Ahhhh
! Quel plaisir de revoir ce bonhomme-là
! Robert Conrad représente pour le vieil
homme que je suis devenu à l'aube de mes
37 printemps une icône de ma jeunesse téléphagique.
J'ai grandi avec cette image de virilité,
de courage, de bogossitude via Les
Mystères de l'Ouest et Les
Têtes Brûlées qui coloraient
mes après-midis de vacances. Aussi faut-il
que je prenne en considération dans mon
appréciation générale l'aspect
indéniablement "madeleine" de
Proust. J'ai donc un énorme a priori
positif.
Avouez cependant que le scénario concocté par Larry Cohen et Fischer est très bien construit. Cette histoire fait partie des très bons Columbo, peut-être même parmi les meilleurs.
Quoiqu'il
en soit, cette saison 4 part sur des chapeaux
de roues, sur la même intense et spectaculaire
qualité que la fin de saison 3. On sirote
une divine continuité et nous retrouvons
l'heureux crescendo dans l'irritation
du criminel. D'abord conciliant et sympathique,
Conrad prend le chemin progressif de l'exaspération
face à un Columbo fouineur entêté
et se faisant passer pour un imbécile.
Cette montée de tension est très
bien amenée.
L'enquête est suivie pas à pas sur les lieux du crime et c'est toujours un grand plaisir pour moi de voir sans l'entendre le cheminement, le processus de pensée du lieutenant. J'adore ça. En quelques gestes, deux ou trois regards, on devine qu'il sent l'entourloupe et nous comprenons avec lui.
Cet
épisode, encore une fois, n'est pas avare
en petites saynètes humoristiques jouant
sur les inaptitudes de Columbo. D'abord, le lieutenant
ne faisant pas partie de l'humaine engeance friande
de joies et dépassements sportifs, lorsqu'il
s'agit de faire un footing avec Conrad sur la
plage, l'exercice se révèle rapidement
périlleux. Et les séances de remise
en forme dans la salle de sport n'y feront rien.
Il y a également ce gouffre maintes fois
utilisé dans la série entre Columbo
et la perfide technologie. Ici, qu'il s'agisse
de l'enregistreur sur bande magnétique
ou plus encore quand sa demande de renseignements
se solde par une attente le temps que l'ordinateur
traite les informations, Columbo semble abasourdi
par les prodiges de la machine. C'est avec cet
air presque hébété, entre
incompréhension et admiration, que Peter
Falk réussit à donner un discret
comique à ces séquences. Discret
car cela ne prend que quelques secondes, donne
un coup de vent au récit sans jamais rompre
l'essentiel, le fil de l'intrigue, ni dans le
rythme, encore moins dans la cohésion d'ensemble.
Je note au passage qu'on a là encore une fois un très bon épisode réalisé par Bernard L. Kowalski.
Écrit
avec jugeote et équilibre, le film est
d'une clarté et d'une évidence qui
le classent parmi les tout meilleurs. La saison
démarre avec un splendide fracas. Oui !
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Un Columbo un peu décevant.
D'abord je m'attendais à
un peu plus de la part Dick Van Dyke. À
vrai dire, il ne donne pleine mesure de sa personnalité
sur la fin qu'à partir du moment où
son personnage atteint le paroxysme de son exaspération
devant l'outrecuidance de Columbo.
D'autre part, on aura quelques
difficultés à considérer
le dénouement comme prestigieux. Encore
une fois, Columbo ne parvenant pas à
trouver de preuve se livre à une vulgaire
manipulation de son suspect, lequel fait preuve
d'un manque de réflexion pour le moins
impressionnant d'imbécilité tout
le long du téléfilm, laissant
plusieurs indices compromettants d'une façon
si grossière qu'on peine à lui
trouver des circonstances atténuantes.
Heureusement que l'épisode
contient son lot de petites perles intéressantes
à miroiter, à commencer par l'énième
participation de Vito Scotti, mais cette fois-ci
il ne joue ni un majordome français ni
un restaurateur italien, rien de sélect,
mais bien une pauvre cloche, mal rasé,
saoul et d'un air philosophe qui se gratte la
barbe en répondant un peu endormi aux
questions de Falk. N'empêche, ce bonhomme
me plaît. Il joue bonardement.
Pour finir, l'épisode
cultive encore plus la mythologie "anti-Columbo"
en insistant sur une trilogie de caractéristiques
dépréciatives. On pourrait presque
parler de quadrilogie mais il n'est fait qu'allusion
au chien. D'abord la voiture fait une entrée
en scène des plus comiques. Le meurtre
ayant eu lieu dans une casse, le policier qui
surveille l'endroit croit dans un premier temps
que le lieutenant vient vendre sa vieille Peugeot
pourrie. La décrépitude du vestiaire
columbien est à l'honneur dans
le dispensaire d'un quartier pauvre où
il vient interroger Scotti. La bonne sœur,
Joyce Van Patten, qui l'accueille croit également
avoir affaire à un clochard devant l'aspect
peu ragoutant de son imperméable et tente
de lui en passer un en meilleur état,
ainsi qu'une soupe bien chaude. Quand il aura
réussi à décliner son identité,
elle restera persuadée qu'il est déguisé
en clodo pour s'intégrer à la
faune locale et mieux mener son enquête.
Pour finir de rabaisser le personnage, le scénario
va même jusqu'à prévoir
un examinateur du permis de conduire qui préfère
sans façon sortir du véhicule
de Columbo tant le bougre est mauvais conducteur.
Sueurs froides pour Larry Storch, sourires pour
le spectateur.
En somme, un épisode sympathique dont l'écriture ne frôle malheureusement pas la perfection.
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Très bon épisode.
On le constate rapidement, de
suite même. Le pré-générique
est très particulier. Sans musique aucune,
dans un silence seulement déchiré
par le froissement d'un papier journal ou le
débit de l'eau d'un robinet, on assiste
à une drôle de besogne. Un homme
transpire à grosses gouttes au-dessus
d'un obus qu'il dévisse, dont il sort
la poudre et la remplace par quelques barrettes
de plastic. Cet homme est le n°6, Patrick
McGoohan, les cheveux blancs, quelques rides
mais l'œil toujours aussi vif et perçant,
la mine encore plus impressionnante. Cette scène
pré-générique est bien
faite, percutante.
Son traitement volontiers austère,
à la rigueur militaire, est à
l'image de tout l'épisode. Prenant place
dans une académie militaire, l'enquête
est menée par un Peter Falk différent,
moins à l'aise devant cette figure de
très grand médaillé. Comprenant
que s'il veut nouer tous les liens de cette
affaire, il doit s'imprégner de l'atmosphère
qui règne dans ce lieu clos, Columbo
séjourne au milieu des cadets pendant
quelques jours et apparaît alors un homme
plus qu'un lieutenant. Souvent réveillé
en plein milieu de la nuit ou dès potron-minet,
c'est en débardeur, le cheveu hirsute
et la mine pâteuse, que l'on découvre
un type encore moins apprêté qu'à
l'habitude, ce qui en soi relève de l'exploit.
Cette académie militaire
offre une très belle scène pour
un crime. Cet univers sévère et
fruste où hiérarchie et autorité
sont les clés de voûte d'un quotidien
difficile condense à merveille les éléments
dramaturgiques et esthétiques. L'architecture
originale des lieux, à la fois moderne
et classique, avec ses murs de chaux blancs,
purs, ses escaliers en colimaçon, avec
son dallage en échiquier évocateur,
impose un jeu de silence et d'échos bien
effrayants, propices à accentuer le suspense
lugubre.
La réalisation –
si elle n'avait eu la mauvaise idée d'y
coller une photographie baveuse sur les extérieurs
– s'approprie intelligemment les lieux,
leur donne même une place, un rôle
à jouer indéniable dans l'échevau
criminel que dépeint l'intrigue. C'est
très finement écrit et réalisé.
En plus de cela, vient s'ajouter
au joli tableau décrit jusque-là
une distribution très efficace. Pas besoin
de présenter Patrick McGoohan qui, dans
les personnages froids et inquiétants,
ferait grelotter de jalousie n'importe quel
iceberg. Maître redoutable, il dessine
un être dont la discipline de vie confine
à l'obsession ascétique et lui
donne un sens, de manière impertubable
et sans la moindre réserve. Personnage
oh ! combien effrayant. Le bougre réussit
la gageure de le faire sourire ! J'ai beaucoup
d'admiration pour ce comédien irlandais
(ne vous fiez pas à son lieu de naissance,
New-York). Aficionado de la comédie
romantique Quand Harry rencontre Sally,
je ne pouvais laisser passer la très
bonne prestation de Bruno Kirby qui apparaît
au générique sous le nom de Bruce
Kirby Junior aux côtés de son père,
Bruce Kirby Senior of course.
Pour en finir avec ce très bon épisode, on a droit à un dénouement tout aussi bon : irréfutable, formidablement spectaculaire et très bien lié au caractère du meurtrier.
Chapeau ! Képi, bérêt,
casque, calot, etc.
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Un des plus célèbres
Columbo, notamment en raison de son
unité de lieu, schéma si classique
de la littérature policière :
l'enquête lors d'une croisière.
À la Agatha Christie en somme.
L'influence anglaise de cet
épisode ne se limite pas à cela.
Bernard Fox et Patrick Macnee donnent une heureuse
touche britannique. Même s'il est plaisant
de retrouver la bouille de John Steed, on regrettera
cependant qu'elle soit si peu souriante. Dans
le rôle du capitaine il maintient une
stature grave qui ne rappelle en rien la malice
et l'humour du chapeau meloné. Fox est
beaucoup moins présent que lors de sa
première participation à la série
(S.O.S. Scotland Yard) où il
figurait un inspecteur chef de Scotland Yard.
Le scénario et la mise
en scène par contre mettent parfaitement
en valeur un Robert Vaughn royal. Ce type m'épate.
Il est en tout point élégant,
classieux et d'une froideur effarante. Son assurance
et la sourde violence qui sommeille dans son
regard sont très impressionnantes. Impeccable
du début à la fin, j'applaudis
et fais une standing ovation à
moi tout seul. Sans doute livre-t-il là
l'une des (si ce n'est "la") meilleures
prestations d'assassin de toute la série.
Ébouriffant. D'ailleurs le téléfilm
n'est pas décoiffant au sens capillaire
du terme ?
Difficile au milieu de l'océan
d'échapper aux facéties d'Éole.
On notera également que les conditions
de tournage ont été encore plus
difficiles pour le chef-opérateur William
Cronjager : de nombreuses séquences sont
floues. Sans doute n'y avait-il pas toujours
la possibilité technique de s'assurer
de la netteté des plans ? Ou bien
l'alcool coulait-il tant à flots que
le directeur de la photographie a sombré
dans l'ivresse des profondeurs de champs ? Car
s'il est un aspect formel qui a joliment retenu
mon attention, ce sont bien tous les plans filmés
de loin mettant en exergue deux opposés :
soit la foule et le confinement de ces petits
espaces, soit la solitude des personnages dans
ces grandes salles vides.
Les effets de contraste avec un même procédé m'ont bien plu. Cela change évidemment des gros plans qui garnissent les épisodes d'habitude. Bon point donc pour l'audace de Ben Gazzara requise à l'heure d'investir pleinement le cadre inhabituel de cette intrigue.
À noter la présence
d'une grande actrice, Jane Greer, la Kathie
Moffat de La Griffe du passé
de Tourneur, la Joan Chiquita de Ça
commence à Vera Cruz ou encore l'Antoinette
de Mauban du Prisonnier de Zenda (version
1952).
La plupart du temps, un très bon épisode et pourvu d'un très bon dénouement. Celui-ci est inattendu et imparable pourtant, d'une savoureuse intelligence, comme souvent dans la série.
Épisode
sympathique mais qui, pour une raison que j'ai
quelque difficulté à distinguer,
ne me porte pas sur une vague d'enthousiasme béat.
Pourtant le casting
est des plus somptueux. Oskar Werner d'abord,
qui a un peu vieilli depuis Jules et Jim
bien sûr, et dont la coupe au bol Mireille
mathioïde fait jaillir une explosion
de doutes sur la santé capillaire du bonhomme.
Cette allure étrange alliée à
des postures enfantines, comme par exemple la
tête qui penche souvent, habille le personnage
d'un voile troublant qui accentue sa part de mystère.
On ne sait trop jusqu'où il va aller. Les
sentiments qu'il nourrit à l'égard
de sa femme deviennent sujets à caution.
Il y a une sorte d'ambiguïté mêlée
d'effroi qui embellit le personnage. Il est vrai
qu'à la fin, il s'emporte un peu trop vivement
à mon goût, une exagération
un peu hors de propos. Piètre bémol
de messire Tatillon, je le concède.
Et puis surtout,
il y a Gena Rowlands. Après la prestation
de John Cassavetes dont la collaboration et l'amitié
avec Peter Falk sont primordiales pour les deux
acteurs, c'est au tour de sa femme de venir renvoyer
la balle à Falk dans sa série. Dans
un rôle un peu effacé, très
féminin et fragile, très éloigné
de ce qu'elle a joué chez Cassavetes justement,
elle parvient à trouver une tonalité
juste. Les échanges entre Falk et elle
procurent une douce émotion cinéphile.
Dans un autre type de charisme, la distribution donnera la possibilité à celles et à ceux que cela interpelle d'être particulièrement sensibilisé à la plastique pulmonaire d'une actrice charmante, Trisha Noble.
Mais plus sérieusement,
évidemment, c'est l'intrigue qui tient
lieu d'axe majeur vers lequel toutes les attentions
se tournent. Et le mode opératoire du crime
paraît tout de suite bien compliqué,
un des plus complexes de la série. Son
aspect technologique a certainement amplifié
cette impression. En dépit de cela, peut-être
même grâce à cela, il se dégage
de cette enquête un grand intérêt,
une curiosité importante. Bien difficile
de déceler l'issue à venir.
À ce propos,
la révélation de la solution est
plutôt bien pensée et mise en scène.
Il n'empêche, si l'on veut bien être
honnête deux secondes, il est évident
qu'il était techniquement impossible à
l'époque de faire ce qu'a fait Columbo
avec les techniques "VHS" : un dénouement
presque parfait en somme.
À noter
le rôle plus important du chien. Dans cet
épisode, il permet à Columbo d'aborder
Werner et surtout Rowlands d'une manière
peut-être un peu plus détournée
et sur un mode affectif qu'il ne peut pas maîtriser
habituellement. Ici et là, on perçoit
dans cet épisode des prises de vues plus
originales, une mise en scène léchée,
surtout un travail sur les lumières intérieures
qui fait plaisir à voir. Et quand le nom
du metteur en scène apparaît au générique
de fin, on comprend mieux : encore une réalisation
soignée signée Kowalski !
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6.
ÉTAT D'ESPRIT
(A DEADLY STATE OF MIND)



Pour clore cette saison 4, j'espérais un peu plus.
L'épisode ne manque pas d'attrait, cependant il ne remportera sans doute pas tous les suffrages. La faute en grande partie à un dénouement ordinaire, voire tarabiscoté si l'on se pique d'être méticuleux. J'ai bien du mal à le trouver imparable. Encore un piège de Columbo (je ne suis pas fanatique de ce genre de résolution), mais celui-là est loin d'être diabolique. Tiré par les cheveux, faiblard, ridicule même pourraient être les qualificatifs les plus proches de la réalité.
Non, définitivement, c'est ailleurs qu'on va trouver de quoi se frotter les mains. La distribution n'est pas mauvaise. Les grandes stars ne sont pas au rendez-vous mais on a un duo d'acteurs plutôt intéressants pour des raisons différentes. George Hamilton a un physique. Indéniablement une tête à prendre des baffes, un bellâtre au regard condescendant, à l'arrogance chevillée au faciès. Mi-playboy mi-précieux, Hamilton est de ces personnages qu'on situe difficilement et qui s'en trouvent plus fascinants encore. On ne peut pas dire qu'il tutoie les anges quand il joue, ses expressions se comptent sur les doigts d'une main, mais avec le peu qu'il a, il réussit à faire un boulot honorable.
Nous pourrions à peu
de choses près tenir le même discours
pour Lesley Ann Warren. Dire qu'elle est belle
serait un peu exagéré, mais elle
a du chien. Elle déborde de sensualité.
Ses regards, sa bouche, ses seins condamneraient
à la damnation n'importe quel moine.
Son jeu est tout aussi limité que celui
de son acolyte, cependant même en incarnant
les greluches un peu idiotes, il émane
d'elle une sûreté, certes pas très
sobre, mais somme toute d'une redoutable efficacité.
On retrouve dans cette enquête
un élément des Columbo
dont je raffole par-dessus tout : une superbe
confrontation. Cet épisode-là
est avant tout une magnifique passe d'armes
à fleurets non mouchetés. En effet,
le lieutenant affiche très vite son hostilité
et ses réflexions sans fard à
l'encontre de l'assassin joué par Hamilton.
Cela débouche sur une excellente séquence
sur le port où les deux protagonistes
jouent cartes sur table et se mettent au défi.
Somptueux, les dialogues se révèlent
d'une puissance rare. Punchy !
Le ton de Peter Falk se fait
de plus en plus agressif. C'est assez rare pour
être signalé : le lieutenant se
laisse un peu déborder. Son humanité
prend le dessus sur le professionnel. L'empathie
l'emporte et il se montre exceptionnellement
vindicatif.
Aussi est-il aisé de nourrir quelques regrets quand se déroule cette opération alambiquée dans le final : c'eut pu être un très grand épisode.