de s’en passer, et au profit de quoi je vous le demande ? Bond reçoit sa voiture comme on se fait livrer une pizza, ça doit être cela, la modernité...

Seule figure a avoir échappé à la purge stalinienne : M, que cela soit dû au prestige de Dame Judi Dench ou à un salutaire réflexe de survie du scénariste. Cela doit être la modernité là aussi mais voir M dans son intimité, au lit avec son homme, ne m’a que médiocrement intéressé. Ah oui j’oubliais (how strange…) Felix, mais avec un acteur médiocre et une participation rachitique à l’action c’est au Leiter le plus falot de la série que nous avons affaire ici. Dieu que Jack Lord est loin ! Mais sincèrement à ce moment là du film, notre capacité d’énervement apparaît déjà trop sollicitée pour que l’on s’en émeuve, on sature purement et simplement.

Il faut dire que nous avons à supporter le pesant pensum des interminables parties de Poker à répétition, durant laquelle on se barbe à mourir. Je n’appartiens certes pas à l’élite intellectuelle capable de comprendre les règles de la version ici présentée (mais le réalisateur ne faisant aucun effort pour les expliquer, c’est que je dois être un peu simplet), j’éprouve cependant l’intuition que cela n’y aurait pas changé grand-chose... Pourtant on peut s’amuser avec le poker, l’excellent Maverick l’avait bien montré en son temps. Tiens ! La partie de Casino Royale se conclue également sur une quinte flush à pique, on va appeler ça un hommage… L’ennui que suscitent ces scènes (parmi les plus sinistres de tout 007) devient tel que l’on finit par regretter que Patrick Bruel ne fasse pas une apparition décalée en guest star française, reprenant son personnage des Guignols. Au moins cela nous aurait fait rire un peu, ce qui nous aurait bien aidé à supporter le manque presque total d’humour du film. Bad day, vraiment.

Le choix du réalisme (tout relatif) reste une option loisible. Ce n’est certes pas la mienne car quand je regarde 007 c’est pour me divertir et délirer, mais après tout ce choix peut se défendre. Simplement, quelque soit son approche, il importe de demeurer constant. Ce n’est malheureusement pas le cas ici, car le film se conclue par la vision délirante, voire Fellinienne, de la destruction d’un palais vénitien à coups de balles. On peut bien le dire : c’est du grand guignol, en contradiction totale avec les prétentions affichées jusque là. À moins bien entendu que le réalisateur n’ait voulu se lancer dans la mise en abîme, voire l’allégorie flamboyante en mettant en perspective le naufrage du palais avec celui du film. Mais, allez savoir pourquoi, je demeure sceptique. Ne boudons pas notre plaisir, les images de la Sérénissime sont magnifiques et c’est une vraie joie de voir 007 de retour dans un décor à sa mesure, lui convenant toujours idéalement depuis Bons Baisers de Russie et Moonraker.

Profitons de cette étape vénitienne pour franchir le Pont des Soupirs et aborder les bons côtés du film, car il y en a bien entendu, cela serait absurde de le nier.

White, le mystérieux client du Chiffre constitue un personnage secondaire très intéressant, avec une toute autre densité que le golden boy dégénéré. Cette mystérieuse organisation pour qui la confiance est plus importante que l’argent et qui a une manière bien à elle de sanctionner l’échec, présente une aura spectrale des plus réjouissantes. (Le SPECTRE étant une organisation bâtie sur l’intégrité absolue de ses membres, comme chacun sait). Si EON voulait relancer ces joyeux drilles, j’en serais personnellement comblé, et tant pis pour l’orthodoxie, je ne suis pas bigot non plus.

Les scènes d’action sont incroyables d’efficacité et de suspense, oui on se régale ! La plus réussie est celle de l’après générique, sa frénésie est réellement communicative ! Si le film s’était arrêté là, j’aurais applaudi des deux mains, en le trouvant un poil court tout de même ! Celle de l’aéroport me semble également étourdissante de virtuosité mais je la trouve totalement pompée dans son fonctionnement sur 24h Chrono. M joue ainsi le rôle de Chloé O’Brian, superbe promotion ! Ne chipotons pas, cette scène reste un vrai morceau de bravoure ! L’étouffoir interminable du casino vient malheureusement relativiser grandement l’impact de ces passages réussis.

Le background et la formation du personnage de Bond sont évoqués de manière assez plaisante mais ces éléments, comptant parmi les trop rares moments d’humour du film, demeurent éparpillés et esseulés. On reste bien loin de Indiana Jones III où tous ces éléments étaient mis en scène d’une manière coordonnée et dynamique, au sein d’une première partie aussi ludique que spectaculaire. Rien de tout cela ici mais il est vrai que cela aurait demandé un vrai travail d’écriture, précisément le point faible du film. Tout de même la vanne sur le martini vodka et la pirouette finale bien enlevée (dans un costard très grande époque !) m’ont bien amusé !

J’avoue avoir démarré la projection du film avec un gros a priori négatif sur Daniel Craig et son physique moscovite, et bien, pan sur le bec, cendres sur la tête, je mange mon melon, son jeu s’avère une heureuse surprise ! Je ne dis pas qu’il soit mon 007 préféré (je ne cite pas de nom, je pense que l’on aura deviné…), mais il a la présence physique et le charisme qui conviennent. Son jeu apparaît certes encore un peu abrupt et surtout dépourvu de cette petite touche anglaise dont raffole le fan de John Steed, mais pour une première apparition il s’en sort plutôt bien. Je craignais qu’il ne desserve le film, et c’est finalement lui qui pâtit de la mauvaise qualité de l’ensemble.

Mais la vraie lumière du film, le phare dans la nuit, demeure à l’évidence l’aussi belle que talentueuse Eva Green (gros coup de cœur, indubitablement), dans le rôle passionnant (sur sa première partie) de Vesper Lynd. Quel nom ! Quelle femme ! Elle enthousiasme particulièrement lors de sa rencontre électrique avec 007, ce passage étant celui qui m’a le plus intéressé de tout le film, car c’est à cet unique instant que Casino Royale crépite vraiment. Vesper est épatante durant les scènes hors poker, on finit par regretter qu’elle ne participe pas au jeu pour enjoliver cette purge qui démolit tout le film. Elle détruit 007 avec le mordant d’une Cathy Gale, se montre lutine, élégante et malicieuse telle une Mrs Peel, panique sans tarder dès que cela barde comme une Vénus Smith, et bien sûr finit par tomber éperdument amoureuse de son partenaire comme une Tara King (c’était la minute monomaniaque) ! Dès son apparition, toutes les scènes où elle ne parait pas deviennent d’une fadeur insoutenable… Après Claudine Auger, Carole Bouquet et Sophie Marceau, la Déesse aux yeux pers confirme que les Françaises créent d’inoubliables James Bond girls !

Et cela demeure malheureusement le crime ultime de Casino Royale que d’avoir assassiné un tel personnage, en le noyant dans un pathos homicide avant même que de l’immerger dans les eaux vénitiennes. Un tel effondrement demeure incompréhensible, et constitue une preuve éclatante de la mauvaise qualité de l’écriture du film. La scène du suicide est aussi incompréhensible que grotesque, au moins autant que l’effondrement du palais. Transformer un personnage d’or étincelant en un vulgaire plomb sombrant dans la Lagune constitue un bel exploit de l’alchimie si particulière de Casino Royale. On sait bien que 007 ne peut que demeurer célibataire, mais la méthode Diana Rigg, certes basique, semble plus efficace que ce délire morbide.

Au total, ces quelques points positifs, certes non négligeables, ne parviennent pas à compenser les tares profondes du film (scénario atomisé, ennemi ridicule, mortel ennui des scènes de jeu, démarche pseudo réaliste inepte, manque d’humour…). Casino Royale reste vraiment comme le 007 le plus décevant que l’on ait vu depuis bien longtemps.

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2. QUANTUM OF SOLACE
(QUANTUM OF SOLACE)


 

De bruit et de fureur… Le film commence par le pire, deux séances d’action (sur roues et sur toits), atrocement mal filmées et montées. C’est très simple, on ne comprend strictement rien à ce qui se passe du fait du rythme frénétique des changements de caméra et du manque total de vison globale de l’ensemble. En plus, toutes les voitures et les costumes se ressemblent, on n'a pas le temps de déterminer qui est qui que l’on est déjà passé à un autre angle de vue (si la caméra reste aussi mal gérée dans le jeu vidéo, ça promet !). Le tout, noyé dans une insupportable déflagration sonore, finit même par donner une impression de nausée assez pénible. Autant la scène d’action du début de Casino royale s’était révélée aussi haletante que captivante, autant ici l’effet est totalement loupé.

Cela se calme ensuite mais pour s’en tenir à une mise en scène dépourvue de toute inventivité dès lors qu’elle renonce au tintamarre inepte. Certes les scènes se succèdent efficacement mais sans réel cachet, on a vraiment l’impression de se tenir face à une mécanique sans âme ni personnalité, en un mot devant un produit. Aucune scène ne suscite réellement l’enthousiasme, hormis le duel aérien, qui condescend à ralentir un tantinet le tempo et à décliner clairement ses péripéties afin de nous permettre de participer, et, surtout, la scène de l’opéra.

Tournée elle-même avec astuce et panache dans un style inspiré de l’art lyrique, cette scène domine le film comme a pu le faire la pétillante conversation dans le train de Casino Royale. L’espace d’un instant on dispose comme d’une fenêtre ouverte sur la dimension mondiale du complot ourdi par Quantum, soit un plaisant écho du fascinant Empire du Mal jadis constitué par le SPECTRE (on pense aussi aux conspirations planétaires des univers SF de Tad Williams ou de Dan Simmons).

Hélas, ce moment grisant passe très vite et l’on en revient à la réalité des adversaires présentés par le film, entre amateurisme achevé et dangerosité plus qu’improbable. Les discussions à la Miami Vice sur les quais d’un port crasseux ou les rendez-vous à la sécurité totalement déficiente confèrent une dimension proche du minable à l’Organisation, contrastant totalement avec des prétentions demeurant soigneusement virtuelles. Qu’a tramé au juste Quantum en Bolivie pour assurer une prise de pouvoir ? Le film se garde bien de le préciser un seul instant pour en demeurer à un flou des plus faciles. Cette impression de Pieds Nickelés de seconde zone se confirme avec la faiblesse des adversaires du jour (Greene et son tueur de pacotille) qui pas une seule seconde ne paraissent à la hauteur de 007 ou représenter une menace quelconque pour lui. Ils ne prennent pas une seule initiative et se contentent bien aimablement d’attendre ses attaques (idem pour la prétendue traque organisée par la CIA, des plus risibles). On suppose que Amalric tente le second degré ou l’humour mais il ne dégage rien et parvient à accomplir l’improbable exploit de créer un méchant encore plus faiblard que le Chiffre. Je pense que je vais très vite retrouver Red Grant et Kronsteen, en un temps où la série savait générer des adversaires de légende et non des loulous de banlieue.

Cette insigne médiocrité se généralise malheureusement à l’ensemble des personnages secondaires. Voir M en proie à la panique ou dans le domaine privé n’apporte rien à la gloire d’un personnage qui se contente de passer les plats durant tout le film. On se demande vraiment quel intérêt Dame Judi Bench trouve à une version aussi faible que répétitive du rôle, et on craint fort d’en discerner la réponse. Mathis ne tient absolument pas les promesses de Casino Royale et se contente d’aligner les clichés les plus éculés, c’est bête à en pleurer. Olga Kurylenko demeure certes une femme superbe, mais hélas dépourvue du piquant et de l’aura d’une Eva Green. Elle interprète de surcroît effroyablement mal son personnage déjà peu relevé (un insipide succédané de Melina Havelock) et achève de le rendre totalement lisse et inintéressant. On comprend finalement sans mal que 007 n’ait pas tenté sa chance tandis que la scène de psychose du feu m’a franchement fait rire tellement elle résultait pitoyable. Olga fait plus carton rouge que Carte Noire !

Bien plus pétillante apparaît Gemma Arterton (quoique abusant de l’Oil of Olaz pour son maquillage). D’ailleurs le pas de deux de la très délurée Strawberry Fields avec Bond nous vaut l’une des rares scènes authentiquement 007 de Quantum of Solace, on l’apprécie comme une bouffée d’oxygène dans un marécage. Même si nous ne l’apercevons finalement que fort brièvement, nous ne l’oublierons certes pas car… Strawberry Fields Forever (oui, j’ai honte, parfois) ! L’ami Félix et son collègue à moustache demeurent insignifiants au dernier degré. Le très médiocre Wright reste bien le plus mauvais Leiter de la saga, son jeu se limitant à tirer une gueule particulièrement horripilante durant tout le film. Il y a là comme une capitalisation sur les prestations des excellents acteurs passés, tout en les trahissant délibérément, qui affleure à l’odieux. Finalement cela vaut peut-être mieux que Q et la môme d’un sou ne soient pas de la partie, qui sait ce qu’en aurait fait ce film ? En fait, seul White continue à tirer son épingle du jeu, sa classe certaine promet un joli mano à mano final avec 007 lors de la conclusion de l’arc (il n’est pas interdit de rêver).

L’intrigue demeure elle totalement linéaire et prévisible. Certains l’ont trouvée confuse, mais ce n’est pas que l’on ne comprend rien, c’est qu’il n’y rien à comprendre. 007 se contente de poursuivre son enquête vaille que vaille au gré de rencontres de fortune, poussé par ce que l’on va nommer avec générosité son instinct. En fait il ne s’agit que d’une ligne narrative très faible, hautement prévisible et totalement stéréotypée, uniquement destinée à véhiculer les scènes d’action comme certains enfilent des perles. Il n’y a pas grand mystère là dedans, tout cela ne constitue pas un scénario mais un prétexte.

De plus, on observe des trous béants, ainsi on ne comprend pas pourquoi Bond n'interroge pas d'entrée Camille et abandonne en chemin un témoin aussi capital. C'est ridicule. 007 aligne les sauts d’un bout à l’autre de la planète, avec une rapidité confinant à l’absurde, histoire de bien montrer l’argent. Le tout couronné à chaque fois par les petites scènes documentaires « prises sur le vif » qui vont bien, jusqu’à se perdre aux confins du pastiche. Rien ne pétille, et dès que se dissipe la frénésie jusqu’au-boutiste des scènes d’action tout devient pesant, ennuyeux, appliqué, voire mélo. Les clins d’œil aux fastes du passé demeurent certes plaisants, mais on se situe tout de même ici dans l’accessoire. Pour un récit visant au réalisme et au modernisme, on demeure confondu devant la ringardise absolue manifestée par la représentation d’un monde latino-américain comme figé à l’époque des Pinochet et autres Stroessner (sinon du Général Alcazar), occultant la grande évolution politique du continent. On en frémit, pendant que l’on subit les poncifs des nuits tropicales. Ah ce bar si délicieusement typé, on ne croyait pas cela encore possible.

Les effets pyrotechniques excessifs de la confrontation finale ne font pas illusion : l’ensemble demeure trop schématique et d’une facilité déconcertante pour 007 (Amalric à la hache c’est terrorisant au plus haut point), on reste très loin de l’intensité dramatique des affrontement équivalents du passé. Quant à la scène de conclusion, elle se déroule au son des violons, aux antipodes des tags finaux si divertissants de jadis. Que c’est triste. Le générique et sa chanson apparaissent d'une faiblesse effrayante. J’ai bien aimé également la relégation en fin de parcours du Gunbarrel et de l’hymne de la série, comme un boulet qu’il faut encore traîner malgré tout. Les amateurs apprécieront la suprême élégance du geste. On peut débattre de la nécessité d’évoluer, le curseur ne semble tout de même poussé sacrément loin !

Alors ? Est-ce à dire que tout est à jeter dans Quantum of Solace ? Que nenni, car le film conserve un sacré atout dans sa manche : cet individu assez incroyable qu’est Daniel Craig. Il ne compose certes pas un James Bond selon notre cœur, mais, bon Dieu, quelle présence, quelle vitalité, quel charisme ! Il reste le seul élément du film à avoir suscité mon enthousiasme, mais pour le coup c’est sans restriction aucune tant ce superbe comédien accomplit un éblouissant numéro. Une fois que l’on a fait son deuil du 007 que l’on aimait tant (cela s’opère assez vite), on prend tout de même un vif plaisir à suivre ses agissements car il correspond idéalement au rôle ainsi défini. Le feu glacé de ses yeux, son côté minéral débouchant sur de vulcaniques irruptions, la rage qu’il sait effectivement laisser percevoir chez son personnages forcent l’admiration dans des proportions insoupçonnées. C’est bien grâce à lui, et uniquement à lui, que l’on doit finalement de conserver de l’intérêt durant la vison de Quantum of Solace, on est au spectacle tout simplement. De mémoire de spectateur, j’ai peu souvenir de films devant autant à leur interprète principal. Il serait insuffisant de dire qu’il tient le film à bout de bras, le film se résume de fait à une exhibition de sa fougue, de son talent et de son éclat, Quantum of Solace c'est lui. De tout le reste ne subsiste qu’un théâtre d’ombres. Le saut qualitatif opéré par rapport à sa déjà très solide prestation de Casino Royale demeure étonnant, et on enrage d’autant plus devant le sabotage frénétique de ses scènes d’action.

C’est bien pour admirer de nouveau ce fauve solitaire et magnifique que j’irai voir l’acte final de la saga, et aussi pour savoir qui se dissimule au sommet de Quantum car la scène de l’opéra m’a bien titillé l’esprit. Mais, par pitié, que les producteurs améliorent la qualité si défaillante de l’ensemble car sinon, malgré Craig, c’est de nouveau la plus vive des déceptions qui sera au rendez-vous. Il reste particulièrement périlleux qu’un film repose autant sur un unique acteur !

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Crédits photo : Sony Pictures.