This
highway leads to the shadowy tip of reality ;
you’re on a through route to the land
of the different, the unexplainable... Go as
far as you like on this road. Its limits are
only those of the mind itself. Ladies and gentlemen,
you’re entering the wondrous dimension
of imagination. Next stop – The Twilight
Zone.
L’anthologie
représente un style de série bien
particulier, où chaque épisode
constitue une intrigue fermée, sans personnages
ni décors récurrents, soit une
structure narrative aux antipodes du feuilleton.
Les épisodes demeurent cependant souvent
cohérents du point de vue du style et
des thèmes embrassés, comme dans
les recueils de nouvelles regroupant différents
auteurs. Entre les premiers balbutiements de
la production télévisuelle et
l’émergence de la série
moderne telle que nous la connaissons, inspirée
des serials, l’anthologie va
connaître un âge d’or durant
les années 50 et la première moitié
des années 60. Elle se situe dans la
droite ligne des productions radiophoniques
du même genre, bien établies et
très populaires, organisées autour
d’un sponsor. Parmi les nombreuses anthologies
existant alors, trois sortent du lot et demeurent
dans la mémoire audiovisuelle.
Doyenne
de ce trio magique, Alfred Hitchcock Présente
(Alfred Hitchcock Presents, 1955-1962)
développe des histoires policières,
occasionnellement tournées par le grand
cinéaste qui en assure par contre toujours
la présentation. La Quatrième
Dimension en reprendra plusieurs procédés :
introduction par Rod Serling, relative unité
de lieu, chute toujours surprenante, contribution
de grandes plumes du genre, la science-fiction
et le fantastique se substituant au policier…
Au-Delà du Réel (The
Outer Limits, 1963-1965), produira des
épisodes de qualité, mais cantonnés
à une science-fiction traditionnelle,
héritée des pulps et
d’une littérature remontant aux
années 30 (space op, monstre
de la semaine). Elle paraît de moindre
ambition et plus restrictive dans ses choix
d’intrigue que la troisième anthologie,
celle qui va nous intéresser ici, La
Quatrième Dimension.
La
Quatrième Dimension (The Twilight
Zone, 1959-1964) eut comme maître
d’œuvre Rod Serling, auteur et producteur
(l’un des premiers show runners)
qui en assura également la présentation
à compter de la deuxième saison.
Si, comme le prévoyait son contrat, il
en écrivit la grande majorité
des scénarios (92 sur 156), il fit néanmoins
appel à de grands écrivains de
science-fiction (Richard Matheson, Charles Beaumont),
qui, outre leur talent, présentaient
comme caractéristique d’innover
en emmenant le genre vers un sens de l’étrange
plus déstabilisant et créatif
que les concepts déjà datés
développés par Au-Delà
du Réel. Le surnaturel s’inscrit
désormais dans la vie quotidienne, avec
un impact bien supérieur. De nombreux
épisodes résultent en fait de
l’adaptation de textes d’auteurs
de cette nouvelle vague SF, ce qui ajoute une
perceptible qualité littéraire
aux récits. La série devient ainsi
le témoin des tendances émergeantes
de la Science-fiction et du fantastique au cours
des années 60, période de bouleversements
en tous domaines dont les Avengers
se font également l’écho.
Ce mouvement d’ensemble n’empêche
d’ailleurs pas l’anthologie d’utiliser
une grande variété de styles fantastiques,
avec un large éventail évoquant
déjà les X-Files.
Tout
comme les Avengers jettent un regard
critique sur la société anglaise,
La Quatrième Dimension se caractérise
également par une vision très
sombre de l’Amérique. La tyrannie
des canons de la beauté, la quête
à tout prix de la réussite sociale,
la déshumanisation induite par la société
de consommation, les mirages périlleux
du progrès technologique se voient ainsi
décrits au vitriol, entre autres thèmes.
L’anthologie dénote d’ailleurs
par un ton généralement pessimiste,
bien davantage que ses consœurs où
le coupable est toujours démasqué
ou le monstre vaincu. Rien de tel ici, même
si certains épisodes vont se révéler
des perles d’humour absurde ou malicieux.
Vue
par le spectateur contemporain, la série
demeure un fascinant documentaire sur l’Amérique
des années 50 et de la Guerre Froide,
avec sa paranoïa et sa terreur de l’apocalypse
atomique dissimulées derrière
le confort matériel, perçue à
travers le prisme négatif des années
60 frappant à la porte. La Quatrième
Dimension va jusqu’à parfois
jeter un regard freudien sur ses personnages,
à travers une large importance accordée
à l’onirisme et de fréquentes
références psychanalytiques. Comme
en littérature, l’incompréhension,
voire le mépris, manifestée par
les redoutables commissions de censure de l’époque
envers le Fantastique permet de contourner bien
souvent l’obstacle et de véhiculer
des messages bien plus forts que ce que l’on
peut voir ailleurs…
Outre
une mise en scène souvent inventive,
ayant rarement recours aux trucages, une inoubliable
musique de Bernard Harmann (auteur du générique
et compositeur attitré de Hitchcock)
et de Jerry Goldsmith, une construction dramatique
efficace (narration du point de vue exclusif
du héros, personne ordinaire confrontée
au surnaturel, histoires assez brèves,
faible nombre de personnages, conclusions chocs
précédées par l’instauration
d’un climat très prégnant),
le succès de l’anthologie se voit
parachevé par une étonnante succession
de stars du petit et du grand écran,
parfois à la carrière déjà
établie ou au contraire en plein envol.
Citons, parmi bien d’autres : Patrick
Macnee, Robert Redford, Peter Falk, Burt Reynolds,
Martin Landau, Robert Duvall, Ron Howard, Charles
Bronson, Lee Marvin, Elizabeth Montgomery, William
Shatner, Dennis Hopper, Ross Martin, Buster
Keaton, Ida Lupino, Barry Morse, Telly Savalas…
Leur présence apporte toujours un sel
supplémentaire aux épisodes et
optimise fort agréablement l’aspect
anthologique de La Quatrième Dimension.
The Twilight Zone connaît un succès davantage critique que public lors de sa diffusion mais son impact va bien au-delà, influençant de nombreux réalisateurs de cinéma et la plupart des auteurs de séries fantastiques durant les décennies ultérieures, y compris Chris Carter qui reconnaît son apport à X-Files ou encore Abrams pour Fringe. Elle constitue un moment crucial de l’histoire des séries télé et fait désormais partie intégrante de la culture populaire tant les annonces de Rod Serling demeurent dans les mémoires.
Bien
avant la vogue des adaptations de séries
au cinéma, La Quatrième Dimension
donnera lieu à un film en 1983, où
quatre grands metteurs en scène revendiquant
l’apport de l’anthologie à
leur œuvre (John Landis, Steven Spielberg,
Joe Dante et George Miller) lui rendront hommage
en donnant leur version d’épisodes
devenus des classiques. Tout comme Alfred
Hitchcock Présente (1985-1989) et
Au-Delà du Réel (de 1995
à 2002), La Quatrième dimension
fera l’objet d’une reprise, avec
La Cinquième Dimension (1985-1989)
et La Treizième Dimension
(2002-2003). Sans être dénuées
d’intérêt, ces deux séries,
qui comptent également de grands noms
parmi leurs réalisateurs et interprètes,
paraissent tout de même anodines face
à leur illustre aînée. La
Warner et Leonardo Dicaprio travaillent ensemble
sur une nouvelle adaptation au cinéma,
qui devrait sortir prochainement.
Curieux villages isolés, avions fantômes, distorsions de l’espace et du temps, étranges rencontres : nous allons explorer les 156 épisodes de l’un des sommets absolus du paranormal à la télévision, avant de conclure la balade (avec un l, donc) par le film de 1983.
Précisons
que la cinquième et ultime saison sort
en DVD le 22 septembre 2009, l’intégrale
de l’anthologie sera alors enfin disponible.
Avis aux amateurs…
SAISON
1
SAISON 2
SAISON 3
SAISON 4
SAISON 5