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HORS
SERIE
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PRÉSENTATION DE LA SAISON 1
There is a fifth dimension, beyond that which is known to man. It is a dimension as vast as space and as timeless as infinity. It is the middle ground between light and shadow, between science and superstition, and it lies between the pit of man's fears and the summit of his knowledge. This is the dimension of imagination. It is an area which we call the Twilight Zone.
CBS fait appel à
Rod Serling pour lancer en 1959 une
nouvelle anthologie de science-fiction.
Celui-ci est alors loin d’être
un inconnu, ayant déjà
roulé sa bosse en tant que
producteur et auteur dans d’autres
anthologies de différents styles,
alors même que ce genre se situe
à l’apogée de
sa popularité. Rod Serling
vient d’enregistrer plusieurs
succès dans le genre fantastique.
Cet homme énergique et désireux
d’insuffler enfin de la modernité
à la très conformiste
télévision américaine
(le Maccarthysme n’est pas si
ancien) choisit délibérément
de s’orienter vers la science-fiction,
genre considéré comme
mineur, voire enfantin, par des censeurs
n’y accordant par conséquent
qu’une attention limitée.
Avec Charles Beaumont
et Richard Matheson, Rod Serling
réunit ce qui deviendra le
noyau central de l’écriture
de l’anthologie (plus de 80%
des épisodes à eux trois),
ce qui permet à celle-ci d’acquérir
son visage définitif dès
son lancement, avec d’entrée
une impressionnante qualité.
Bernard Herrmann compose la célébrissime
musique de l’anthologie. Elle
ne variera plus par la suite, au contraire
des images l’accompagnant. Au
total le public ne répond que
médiocrement au rendez-vous,
en deçà des espérances
de CBS, mais cet échec relatif
se voit compensé par un accueil
critique particulièrement enthousiaste
: les observateurs en apprécient
vivement le ton nouveau et l’ambition
de l’écriture. Rod Serling
remporte ainsi un Emmy Award pour
ses scenarii (son quatrième
personnel) et un Prix Hugo. CBS continue
à soutenir un programme très
positif pour son image.
Du reste « l’audimat
» reste alors moins important
que de nos jours, la chaîne
comptant également financer
son programme par un sponsor. Rod
Serling n’assure pas encore
d’ouverture de l’épisode
en cette première saison (une
voix off est utilisée),
mais annonce toujours le prochain
en fin de diffusion. On a ainsi l’opportunité
de le voir occasionnellement vanter
les mérites du généreux
donateur, Kimberly-Clark (hygiène
personnelle : Kleenex, Cottonelle,
Kotex…) pour cette première
saison…
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1. SOLITUDE
(WHERE IS EVERYBODY ?)

   
Date de diffusion : 2 octobre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Stevens
Un amnésique vêtu d’un uniforme militaire arrive dans une ville totalement déserte. Malgré ses diverses pérégrinations il ne trouve ni âme qui vive, ni début d’explication sur ce qui est arrivé. Mais qui est-t-il ?
Également
connu en français sous le titre de
La ville déserte, cet épisode
constitue un pilote parfait pour une série
dont il déclame d’ores et déjà
avec éloquence les atouts maîtres.
Rod Serling excelle à créer
un climat déstabilisant, à
la tension dramatique toujours croissante
jusqu’au dénouement. Le spectateur
s’identifie pleinement avec le personnage
principal (solide Earl Holliman) dont l’humour
dissimule de plus en plus mal la montée
de l’angoisse, jusqu’aux confins
de la folie. Ces décors inexplicablement
vides suscitent rapidement le malaise
alors que la terreur occasionnée
par l’incompréhensible
solitude se voit également
sans cesse avivée par de multiples
faits marquants. De nombreux indices dénotent
ainsi une disparition soudaine des habitants
(casseroles sur le feu, cigares en train
de se consumer), des mannequins créent
une espérance illusoire cruellement
détrompée, une allusion au
chef-d’œuvre de Matheson The
Last man on Earth (I’m a
Legend, 1954) se voit introduite grâce
à une librairie…
Tout
concourt à rendre de plus en plus
insupportable la situation du héros,
alors qu’est évoqué
en arrière-plan le péril de
la guerre atomique et de la fin du monde.
Le paroxysme survient bien entendu à
la tombée de la nuit, jusqu’à
ce que le personnage finisse par s’effondrer,
pour conduire à un dénouement
survenant comme au réveil après
un cauchemar. L’efficacité
de l’intrigue se révèle
totale, le format court (les épisodes
ne durent qu'un peu moins d’une demi-heure)
empêchant le procédé
de perdre de son impact en s’éternisant
et forçant l’auteur à
éviter toute digression.
Comme
pour tout bon pilote qui se respecte, Rod
Serling veille à mettre toutes les
chances de son côté en faisant
appel à Robert Stevens. Ce metteur
en scène vétéran connaît
de plus à merveille les contraintes
du format court des anthologies, ayant réalisé
plus de 40 épisodes d'Alfred
Hitchcock Présente. Il mène
avec un art consommé cette montée
de la terreur, depuis les premières
images encore légères jusqu’à
plusieurs scènes purement dantesques
comme le choc avec un miroir par un héros
désormais totalement affolé
ou la vision, dans un cinéma désert,
d’un film recoupant la réalité
(le procédé sera repris par
John Carpenter dans L’Antre de
la folie). Par ses plans penchés,
le rythme frénétique d’une
caméra très alerte et inventive,
son art de rendre omniprésente la
solitude, il transfigure une histoire déjà
stressante en un pur joyau d’épouvante.
Cette réalisation demeure son ouvrage
le plus célébré, à
juste titre. La musique de Bernard Hermann
est à l’unisson, tandis que
les décors apportent à l’ensemble
une touche rétro bienvenue (une constante
de la série). Pour l’anecdote,
le décor de la ville sera repris
en grande partie par Robert Zemeckis dans
Retour vers le futur (1985), en
hommage et pour la merveilleuse évocation
d’époque qu’il véhicule.
La série débute sous les meilleurs auspices grâce à cet épisode salué unanimement par la critique car détonant totalement dans le conformisme ambiant de l’époque, y compris en science-fiction (la conclusion, autour de la conquête spatiale, est clairement rajoutée pour rassurer les aficionados du genre). On connaît bien peu de séries à avoir débuté par un tel coup d’audace, aussi tonitruant.
Les
amateurs des Avengers y trouveront
de plus de fortes similitudes avec un épisode
lui aussi hors normes, L’heure
perdue, sur une tonalité plus
proche de la pure épouvante. Le héros
n’a aucun partenaire sur lequel s’appuyer…
Tant il est vrai que, comme le conclut l’épisode,
c’est la solitude qui terrifie par-dessus
tout l’être humain ; on s’inquiète
finalement bien davantage dans Ne vous
retournez pas ou L’héritage
diabolique !
À noter que le DVD offre en supplément la présentation de la série menée par un Rod Serling traversant les décors de plusieurs épisodes à venir. Un exercice de style passionnant !
Earl
Holliman (1928) débuta au
théâtre, avant de connaître
une belle carrière au cinéma
à partir des années 50. Acteur
de genre, il tourne dans de nombreux westerns
et films de Science-Fiction à succès
: Géant (1956), Règlements
de comptes à OK Corral (1957),
Planète interdite (1956).
À compter des années 60 il
oriente sa carrière vers la télévision.
Il participe à de nombreux succès
(Les oiseaux se cachent pour mourir)
mais demeure principalement remémoré
comme étant le partenaire d'Angie
Dickinson dans Sergent Anderson
(Police Woman, 1974-1978).
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2. POUR LES ANGES
(ONE FOR THE ANGELS)

  
Date de diffusion : 9 octobre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Parrish
La Mort s’en vient chercher un vieux camelot, au redoutable bagout. Celui-ci parvient à embobiner l’envoyé de la Faucheuse, qui menace, pour rétablir l’équilibre, d’emporter une petite fille victime d’un accident de la circulation. Le vieil homme va alors faire appel à tout son talent pour, grâce à ses boniments, retenir la Mort jusqu’à ce que l’heure fatidique soit passée.
Cette fable malicieuse apparaît
avant tout conçue comme un véhicule
destiné à illustrer la nature
généreuse et le talent comique
hors pair d’Ed Wynn. Le pittoresque
de son jeu apporte une vraie saveur à
un épisode dissertant avec légèreté
sur le destin et la noblesse du sacrifice.
Les deux scènes de marchandage acharné
avec la Mort (en particulier le second)
constituent d’authentiques exploits
où sa bonhomie truculente fait merveille.
On s’amuse beaucoup, d’autant
que sa complicité évidente
avec les enfants évoque déjà
Marry Poppins.
Sur l’autre bord de l’échiquier Murray Hamilton incarne à la perfection une Mort également amusante, fonctionnaire tatillon et suffisant, débitant des articles de réglementation divine tout en annotant scrupuleusement son petit carnet. On reste fort content de voir ce personnage, très imbu de lui-même, perdre de sa superbe face à un humain pétillant de malice. La leçon lui est du reste profitable car il se montre enfin beau joueur et admiratif devant l’exploit.
L’épisode aurait néanmoins pu sembler statique, mais Robert Parrish manifeste le même sens de l’humour et de l’absurde que plus tard pour Casino Royale (1967). Les apparitions de Mister Death, lourdement appuyées d’un roulement de tambour, tirent plaisamment l’épisode vers l’ironie (tel Steed apparaissant à la fenêtre de Cathy Gale dans Six mains sur la table). La mise en scène sait également conforter le jeu d’Ed Wynn en soulignant ses expressions, mais aussi reconstituer brièvement l’atmosphère d’un New York populaire n’existant plus aujourd’hui.
Même si moins innovant que le pilote, l’épisode demeure fort divertissant, avec d’excellents comédiens venant encore rehausser une astucieuse intrigue.
On
remarque au début de l’épisode
un jouet représentant Robby le Robot,
personnage de La Planète interdite
(1956), devenu une véritable icône
pour les amateurs de Science-Fiction. Il
réapparaîtra dans deux autres
épisodes, Oncle Simon et
Automation. Mister Death reviendra,
lui aussi, dans les épisodes L’auto-stoppeur
et Rien à craindre, pour
ce dernier sous les traits de Robert Redford.
Ed
Wynn (1886-1966), le camelot, fut
un important acteur comique de l’âge
d’or d’Hollywood. Assistant
de W.C. Fields, il accède à
la notoriété par le succès
des Ziegfeld Follies, à Broadway,
en 1914. Star du muet, il fut l’un
des rares à poursuivre sa carrière
à l’avènement du parlant.
Il devint une grande figure des dramatiques
radios, dont ces anthologies qui inspireront
des productions télévisées
comme La Quatrième Dimension.
Rod Serling écrivit spécialement
cet épisode pour lui. Ed Wynn est
également l’Oncle Albert de
Mary Poppins (1964) et réalisa
la voix du dessin animé Wally
Gator.
Murray Hamilton (1923-1986), Mister Death, se fit connaître au théâtre (notamment en association avec Henry Fonda) puis réalisa de fréquentes apparitions à la télévision (Perry Mason, Les Craquantes, Cannon, Matt Houston…), comme au cinéma (Autopsie d’un meurtre, Le Lauréat, Les Dents de la mer…)
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Date de diffusion : 16 octobre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Allen Reisner
Au Far West, Al Denton,
un ancien tireur d’élite, ayant
jadis remporté de nombreux duels,
a maintenant sombré dans l’alcool.
Il est devenu la risée de tous, quand
un mystérieux colporteur lui offre
une potion lui faisant retrouver miraculeusement
son invincibilité. Denton retrouve
sa superbe jusqu’à ce qu’un
jeune homme, lui aussi incroyablement doué,
vienne le défier. Un duel à
mort s’annonce…
Les
États-Unis, pays encore très
jeune, jettent sur le Far West le même
regard que les Européens pour les
siècles écoulés, entre
fascination et nostalgie pour un passé
mythique. Le succès du Western en
découle pour une grande part, mais
aussi celui de son versant Fantastique,
le Weird West. Ce mouvement essentiellement
américain (encore que certains auteurs
étrangers s’y soient essayés
avec succès, dont René Reouven)
dote le Far West d’une vie surnaturelle
à l’instar du Moyen-Âge
européen pour la Fantasy. Shamanisme
amérindien, présence extraterrestre,
magie du jeu de Poker, savants fous, croisements
fertiles avec Lovecraft ou le Steampunk
etc. : le Weird West bouillonne d’inspiration
créatrice et demeure un genre très
pratiqué, à l’écran
comme en littérature (et en jeu de
rôle !). Concernant les séries
télé on pourrait citer le
très divertissant Brisco County
mais la référence demeure
bien entendu Les Mystères de
l’Ouest, série à
laquelle l’épisode du jour
fait irrésistiblement penser. On
imagine sans mal les difficultés
rencontrées par West face à
un tel adversaire, ou le parti qu’aurait
pu tirer Loveless de cette potion miraculeuse
!
À
l’aune du Weird West l’épisode
apparaît comme une grande réussite.
En effet il parvient à distiller
un surnaturel d’excellente qualité
sans pour autant dénaturer l’histoire
qui reste bien du western, condition du
bon équilibre d’un récit
de ce genre. Le surnaturel se voit en effet
introduit par un archétype du Western
(repris jusque dans Lucky Luke)
: le marchand ambulant, vendeur de potions
aux capacités aussi fabuleuses qu’imaginaires…
Sauf qu’ici, dans un twist
très astucieux, les promesses se
révèlent tenues. Par ailleurs,
les éléments référentiels
du Western abondent, comme le saloon archétypal,
les bourgs réduits à la rue
principale ou le légendaire duel
final. La Quatrième Dimension
parvient à insuffler le Fantastique
avec autant d’efficacité dans
le Western que dans le monde contemporain,
avec comme un étrange pareillement
déstabilisateur.
Mais
La seconde chance manifeste de
solides qualités intrinsèques,
grâce notamment à d’excellents
comédiens. Avec ce personnage déchu,
Dan Duryea se retrouve au confluent de deux
genres qu’il connaît à
merveille : le film noir et le Western.
Grâce à son expérience
et à sa force de conviction, il apporte
une véritable humanité à
son personnage en proie à un destin
capricieux. Martin Landau, certes logiquement
ici en second rôle au moment où
sa popularité ne fait que débuter,
joue avec flamme (mais également
encore un peu d’exagération
: le métier entre…) une brute
sadique, très proche du rôle
qu’il tient la même année
dans La Mort aux trousses. Allen
Reisner, qui exerça dans un grand
nombre de séries (des Incorruptibles
jusqu’à Supercopter
!), parvient à éviter la pesanteur
que pourrait occasionner cette surabondance
de clichés. À l’écriture
Rod Serling joue très habilement
de l’ambiguïté suscitée
par le marchand, véritable incarnation
du Destin (Mr. Fate) dont jusqu’au
bout l’on se demande si les motivations
sont bonnes ou mauvaises.
Toutefois,
comme souvent dans The Twilight Zone,
un double niveau de lecture vient encore
enrichir une histoire déjà
captivante. Ce récit où la
recherche de l’arme toute puissante
mène les deux antagonistes au bord
de la destruction résonne avec intensité
au moment où l’Amérique
d’Eisenhower est engagée dans
une frénétique course à
l’armement avec le bloc soviétique
(Doomsday évoque l’apocalypse).
Sous le couvert d’un fantastique prenant
en fait valeur de parabole, l’épisode
alerte avec vigueur sur la périlleuse
et illusoire confiance apportée par
la puissance guerrière, dans un face-à-face
mortel ne pouvant mener qu’à
l’anéantissement commun. Avec
ses héros qui ne découvrent
la vanité de leur conflit qu’une
fois blessés, Serling nous interpelle
à propos d’un sombre destin
ne pouvant être combattu que par la
prise de conscience et le renoncement à
ces armes folles. Il est encore temps, semble
implorer cet épisode, dans ce Western
aux résonances intemporelles où
l’anthologie viendra encore plusieurs
fois prendre ses quartiers. Le thème
de la seconde chance se retrouvera également
fréquemment.
Et
bien entendu, les amateurs des Avengers
ayant apprécié (ou pas) Noon
Doomsday (Je vous tuerai à
midi) ne seront pas surpris que Mr.
Denton on Doomsday soit un épisode
de Western conclu par un duel !
Ayant
achevé sa formation à l’Actor’s
Studio en 1957, Martin Landau
(1931) se tient encore en 1959 à
l’orée d’une prolifique
carrière, qui le voit apparaître
dans plusieurs chefs-d’œuvre
du cinéma : La Mort aux trousses
(1959), Cléopâtre
(1963), Ed Wood (1994, inoubliable
en Bela Lugosi)... et X-Files : Fight
the Future en 1998 ! Il reste néanmoins
immortalisé pour sa participation
marquante à deux séries cultissimes
: Mission Impossible et Cosmos
1999. En 1957 il avait épousé
Barbara Bain, également élève
de l’Actor’s Studio, qui sera
sa partenaire dans ces deux séries
(leur fille Juliet sera la Drusilla de Buffy).
Toujours actif, Landau est également
apparu dans Alfred Hitchcock Présente,
Au-Delà du Réel, Des Agents
Très Spéciaux, Les Incorruptibles,
Les Mystères de l’Ouest, Arabesque,
Columbo… Il refera un passage
par La Quatrième Dimension
dans La chambre de la mort.
Dan
Duryea (1907-1968) se fit un nom
au théâtre avant de percer
à Hollywood où il se spécialisa
dans les rôles de mauvais garçons
des films noirs typiques de l’époque
(La Femme au portrait, 1944). À
partir des années 50 il se spécialise
dans les westerns, toujours dans des rôles
de bandit sans foi ni loi (Winchester
73, 1950). L’épisode constitue
pour lui une seconde chance, celle de sortir
de ces personnages de bandits !
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4.
DU SUCCÈS AU DÉCLIN
(THE SIXTEEN-MILLIMETER SHRINE)

  
Date de diffusion : 23 octobre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Mitchell Leisen
Barbara
Jean fut une star des films d’avant-guerre.
Désormais délaissée
par les producteurs en raison de son âge
et oubliée par le public, elle se
réfugie progressivement dans la vision
de ses films de jadis, de plus en plus coupée
du monde extérieur. Son ami Danny
Weiss tente de lui faire poursuivre sa vie
mais Barbara semble de plus en plus s'isoler,
en symbiose avec son projecteur et ses souvenirs…
On
pourrait reprocher à l’épisode
une part de Fantastique extrêmement
réduite, limitée aux derniers
instants, ainsi qu’une chute somme
toute très prévisible, mais
cette histoire de star déchue se
réfugiant dans un passé à
jamais enfui se révèle néanmoins
passionnante à suivre. En effet,
Rod Serling conduit de main de maître
ce portrait, en savant dégradé
depuis un tragi comique divertissant jusqu’à
un drame psychologique poignant. Le progressif
abandon de la vie par Barbara se déroule
comme une dérive inexorable tandis
que toutes les tentatives menées
par Weiss ne font qu’accélérer
un mouvement inéluctable. Des
moments de pure cruauté (le producteur
sans pitié, l’ancien partenaire
à l’écran dont la vieillesse
présente est perçue comme
un brutal révélateur par l’héroïne…)
ponctuent ce voyage vers la folie dont la
conclusion constitue une évocation
poétique mais sans appel. L’épisode
représente aussi une illustration
sans fard de la dureté du monde du
cinéma, laissant bien des interprètes
retourner à un abandon difficile
à supporter après une gloire
éphémère.
La
mise en scène de Mitchell Leisen
joue habilement sur des intérieurs
rappelant les fastes de l’âge
d’or hollywoodien auxquels se raccroche
désespérément une actrice
vieillissante ayant recréé
sa maison comme un pur décor de cinéma.
La modernité n’y pénètre
en aucune façon, demeurant simplement
évoquée en parole (Rock n’
roll, juke-box, supermarchés…).
Il en va de même pour les vêtements,
somptueux mais dépassés, qui,
tout comme les divers éléments
du décor, ont visiblement fait l’objet
d’un soin particulier. On y retrouve
le goût raffiné de Leisen qui
fut costumier et décorateur pour
les grands studios des années 30
avant de devenir réalisateur. Les
projections d’anciens films de Barbara
évoquent d’ailleurs avec talent
les productions d’alors et expriment
à l’évidence la propre
nostalgie d’un metteur en scène
idéalement choisi. Le couple Ida
Lupino – Martin Balsam fonctionne
également à merveille. La
première distille un jeu subtilement
daté et riche en poses affectées
mais néanmoins émouvantes,
en concordance avec l’esthétisme
de l’épisode, tandis que le
second se montre d’une totale conviction,
en compagnon impuissant malgré tous
ses efforts à sauver de l’autodestruction
l’être aimé.
Même
s’il n’apparaît pénétrer
dans la Quatrième Dimension que bien
partiellement, l’épisode n’en
constitue pas moins un drame psychologique
de haute volée, tant par la peinture
de ses personnages que par son élégance
formelle. Et les amateurs des Avengers
se plairont bien entendu à comparer
la nostalgie de sa gloire passée
éprouvée par Barbara et son
rejet concomitant de la réalité
avec les sentiments similaires ressentis
par ZZ et ses comparses !
Ida
Lupino (1918-1995) devint une figure
régulière des films noirs
durant les années 40 et 50 (La
Grande Évasion 1941, La
Cinquième Victime 1956…)
avant de se tourner vers la télévision
au cours des deux décennies suivantes
(Les Incorruptibles, Bonanza, Le Fugitif,
Les Mystères de l’Ouest, Columbo,
Police Woman…) Mais elle reste
surtout célèbre pour avoir
été l’une des toutes
premières femmes d’Hollywood
à mener une carrière de réalisatrice.
Elle est ainsi la première à
avoir tourné un film noir (Le
Voyage de la peur, 1953). Elle mit
également en scène des épisodes
de nombreuses séries comme Les
Incorruptibles (trois épisodes),
Le Fugitif etc. Elle demeure de
fait la seule réalisatrice de La
Quatrième Dimension ! (Les
masques)
Martin
Balsam (1919-1996), au cours d’une
carrière très active s’étendant
sur près d’un demi-siècle,
apparut dans de très nombreux films
(Douze hommes en colère
1957, Psychose 1960, Diamants
sur canapé 1961, Little
Big Man 1970, Les Hommes du président
1976…). Il interpréta l’un
des rôles principaux de The Time
element (1958), l’épisode
de l’anthologie Westinghouse Desilu
Playhouse où Rod Serling roda
les concepts de La Quatrième
Dimension. Il participe à Kojak,
Les Incorruptibles, Le Fugitif...
mais aussi à La Cinquième
Dimension ! Il joue également
dans l’épisode de la Twilight
Zone : La nouvelle exposition.
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5.
SOUVENIR D’ENFANCE
(WALKING DISTANCE)

 
Date de diffusion : 30 octobre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Stevens
Martin
Sloan, homme d’affaires stressé,
s’en vient visiter le petit bourg perdu
dans la campagne où il est né,
par nostalgie. Il a la surprise de le découvrir
exactement semblable à ses souvenirs.
Soudain, il se croise lui-même, encore
enfant…
Cette
approche nostalgique de l’enfance manque
quelque peu de force. En effet, une fois le
décor posé, le récit
semble bien long à en venir au cœur
du sujet. On suit trop longtemps le héros
dans un parcours obligé de retrouvailles
avec le temps jadis. On croise ainsi le marchand
de glace, le parc, le décor urbain
d’alors, le voisin, les camarades, les
parents du petit Martin dans une succession
assez terne. Au contraire de Sloan, le spectateur
a vite compris de quoi il retourne et finit
par se lasser quelque peu une fois la surprise
initiale dissipée.
Il
faut attendre le dernier tiers de l’histoire
pour que soient enfin abordées les
questions traitées par l’épisode :
l’ardent désir de l’homme
d’affaires de pouvoir modifier le cours
de sa vie, ou devant un premier échec,
de demeurer dans ces années 30 paraissant
si paisibles, loin du stress de la vie contemporaine.
À chaque fois il y échoue, ce
qui conduit l’histoire à enfin
gagner en intensité, surtout quand
son propre père vient lui expliquer
qu’il n’a plus sa place en ce
temps et qu’il doit repartir poursuivre
son existence. Ce à quoi le héros
consent, riche d’une expérience
lui permettant de reconsidérer sa vie.
Pendant quelques instants le récit
devient véritablement poignant avant
de déboucher sur une conclusion, hélas
fade et passablement verbeuse.
Cette
absence d’une chute renversante, soit
l’un des atouts majeurs de l’anthologie,
vient encore pénaliser l’épisode,
d’autant que, cette même saison,
Arrêt à Willoughby bâtira,
sur un thème similaire, une histoire
aux résonances bien plus vastes et
à la saisissante conclusion. Rod Serling
sait néanmoins imaginer des dialogues
teintant l’épisode d’une
vraie mélancolie. Demeure également
une convaincante prestation de Gig Young,
avec une perspective particulièrement
troublante lorsque l’on connaît
son propre tragique avenir et le désir
qu’il éprouvera sans doute ultérieurement
d’avoir lui aussi une deuxième
chance.
Sur une tonalité plus joyeuse il s’avère
très divertissant d’assister
à la quasiment première apparition
de Ron Howard à l’écran,
où l’on s’amuse à
reconnaître le futur Richie Cunningham
sous les traits d’un gamin hirsute et
braillard ! La réalisation de
Robert Stevens apparaît moins inventive
que lors du pilote, hormis ses plans soudains
fantasmagoriques d’une fête foraine
et d’un manège tourné
sous des angles très inquiétants.
Un passage obligé pour toute production
fantastique !
Gig
Young (1913-1978) débuta sa
carrière au cinéma durant les
années 40, où il jouait souvent
les faire-valoir du héros. Le succès
vint durant les années 50 et60
(On achève bien les chevaux,
1969), notamment par la télévision
qui le fit connaître à travers
de nombreuses séries (Warner Bros.
Presents, Alfred Hitchcock Présente,
The Rogues…). Au moment du tournage
de l’épisode, Gig Young se situe
au faîte de sa popularité et
est également l’époux
d’Elisabeth Montgomery. Malheureusement
il sombre dans l’alcoolisme, ce qui
ruine sa carrière et détruit
son mariage. Le 19 octobre 1978 il abat sa
cinquième épouse avant de se
suicider.
Ron
Howard (1954) joue ici un de ses
tous premiers rôles. Il se fit connaître
comme acteur dans la sitcom The Andy Griffith
Show (1960-1968) et bien entendu en tant
que Richie Cunningham dans Les Jours Heureux
(1974-1984). Il abandonna ensuite la carrière
d’acteur pour se lancer dans la réalisation,
avec un immense succès : Splash
(1984), Cocoon (1985), Willow
(1988), Apollo 13 (1995), Da
Vinci Code (2006) etc.
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6.
IMMORTEL, MOI, JAMAIS !
(ESCAPE CLAUSE)

  
Date de diffusion : 6 novembre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Mitchell Leisen
Walter Bedeker est un hypocondriaque égoïste et désagréable qui tyrannise son entourage. Un beau jour, sous le nom de Mr. Cadwallader, Satan lui propose d’acheter son âme contre l’immortalité et l’invulnérabilité face aux accidents et aux maladies. Une clause de désistement est néanmoins prévue, par laquelle Bedeker peut renoncer à la vie quand il le souhaite. Persuadé que son âme ne risque rien puisqu’il ne mourra jamais, celui-ci accepte. Son indestructibilité va cependant le pousser à de plus en plus tester les limites de son pouvoir…
Par cet épisode l’anthologie introduit l’humour grinçant qui la caractérisera souvent envers des personnages dépassés par les étranges surprises que le destin leur réserve, jusqu’à atteindre une authentique cruauté (préfigurant ainsi les X-Files).
Le
piège diabolique (au sens premier
du mot) se referme avec des mâchoires
en acier. L’impact en est d’autant
plus troublant que ce féroce
dénouement succède à
plusieurs scènes de pure comédie
où Bedeker s’essaie à
mourir tel le Phil Connors d’Un
jour sans fin. L’intrigue se
montre très habile car le Diable
tient scrupuleusement parole et ne tente
aucun subterfuge. Il se contente de tabler
sur l’inépuisable propension
qu’ont les hommes à gâcher
les dons qui leur sont octroyés,
par avidité ou pure bêtise.
La morale de cette fable acide reste que
c’est bien la mort qui donne son sel
à la vie et qu’il faut savoir
l’accepter au lieu de rechercher d’illusoires
échappatoires. Un point de vue tranchant
avec les promesses d’éternelle
jeunesse que reflètent sans cesse
nos sociétés, typique de l’anthologie.
Cette comédie sarcastique, aux percutants dialogues, doit beaucoup à l’abattage de Davis Wayne, qui excelle dans ce rôle de malade imaginaire aussi crispant pour ses proches que drôle pour le spectateur. Il faut le voir se montrer égocentrique et pleurnichard au dernier degré, un vrai régal !
La
verve théâtrale et le physique
imposant de Thomas Gomez nous valent un
Satan particulièrement relevé,
redoutable camelot au cynisme réjoui
et à l’éclatante vitalité.
Le marchandage entre ce vendeur hors pair
et le client particulièrement pénible
et retors qu’est Bedecker reste un
grand moment de comédie, à
montrer dans toutes les écoles de
commerce ! Le mythe faustien est revisité
avec un savoureux iconoclasme tandis que
les deux comédiens nous font bénéficier
d’une éclatante complicité.
Le réalisateur vétéran
Mitchell Leisen apporte beaucoup d’allant
à l’ensemble et un art certain
du décor.
David
Wayne (1914-1995) perça
à Broadway, au théâtre
et dans des revues. Son sens du comique
lui valut une belle carrière après-guerre
dans les comédies d’Hollywood,
où il fut notamment un partenaire
coutumier de Marilyn Monroe (Rendez-moi
ma femme, 1951 ; La Sarabande des
pantins, 1952 ; Comment épouser
un millionnaire, 1953 etc.). À
la télévision il fut le Chapelier
Fou, adversaire récurrent de Batman
(1966-1968), mais il apparut également
dans Mannix, Hawaï Police d’État,
Mannix, Dallas, Ellery Queen, Les Craquantes…
Thomas
Gomez (1905-1971) demeura très
lié à Broadway, où
il avait débuté dans les années
20 et y tenait régulièrement
l’affiche. Spécialisé
dans les rôles inquiétants,
il apparut néanmoins au cinéma
(Le Secret de la planète des
singes, 1970) et à la télévision
(Le Virginien, Ma Sorcière Bien
Aimée, Gunsmoke…). Il
joua un grand rôle dans le développement
du syndicalisme des acteurs.
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7.
LE SOLITAIRE
(THE LONELY)

  
Date de diffusion : 13 novembre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Sight
Dans
un lointain futur les condamnés à
de longues peines sont envoyés purger
leur temps sur des astéroïdes
habitables mais désertiques, où
ils demeurent seuls durant des années.
Dévoré par la solitude depuis
quatre ans, Corry perd lentement l’esprit
quand le capitaine du vaisseau de ravitaillement,
le prenant en pitié, lui offre un
robot. Celui-ci a l’apparence d’une
femme et éprouve des sentiments.
Après des débuts difficiles,
une vraie affection s’installe quand,
un beau jour, Corry apprend qu’il
est gracié…
L’épisode
aborde de nouveau le thème de la
solitude, comme lors du pilote, mais sous
un angle totalement différent. Il
ne s’agit plus de la solitude terrifiante,
paroxystique, mais de celle s’inscrivant
dans nos quotidiens. En effet, outre un
féroce drame romantique, le récit
constitue une métaphore cruelle de
l’isolement existant dans nos sociétés
modernes, que l’on cherche à
combler par des objets de consommation offrant
de factices dérivatifs.
Ce
robot apportant de l’émotion
permet de rendre la solitude supportable
mais ne la fait pas disparaître pour
autant, comme le souligne une conclusion
particulièrement cruelle. Cette évocation
acide de la télévision conserve
toute sa modernité, dans nos sociétés
où le lien social se distend chaque
jour davantage et où l’ordinateur
peut parfois être bien addictif…
Si
Jean Marsh semble bien impavide, assez logiquement
du reste pour un personnage mécanique,
Jack Warden parvient à nous faire
partager la dérive initiale de son
personnage avant de rendre émouvante
l’énergie du désespoir
qui l’anime quand il tente de se raccrocher
à la moindre planche de salut. Le
voir supplier l’équipage de
lui accorder quelques minutes pour une brève
partie de cartes reste poignant. L’idée
de le faire s’exprimer via
son journal personnel fonctionne pleinement.
Sa solitude résulte plus explicite
encore par son environnement, l’épisode
étant réalisé en grande
partie dans la Vallée de la Mort,
un désert aussi impressionnant qu’écrasant,
qui servira de décor à plusieurs
opus de l’anthologie. Le
tournage fut d’ailleurs épique,
la chaleur étouffante causant de
nombreux problèmes techniques et
de santé dans l’équipe !
Jack
Warden (1920-2006) fut boxeur professionnel,
avant d’apparaître dans une
multitude de seconds rôles au cinéma
et de remporter deux Oscars d’acteur
secondaire (Shampoo 1975 et Le
Ciel peut attendre 1978). Il fut également
une figure régulière des séries
américaines (Les Incorruptibles,
Bonanza, Le Virginien, Les Envahisseurs…).
Jack Warden reviendra dans un autre épisode
cette première saison, Le champion.
Jean
Marsh (1934) est une actrice britannique
souvent apparue dans les séries anglaises
et américaines des années
50 et 60 : Les Espions, Le Saint
(quatre fois), Department S, Gedeon’s
Way, plusieurs participations à
Dr Who... Elle connaît cependant
la gloire avec la série britannique
Upstairs Downstairs (1971-1975),
dont elle interprète le rôle
principal et pour laquelle elle reçut
un Emmy Award. Jean Mash fut aussi l’épouse
de Jon Pertwee, l’interprète
du Docteur apparaissant dans Bons baisers
de Vénus.
John
Dehner (1915-1992) eut une longue
carrière, au cinéma et à
la télévision, mais aussi
à la radio où il fut une grande
figure des dramatiques des années
50 et 60. Il joua très souvent les
méchants, notamment dans des westerns
(Gunsmoke, Maverick, Bonanza, La Grande
Vallée, Le Virginien…).
Il apparaît également dans
Les Incorruptibles, L’Immortel, Max
la Menace, Mannix… Dehner
participe à deux autres épisodes
de La Quatrième Dimension :
La jungle et La résurrection.
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Date de diffusion : 20 novembre 1959
Auteur : Rod Serling, d’après une nouvelle de Lynn Venable
Réalisateur : John Brahm
Henry
Bemis, petit employé de banque, est
un lecteur compulsif, passionné de
littérature et de poésie.
Malheureusement, son patron tyrannique et
sa mégère d’épouse
ne lui laissent jamais un instant de libre
pour s’adonner à sa passion.
Un jour, Bemis se dissimule dans la chambre
forte de la banque pour pouvoir lire tranquillement.
À ce moment précis survient
l’apocalypse nucléaire. Notre
héros se découvre l’unique
survivant de la catastrophe, dans un décor
dévasté. Il va avoir tout
le temps nécessaire pour dévorer
les nombreux livres subsistants. Hélas
! une cruelle désillusion l’attend…
Question
de temps compte certainement parmi
les épisodes les plus réputés
de l’anthologie, d’autant que
son impressionnant décor lui vaut
de figurer régulièrement dans
toute publication s’intéressant
à La Quatrième Dimension.
Il faut dire que la maîtrise et le
sens du choc manifestés par l’intrigue
impressionnent réellement. Délibérément
le récit débute comme une
comédie acide, où Burgess
Meredith se voit même affublé
d’épaisses moustaches et de
lunettes ridiculement épaisses, pour
en accentuer l’effet comique. Un premier
choc survient lors de l’explosion
nucléaire, totalement inattendue
(hormis un article de presse découvert
immédiatement auparavant).
Elle
va plonger l’épisode dans une
seconde partie effroyable, à l’horreur
silencieuse accentuée en contraste
par le tumulte l’ayant précédée.
Après l'effroi initial qui l'a conduit
aux portes de la folie et du suicide, Bemis
semble trouver son salut dans les livres
et tout indique que l’on s’achemine
vers une conclusion ironique, mais aussi
poétique, le voyant disposer enfin
de temps pour lire grâce à
la fin du monde, quand survient la chute
finale, encore plus imprévisible
que précédemment et d’un
sadisme confondant. Une mécanique
aussi impeccablement agencée qu’abominable,
laissant le spectateur abasourdi –
mais admiratif – devant cet art
de la conclusion et de la cruauté
qui constitueront la marque de l’anthologie.
Burguess
Meredith impressionne véritablement
par le talent qu’il exprime selon
deux facettes bien différentes, d’abord
la verve comique, puis l’expression
d’une détresse morale absolue
face à cette solitude qui s’impose
véritablement comme l’un des
thèmes majeurs de ce début
d’anthologie. Grâce à
son jeu parfaitement expressif nous percevons
à merveille les souffrances endurées
par le personnage, condition sine qua
non pour permettre à la chute
d’atteindre son impact optimal. Il
doit cependant lutter pour conserver la
vedette face aux étonnants et immenses
décors apocalyptiques peuplant un
épisode dont ils ont achevé
d’asseoir la renommée.
Ces ruines urbaines s’étendant à perte de vue, ces décombres dépourvus de toute vie frappent réellement le spectateur et plus encore celui de 1959 qui vit en permanence avec l’épée de Damoclès nucléaire suspendue au-dessus de lui. De fait l’épisode connut un retentissement considérable parmi les observateurs, de plus peu habitués à des dénouements aussi forts. La caméra de l’expérimenté John Brahm, ayant tourné des films noirs et de science-fiction depuis les années 30, accompagne très efficacement l’action, sachant alterner les prises de vues, larges ou rapprochées, pour mettre conjointement en valeur le jeu du comédien et le vaste décor dans lequel il évolue. Il deviendra l’un des réalisateurs les plus réguliers de l’anthologie, avec 12 épisodes à son actif.
Un
épisode sublime en tout point, rendant
de plus un hommage vibrant à la littérature
en établissant un lien très
explicite entre le mépris manifesté
par une société envers les
livres, considérés comme obsolètes,
et sa proche extinction. Mais la force de
cette histoire en apparence si simple est
telle que bien d’autres lectures peuvent
en résulter : danger de l’individualisme
ou de se laisser dominer par une passion
dévorante…
Devenu
un classique de la télévision
américaine, de multiples hommages
en formes de clin d’œil s’observent
dans les productions actuelles : Futurama,
Family Guy, Les Simpsons, Wall-E ou
bien encore le jeu vidéo Fall-Out…
Une grande partie des décors sera
également réutilisée
dans le célèbre film de 1960,
La Machine à explorer le temps.
Burgess
Meredith (1907-1997) connaît
un début de carrière prometteur
au théâtre et au cinéma
(Des souris et des hommes, 1939),
avant d’être inscrit sur la
liste noire du Maccarthysme. Revenu à
la fin de cette triste période, il
apparaît dans de très nombreux
films, dont la série des Rocky
où il interprète le vieil
entraîneur de Balboa. À la
télévision il incarna le Pingouin,
l’un des pires ennemis de Batman
(1966-1968). Il apparaît également
dans Les Mystères de l’Ouest,
Bonanza, Mannix, L’Homme de Fer…
Avec quatre rôles, il détient
le record de participations à La
Quatrième Dimension, à
égalité avec Jack Klugman.
En 1983 il se substitue d’ailleurs
à Rod Serling, décédé,
pour devenir le narrateur du film. En un
vrai fil rouge de l’anthologie, ses
rôles sont toujours liés à
l’écrit, livres ou journaux.
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Date de diffusion : 27 novembre 1959
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Robert Florey
Un
homme épuisé et terrifié,
Edward Hall, vient consulter un psychiatre
et lui raconte son effrayante histoire. Il
a toujours bénéficié
d’une imagination très vivace,
mais ses rêves ont pris depuis peu une
tournure des plus troublantes : une jeune
femme, rencontrée dans une fête
foraine, se fait plus proche à chaque
nouveau cauchemar. Il est persuadé
qu’elle veut le tuer…
Cet
épisode marque l’entrée
en scène de Charles Beaumont (1929-1967) ;
celui-ci écrivit de très nombreuses
nouvelles, dans les domaines de la science-fiction
et de l’horreur. Il appartenait à
un groupe d’écrivains (Ray Bradbury,
Harlan Ellison, Richard Matheson, Robert Bloch…)
dont le style élégant et le
souffle créatif dépoussiérait
ces genres souvent encore figés dans
les récits répétitifs
et manichéens des Pulps. Outre
son travail au long cours pour La Quatrième
Dimension (22 épisodes), il adapta
ou composa de nombreux textes pour le grand
écran (longue collaboration avec Roger
Corman). Il décéda prématurément
d’une maladie nerveuse à la nature
demeurée incertaine, tandis que plusieurs
écrivains amis remplissaient pour lui
ses obligations professionnelles (certains
de ses scénarios pour l’anthologie
ont ainsi été écrits
avec la collaboration de Jerry Sohl). Alors
que Serling manipule l’étrange
avec brio, Beaumont apporte un ton différent
à l’anthologie, par son écriture
morbide et sa profonde fascination envers
l’épouvante.
La
poursuite du rêve représente
une idéale introduction au style de
Beaumont tant elle se centre sur l’idée
même de terreur, la plus atroce, celle
qui provient de nous, de nos cauchemars. Le
récit explore ainsi avec une grande
force de suggestion l’espace trouble
s’étendant entre le rêve
et la psychose, y compris dans une première
partie en apparence davantage sise dans le
réel. L’image écrasante
du building et la circulation accélérée
de la foule indiquent déjà la
symbolique des rêves. De plus, le récit
s’orne de petits joyaux d’épouvante
dans les diverses expériences narrées
par Hall, que ce soit le portrait devenant
une fenêtre ouverte sur une autre réalité
ou la présence invisible imaginée
derrière soi.
Le
spectateur a déjà les nerfs
fort tendus quand Hall en vient au cauchemar
à séquences qui le hante nuit
après nuit, segment par segment. Nous
nous retrouvons alors plongés dans
une fête foraine onirique, décor
déjà fort propice que le talent
du vétéran Robert Florey rend
parfaitement inquiétant. Florey, réalisateur
français, mena la plus grande partie
de sa superbe carrière dans les studios
d’Hollywood. Il s’essaya avec
bonheur dans différents domaines puis
mit en scène un chef-d’œuvre
du fantastique, Double assassinat dans
la Rue Morgue (1932). Devenu une référence
de ce genre, qu’il continua à
développer dans d’autres œuvres,
il mobilise ici tout son métier et
son talent pour réellement donner l’impression
qu’il pénètre concrètement
le rêve tourmenté de Hall. Sans
aller jusqu’au génie du Dali
de La Maison du Dr Edwardes, ses
divers plans se révèlent d’une
grande beauté artistique, tout en demeurant
parfaitement effrayants, aux confins de la
folie.
L’histoire
culmine cependant avec une de ces conclusions
chocs dont l’anthologie a le secret,
laissant le public totalement confondu. Quand
le rêve a-t-il pris le pas sur la réalité ?
Mais quelle est au juste cette réalité,
et qu’est-il véritablement survenu
à Hall ? Autant de questions que
cette brillante histoire laisse savamment
en suspens pour porter au paroxysme le trouble
ressenti. Au final de cet époustouflant
voyage dans les contrées de l’épouvante,
le spectateur a réellement l’impression
de sortir d’un cauchemar éveillé !
La
conviction et l’intensité du
jeu de Richard Conte apportent à l’histoire
la crédibilité dont elle a besoin
pour fonctionner. Sa remarquable performance
s’explique d’autant plus que Beaumont
prend un malin plaisir à recycler les
codes du film noir que l’auteur connaît
si bien : ennemi dissimulé à
l’arrière de la voiture, figure
de la femme fatale… Le duo avec John
Larch fonctionne à merveille, tant
celui-ci convainc également en psychiatre
solide et s’entend admirablement à
confesser son client. Enfin, la féminité
exacerbée et agressive de la magnifique
Suzanne Lloyd (au sens propre, une femme de
rêve !) achève d’acheminer
l’épisode jusqu’au psychanalytique.
Et les amateurs des Avengers apprécieront
de la voir déjà interpréter
une véritable mante religieuse prédatrice
d’hommes !
John
Larch (1914-2005) connut une prolifique
carrière de second rôle, principalement
dans les films de genre (westerns, policiers
ou films de guerre), où il s’était
spécialisé dans les rôles
d’autorité, shérif ou
officier. Il participe à plusieurs
films de – ou avec – son ami Clint
Eastwood : Un frisson dans la nuit
(1971), L’Inspecteur Harry
(1971, comme chef de la police)… À
la télévision il apparaît
dans Le Fugitif, Les Envahisseurs,
Bonanza, Police Woman, Cannon,
Les Rues de San-Francisco, Dallas,
Dynastie... Jon Larch joue dans deux
autres épisodes de La Quatrième
Dimension : Poussière
et C’est une belle vie.
Richard
Conte (1910-1975) fut une grande
figure du film noir d’après-guerre :
La Proie (1948), Les Bas-Fonds
de Frisco (1949), La Femme au gardénia
(1953)… Sa carrière souffrit
de la désaffection du genre au cours
des années 60, mais il réalisa
encore plusieurs mémorables apparitions
comme celle de Don Barzini dans Le Parrain
(1972). Suite à ce succès, il
tourna dans plusieurs productions italiennes
des années 70, avant de mettre un terme
à sa carrière.
Suzanne
Lloyd (1934), actrice canadienne,
accomplit de nombreuses apparitions dans les
séries américaines de la fin
des années 50 et du début des
années 60 (Have Gun-Will Travel,
Maverick, Bonanza…). Puis elle
s’installa en Grande-Bretagne où
elle totalisa six participations au Saint,
et fut, bien entendu, la vénéneuse
Barbara de Cœur à cœur.
Elle mit fin à sa carrière à
l’âge de quarante ans. Elle reste
également dans les mémoires
pour le rôle récurrent de Raquel
Toledano dans Zorro.
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10.
LA NUIT DU JUGEMENT
(JUDGEMENT NIGHT)

 
Date de diffusion : 4 décembre 1959
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Brahm
En
1942, dans l’océan Atlantique,
un paquebot anglais est isolé
dans un impénétrable brouillard.
Un passager éprouve une forte
impression de déjà-vu,
sans se souvenir ni qui il est, ni comment
il est monté à bord. Une
certitude s’impose à lui :
un sous-marin allemand va couler le
navire…
L’épisode
tente de renouer avec la grande tradition
du Hollandais Volant et des légendes
maritimes, mais n’y parvient qu’imparfaitement.
Une fois posé le postulat de
départ, l’histoire demeure
encalminée durant une trop longue
période, faisant du surplace
à l’image de ce navire
aux moteurs défaillants. Persoff
déploie un jeu très expressif,
parfois à la limite de la théâtralité,
mais se contente de ressasser les mêmes
effets durant les deux tiers de l’épisode,
sous des variantes légèrement
différentes. Le manque de consistance
se voit cruellement souligné
par une chute aisément prévisible,
les indices pour le moins appuyés
se succédant sans désemparer.
Le récit se montre de plus très
bavard.
Le
métier de John Brahm (20 épisodes
à son actif) permet de distiller
une ambiance, mais la caméra
reste le plus souvent figée.
L’ensemble se suit sans passion,
du fait d’une frustrante linéarité.
L’épisode s’anime
toutefois en dernière partie,
quand, lors de trop brefs instants,
le héros réalise, épouvanté,
qu’il est désormais seul
sur le navire et que le fatidique sous-marin
va attaquer. L’anthologie s’entend
décidément à filmer
à merveille la solitude pour
l’utiliser comme levier d’une
authentique terreur, avec une mise en
scène enfin en mouvement. Malheureusement
ce brillant passage s’avère
n'être qu'un feu de paille, l’épisode
se concluant par des inserts évidents
et un énième commentaire
moraliste de la situation.
Le
rôle de Patrick Macnee se réduit,
hélas ! à quelques lignes
de texte. Devant le peu d’utilité
réelle de son personnage de second,
on devine aisément qu’il
n’intervient ici que pour donner
une couleur britannique à un
équipage qui en ressort totalement
dépourvu par ailleurs. Accent
digne d’Eton, élégance
naturelle, flegme maintenu lors des
moments de tension, on constate sans
surprise qu’il y parvient haut
la main, apportant une vraie saveur
à ses quelques scènes.
D’ailleurs, avec un épisode
à la pénible immobilité
se déroulant sur un transatlantique,
on se croirait déjà dans
Mission à Montréal !
À noter que l’épisode correspond au seul cas de censure subi par Serling au cours du tournage de l’anthologie. Pour renforcer la nature anglaise de son personnage (soit sa vraie justification…), Macnee devait boire ostensiblement une tasse de thé sur le pont du navire. Or General Food, l’un des principaux sponsors de la production, développait alors la commercialisation d’une marque de café… À sa demande la scène fut retirée !
Nehemiah
Persoff (1919) débuta
sa carrière dans l’immédiat
après-guerre, après avoir
été formé à
l’Actor’s Studio. Il apparaît
dans de nombreux films (Certains
l’aiment chaud 1959 ; Comancheros
1961…) mais participa surtout
à un très grand nombre
de séries (Les Incorruptibles,
La Grande Vallée, Les Mystères
de l’Ouest, Hawaï Police
d’État, Mission Impossible,
Columbo, Star Trek…). Ayant
pris sa retraite de comédien
dans les années 80, il se consacre
désormais à la peinture.
Patrick Macnee (1922) connut un commencement de succès au West End à la fin des années 30, avant de s’essayer sans grand succès au cinéma et à la télévision. Il accéda à la gloire grâce à une série où il était vaguement question de couvre-chef et d’accessoires de mode.
Voir
un extrait de l'épisode avec
Patrick Macnee : VO
– VF.
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11.
LES TROIS FANTÔMES
(AND WHEN THE SKY WAS OPENED)

   
Date
de diffusion : 11 décembre
1959
Auteur : Rod Serling, d’après
une nouvelle de Richard Matheson
Réalisateur : Douglas Heyes
Deux
astronautes survivent au crash de la fusée
expérimentale qu’ils testaient.
Mais l’un d’eux, Cregg Forbes,
se souvient qu’ils étaient
trois au départ. Or, non seulement
tout le monde semble avoir oublié
l’existence de l’absent, mais
toute trace de son passage s’est évaporée…
Cette
version très particulière
des Dix petits nègres, relue
par l’habile Matheson, se révèle
un authentique bijou d’épouvante.
Forbes semble vivre un vrai cauchemar éveillé,
d’autant plus inquiétant qu’autour
de lui la vie continue à se dérouler
le plus normalement du monde. La peur ne
naît pas d’un monstre venu d’Outre
Espace, mais de ces modifications de la
réalité, totalement incompréhensibles.
Cette absurdité surgissant dans le
quotidien et l’angoissante énigme
que représente le phénomène
déstabilisent un spectateur s’identifiant
pleinement au héros. De fait l’épisode
renoue encore une fois avec le thème
de la solitude, Forbes étant le seul
à connaître l’atroce
réalité face à des
proches compréhensifs mais totalement
sceptiques.
La
mise en scène de Douglas Heyes filme
l’ensemble sans guère appuyer
(hormis la révélation finale)
ni aucun effet spécial spectaculaire.
Ceci se révèle fort judicieux
car c’est bien du contraste entre
un environnement paisible et l’angoisse
intérieure du héros (magnifiquement
exprimée par Rod Taylor) que surgit
l’étrangeté faisant
tout le prix du récit. Outre une
fine variation sur la nature de la réalité,
l’histoire repose sur un des thèmes
les plus anciens et féconds de la
Science-Fiction : les mystères aussi
fascinants que terrifiants de l’espace
profond qui nous entoure, paraissant plus
redoutables encore dans les années
50 qu’aujourd’hui. Cette idée
se trouve ici décrite d’une
manière subtilement expressive, aux
antipodes des Space Opéras
pompiers si fréquents à l’époque.
Une belle réussite, préfigurant
celle des X-Files dans Espace.
Rod
Taylor (1930) originaire d’Australie,
s’installe aux États-Unis en
1954. Il connut rapidement le succès,
tant au cinéma qu’à
la télévision. Il occupe ainsi
des rôles de premier plan dans des
classiques tels La Machine à
remonter le temps (1960) ou Les
Oiseaux (1963). Il incarne également
des personnages récurrents dans Falcon
Crest mais aussi Walker Texas Rangers !
Toujours actif, il est Winston Churchill
dans le film de Tarantino Inglorious
Bastards (2009).
Charles
Aidman (1925-1993) apparaît
également dans l’épisode
La petite fille perdue. Il est
surtout remémoré pour avoir
incarné Jeremy Pike, partenaire temporaire
de James West dans Les Mystères
de l’Ouest, tandis que Ross Martin
se remettait d’une faiblesse cardiaque.
Il fut également l’un des narrateurs
de La Cinquième Dimension.
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12. JE SAIS CE QU’IL VOUS FAUT
(WHAT YOU NEED)

  
Date de diffusion : 25 décembre 1959
Auteur : Rod Serling, d’après
une nouvelle de Lewis Padgett
Réalisateur : Alvin Ganzer
Un vieux vendeur ambulant a la capacité de deviner quel est l’objet dont les gens ont vraiment besoin et le déniche toujours, comme par miracle, dans ses articles. Il se fait un plaisir de les offrir aux nécessiteux, mais devient la victime d’un mauvais garçon ayant deviné son pouvoir. Ce dernier en veut toujours davantage…
Il
y a du La Fontaine dans cette fable moraliste
à l’humour incisif. Le récit
débute comme une charmante comédie
romantique, où le vieil homme manipule
les lois du hasard et de la nécessité
afin, tel Cupidon, de transmuer deux amères
solitudes en un amour rayonnant. Outre son
aspect pétillant, cette introduction
se révèle un modèle d’efficacité,
plantant idéalement le décor
en quelques échanges. Il illustre l’art
de la narration souvent manifesté par
une anthologie sachant à merveille
optimiser son format d’une demi-heure.
Par la suite la graduation de l’inexorable
montée de la menace représentée
par le voyou se voit excellemment exprimée,
jusqu’à déboucher sur
un twist inattendu et cruellement
ironique.
L’histoire se suit donc avec un plaisir sans mélange mais, comme souvent dans La Quatrième Dimension, s’enrichit d’une vraie moralité en arrière-plan. What you need critique ainsi l’avidité irréfléchie de l’homme qui désire toujours outrepasser les dons qui lui sont offerts, sans jamais réfléchir aux inéluctables conséquences, un thème plus que jamais d’actualité.
En
cette toute fin des années cinquante,
où se profile le consumérisme
de masse, le message de l’épisode
vient nous rappeler que le bonheur et l’essentiel
de notre existence ne résident pas
dans la possession matérielle. Comme
le commente le vieil homme lui-même
: malgré tous ses pouvoirs, ses cadeaux
ne peuvent apporter la sérénité
ou la sagesse. Que cette histoire soit diffusée
un soir de Noël n’est évidemment
pas un hasard !
Avec
un éloquent savoir-faire, Alvin Ganzer,
dans la profession depuis la fin des années
30, reconstitue l’atmosphère
des films noirs si populaires au cours de
la décennie s’achevant :
bars miteux, décors urbains mal famés,
noirceur générale des personnages.
La luminosité du marchand n’en
ressort que davantage, ainsi que les bonheurs,
petits ou grands, qu’il apporte à
ses prochains. Le noir et blanc convient idéalement
à cet épisode, où la
pénombre souvent présente illustre
les sentiments humains.
Steve
Cochran, en brute à l’âme
noire (rôle qu’il incarna souvent
au cinéma), et Ernest Truex, en sage
généreux mais à la faiblesse
trompeuse, sont parfaits. Leur complémentarité
apporte beaucoup à un épisode
démontrant joliment, avec une belle
pointe d’humour noir, que l’esprit
finit par triompher de la force aveugle !
Steve
Cochran (1917-1965) fut d’abord
un cow-boy, avant de s’essayer avec
succès au théâtre et de
triompher à Broadway. Il apparut dans
de très nombreuses séries B
au cours des années 50 puis devint
une figure familière du petit écran
(Bonanza, Le Virginien, Les Incorruptibles…).
Un des grands séducteurs d’Hollywood,
il défraya souvent la chronique par
des liaisons affichées avec Mae West,
Jayne Mansfield, Joan Crawford, Ida Lupino
etc. Il décéda brusquement à
48 ans au cours d’une croisière
au large du Guatemala. Des rumeurs d’empoisonnement
coururent, mais aucun élément
probant ne put être établi.
Ernest
Truex (1889-1973) fut un enfant prodige
du théâtre, déclamant
Shakespeare dans tous les États-Unis
à l’âge de neuf ans. Il
connut par la suite une très belle
carrière à Broadway, comme acteur,
mais aussi metteur en scène. Après
quelques essais au temps du muet, il se tint
néanmoins éloigné des
écrans, hormis pour les adaptations
de pièces de théâtre qui
fleurirent au début des productions
télévisuelles. Sur le tard,
il apparut régulièrement dans
les anthologies de la fin des années
50. Il participe également à
l’épisode Jeux d’enfants.
Arlene
Martel (1936) connut un parcours
très réussi dans les séries
télévisées : Star
Trek, Au-Delà du Réel, Ma Sorcière
Bien Aimée, Des Agents Très
Spéciaux, Perry Mason, Papa Schultz,
Les Mystères de l’Ouest, Columbo,
Banacek, Mannix… Elle se consacre
désormais à l’enseignement
de l’interprétation.
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13.
QUATRE D’ENTRE NOUS SONT MOURANTS
(THE FOUR OF US ARE DYING)

  
Date
de diffusion : 1er janvier 1960
Auteur : Rod Serling, d’après
une nouvelle de George Clayton Johnson
Réalisateur : John Brahm
Arch Hammer a le pouvoir de changer d’apparence. Il l’utilise en se faisant passer pour des personnes décédées, afin d’en toucher le plus de bénéfices possibles, financiers ou sentimentaux. À force d’abuser de son don, il finit cependant par se retrouver dans une situation inextricable…
George
Clayton Johnson (1929), célèbre
par la suite pour son roman L’Âge
de Cristal (avec William F. Nolan) et
l’écriture du tout premier épisode
de Star Trek, était à
l’époque un jeune membre de cette
mouvance d’écrivains californiens
comportant également Nolan, Matheson,
Bradbury, Beaumont… La nouvelle servant
de base à cet épisode fut le
tout premier texte qu’il vendit :
Rod Serling en fut si enchanté qu’il
lui mit le pied à l’étrier
en le faisant participer à l’écriture
de sept autres épisodes de l’anthologie.
Adapté
au format télévisuel par Rod
Serling, ce récit illustre déjà
le thème central de son œuvre,
la nature humaine, dont le fantastique doit
avant tout servir à souligner les paradoxes
et les fêlures. En effet, malgré
les diverses vies qu’il emprunte, Hammer
voit inexorablement le piège se refermer
sur lui. Quelles que soient les apparences
qu’il revêt, sa personnalité,
telle une malédiction, le condamne
à force d’avidité, de
mesquinerie et de délabrement moral.
À travers la métaphore du surnaturel,
l’histoire évoque la richesse
des potentialités qu’offre l’existence,
si implacablement gâchée par
la bassesse des appétits humains.
L’ensemble
dégage une profonde mélancolie,
exacerbée par une conclusion particulièrement
abrupte. John Brahm renforce ce sentiment
par l’emploi de thèmes chers
au film noir, genre qu’il connaît
à merveille : gangsters violents
et sans honneur, sordides drames familiaux,
factices lumières attractives de boîtes
de nuit berçant les solitudes par l’alcool
et la musique blues (très
beau morceau de Jerry Goldsmith)… L’interprétation
apparaît en tout point parfaite, avec
une multiplicité des personnages relativement
rare dans l’anthologie. On pourra regretter
que Ross Martin, avant la gloire apportée
par Les Mystères de l’Ouest,
ne bénéficie pas d’un
rôle plus important.
Un épisode splendide, mais amer et désenchanté, étonnamment diffusé le jour de l’an, quand tant de vœux sont prononcés pour l’année à venir. La Quatrième Dimension était sans doute la seule à choisir une telle histoire pour inaugurer les années 60 !
Ross
Martin (1920-1981) reste bien entendu
l’interprète du célèbre
Artemus Gordon des Mystères de
l’Ouest (1965-1969). Ce comédien
polyglotte eut également une belle
carrière au cinéma, jouant notamment
régulièrement dans les films
de Blake Edwards (La Grande Course autour
du monde, 1965). Il participa également
à de nombreuses séries télé
des années 60 et 70 : Wonder
Woman, Columbo, Hawaï Police d’État,
Drôles de Dames… Il décède
d’une crise cardiaque survenue durant
une partie de tennis. Il apparaît également
dans l’épisode Le vaisseau
de la mort.
Beverly
Garland (1926-2008) débuta
dans les productions de Roger Corman, avant
de connaître la célébrité
à la télévision. Elle
fut ainsi la première femme à
occuper le rôle central d’une
série policière (Decoy,
1957-1958), bien avant Police Woman.
Elle participa par la suite à de nombreuses
autres séries, durant une carrière
se prolongeant jusqu’aux années
90 (Les Mystères de l’Ouest,
Mannix, Cannon, Drôles de Dames, Loïs
et Clark…). Beverly Garland fut
aussi une femme d’affaires à
succès, lançant une chaîne
d’hôtels portant son nom.
Don
Gordon (1926) fut un ami proche de
Steve McQueen, avec qui il participa à
de nombreuses productions : Bullit,
Papillon, La Tour infernale, Au Nom de la
Loi. Il est par ailleurs une figure familière
des séries américaines :
Les Incorruptibles, Le Fugitif, Les Mystères
de l’Ouest, Les Envahisseurs, Mannix,
Columbo, Cannon, Super Jaimie, Supercopter,
K2000, Remington Steele…
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14.
LA TROISIÈME À PARTIR DU SOLEIL
(THIRD FROM THE SUN)

 
Date de diffusion : 8 janvier 1960
Auteur : Rod Serling, d’après
une nouvelle de Richard Matheson
Réalisateur : Richard L. Bare
Le monde est sur le point de sombrer dans une guerre atomique devant éclater dans les prochaines heures. Un scientifique et un pilote vont tenter de s’enfuir, avec leur famille, dans un vaisseau expérimental appartenant au gouvernement.
L’épisode
débute par une évocation sans
fard de la terreur éprouvée
par ses contemporains devant l’apocalypse
nucléaire. En se déroulant la
veille d’un évènement
fatidique que tous attendent, cette chronique
d’un désastre annoncé
restitue avec force l’angoisse et les
réactions de chacun, lucides ou d’un
patriotisme jusqu’au-boutiste.
La lourde atmosphère d’attente est très bien rendue par Richard L. Bare : plans distordus, angles larges, vues écrasantes filmées par le haut ou le bas… De l’art de créer une ambiance avec peu d’argent ! L’insertion de l’action dans un quotidien paisible, aux éléments futuristes demeurant rares, et le jeu grave des comédiens parachèvent l’ensemble.
Malheureusement
Third from The Sun dévie ensuite
de son captivant thème initial pour
se lancer dans un récit d’aventures
passablement téléphonées,
artificiellement conçues pour déboucher
sur une chute certes surprenante et finalement
bien plus pessimiste qu’il n’y
paraît, mais tout de même largement
annoncée par le titre ! On ne
peut s’empêcher de penser que
l’épisode n’a pas su pousser
l’audace jusqu’à son terme,
sacrifiant son sujet pour la beauté
de sa conclusion.
Demeure
tout de même le plaisir de contempler
l’une de ces soucoupes volantes archétypales
de l’époque, dont le décor
fut récupéré du célèbre
film Planète interdite. Ce
vaisseau sera d’ailleurs celui qui apparaîtra
dans les épisodes ultérieurs,
modifié de-ci, de-là !
Edward
Andrews (1914-1985) apparut dans
de très nombreuses séries des
années 50 à 80, aisément
reconnaissable par sa haute taille, ses cheveux
blancs et ses épaisses lunettes. Il
se spécialisa dans les rôles
inquiétants ou ambigus et apparut dans
Bonanza, Les Envahisseurs, Police Woman,
Drôles de Dames... Il participa
également à de nombreux films
(Plus dure sera la chute, 1956 ;
Tora ! Tora ! Tora !
1970…), tout en demeurant très
présent au théâtre.
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15. LA FLÈCHE DANS LE CIEL
(I SHOT AN ARROW INTO THE AIR)

  
Date de diffusion : 15 janvier 1960
Auteur : Rod Serling, d’après une nouvelle de Madelon Champion
Réalisateur : Stuart Rosenberg
Le
premier vol spatial habité de l’histoire
de l’humanité s’écrase
sur ce qui apparaît être une planète
particulièrement inhospitalière,
désertique et à la chaleur suffocante.
Les rescapés ne disposent que de très
peu d’eau et doivent rechercher une
région plus accueillante où
ils pourront survivre.
L’épisode situe particulièrement l’anthologie dans son époque, car il commence par de passionnantes images d’archives de la NASA, en ce début d’année 1960 où le vol dans l’espace relève encore de la pure anticipation (Gagarine réussira son fabuleux exploit en avril 1961). Durant quelques instants, le vibrant commentaire de Rod Serling nous fait ainsi partager l’exaltation communicative de cette palpitante aventure que fut la conquête spatiale, avant même que l’on ne pénètre dans le cœur du récit.
Cette
dramatique odyssée de trois hommes
perdus dans un désert particulièrement
hostile conduit certes à une chute
réellement renversante, y compris à
l’échelle de l’anthologie,
mais malheureusement l’épisode
ne se montre guère substantiel entre
ces deux moments forts qu’en constituent
le commencement et la fin. On a uniquement
droit à quelques figures de style très
éprouvées (l’officier
restant digne, le couard que la peur conduit
aux pires extrémités, le soleil
écrasant, la gourde trouée d’une
balle etc.), maintes fois vues ailleurs, notamment
dans le Western.
Il
faut dire que l’argument paraît
efficace mais très succinct, obligeant
l’auteur à meubler. Les excellents
inserts initiaux et la scène d’exposition,
totalement superfétatoire, renforcent
ce sentiment de bouche-trou. De plus l’interprétation,
dépourvue de tête de proue, remplit
honorablement son contrat mais sans susciter
d’enthousiasme particulier.
Et
cependant l’on ne s’ennuie pas,
car un nouveau personnage entre majestueusement
en scène : la Vallée de
la Mort, au paysage effectivement lunaire
(déjà admirée dans Le
solitaire). Stuart Rosenberg est, au
début des années 60, un réalisateur
de télévision particulièrement
en vogue pour son sens de l’image (Alfred
Hitchcock Présente, puis 15 épisodes
des Incorruptibles, entre autres).
N’ayant guère matière
à filmer auprès des héros,
il va s’ingénier à mettre
en scène avec le plus d’éloquence
possible ce décor extraordinaire, avec
l’imagination et le talent qu’il
démontrera ultérieurement au
cinéma (Luke la Main Froide, Brubaker,
La Toile d’araignée…).
Panoramas élargis, jeu de l’horizontalité de la plaine sableuse confrontée à la verticalité des massifs rocheux, vision lointaine utilisant la taille des personnages pour restituer l’immensité aride… Plusieurs figures de style parfaitement agencées se succèdent avec bonheur, rendant parfaitement crédible l’idée d’un naufrage sur un planétoïde désertique et amenant par conséquent la révélation finale avec un maximum d’impact.
Ce très bel exercice de style parachève la réussite d’un épisode démontrant par l’exemple la pertinence du format court pour ce type d’histoires conçues comme véhicule d’une chute étourdissante. La révélation finale sera réemployée par Rod Serling lors qu’il écrira la première version du scénario de La Planète des Singes.
La
phrase inspirant le titre (I shot an arrow
into the air, it fell to earth I knew not
where. For, so swiftly it flew, the
sight, could not follow it in its flight.
) provient d’un texte du poète
américain Henry Wadsworth Longfellow
(1807-1882), basé sur des légendes
amérindiennes : The Arrow
and The Song.
Harry Bartell (1913-2004) dut à sa voix sonore et juvénile une grande popularité en tant qu’annonceur et acteur de dramatique radio, du début des années 40 aux années 60. Durant cette décennie le genre s’essouffla et Bartell se tourna alors davantage vers les séries télé : Les Incorruptibles, Les Mystères de L’Ouest, Max la Menace, Le Fugitif, Dragnet… Il fut également un photographe réputé, notamment sur les différents tournages auxquels il participa.
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16.
L’AUTO-STOPPEUR
(THE HITCH-HIKER)

   
Date de diffusion : 22 janvier 1960
Auteur : Rod Serling, d’après une dramatique radio de Lucille Fletcher
Réalisateur : Alvin Ganzer
Une jeune new-yorkaise, Nan Adams, se rend en Californie pour des vacances. Elle traverse le pays en voiture mais, après un très léger accident de la circulation, elle ne cesse de revoir le même mystérieux auto-stoppeur sur le bord de la route…
Sur
un thème extrêmement similaire
à un autre chef-d’œuvre,
Carnival of Souls (1962), L’auto-stoppeur
(également intitulé Le voyageur)
nous entraîne dans une version réellement
glaçante du road movie. Cet
épisode constitue en effet un cas d’école
de l’art subtil d’accroître
progressivement la terreur au fil des évènements,
le secret des histoires d’épouvante
authentiquement réussies.
Le
dégradé entre le radieux début
et l’insoutenable angoisse précédant
la révélation finale fait l’objet
d’un savant dosage, par un récit
alternant les moments chocs (le train, la
main sur l’épaule) et l’énigmatique,
mais non agressive, omniprésence du
voyageur. La dérive psychologique de
la jeune femme épouse habilement sa
fuite dans des routes de plus en plus secondaires,
des régions toujours davantage désertes,
jusqu’au cul-de-sac final. Une nouvelle
fois l’anthologie exploite avec une
rare efficacité le sentiment de solitude,
un des thèmes essentiels de cette saison.
Avec
astuce, la caméra d’Alvin Ganzer
varie également les angles de vues,
intérieures ou extérieures,
de la voiture, empêchant ainsi toute
impression de redite. Les prises se montrent
également de plus en plus serrées
au fur et à mesure que monte la tension,
portée par une musique remarquablement
intense.
Pour
la seconde fois cette saison, l’épisode
se centre sur un personnage féminin,
en accroissant ainsi la vulnérabilité.
On y discerne la patte de Rod Serling car
la version originale de Lucille Fletcher,
une dramatique radio de 1942, mettait en scène
un homme (interprété par Orson
Welles). Le récit adopte également
la narration à la première personne,
procédé toujours efficace pour
rendre compte des errances de l’esprit
et souvent pratiqué par Edgar Allan
Poe auquel cette histoire fait irrésistiblement
songer.
À
cette occasion la charmante Inger Stevens
manifeste de remarquables talents d’actrice,
que ce soit par l’expressivité
de ses attitudes ou l’éloquence
de son phrasé. Il n’y a pas jusqu’à
sa pointe d’accent qui ne la rende encore
plus humainement poignante. Sa performance
rend remarquablement palpables sa détresse
et son renoncement final. Grâce à
elle Nan Adams compte parmi les victimes de
cruelles rencontres avec le surnaturel les
plus inoubliables de cette saison.
Comme
tout bon road movie, l’épisode
nous fait ressentir en arrière-plan
l’immensité de l’Amérique,
même si tous les paysages traversés
apparaissent clairement californiens…
Il constitue également l’occasion
de retrouver ce cachet agréablement
rétro qui fait aussi le prix de La
Quatrième Dimension, à
travers les voitures archétypales de
l’époque (une Mercury 1957 et
une Ford 1959). Ces somptueux paquebots d’acier
chromé nous font éprouver de
la nostalgie pour cette époque où
la raréfaction des ressources naturelles
et les périls climatiques relevaient
encore de la science-fiction !
Inger
Stevens (1934-1970), actrice américaine
d’origine suédoise, débuta
à 16 ans dans des revues, avant de
devenir élève de l’Actor’s
Studio en 1955. Après plusieurs fugaces
apparitions au cinéma et de nombreuses
publicités, le début des années
60 la voit accéder à la célébrité
par la télévision (Alfred
Hitchcock Présente, Bonanza, rôle
récurrent dans The Farmer’s
Daughter, 1963-1966…). Par la
suite, malgré une santé très
fragile, elle passa avec succès au
cinéma (Pendez-les haut et court,
1967 ; Madigan, 1968…), tout
en faisant les délices des échotiers
par ses nombreuses liaisons : Anthony
Quinn, Harry Belafonte, Dean Martin, Burt
Reynolds… Après une première
tentative en 1959 (suite à une rupture
avec Bing Crosby), elle se suicide le 30 avril
1970 par l’absorption d’un mélange
de médicaments et d’alcool. Elle
participe également à l’épisode
Les robots du Dr. Lauren.
À noter dans cet épisode la présence d’interprètes peu connus, mais ayant tenu des rôles marquants :
– Eleonor Audrey (1905-1991)
fut une actrice de voix travaillant pour la
radio et la publicité, mais aussi pour
Walt Disney, ce qui lui valut de prêter
son talent à la marâtre de Cendrillon
(1950) et à la ténébreuse
Maléfique de La Belle au bois dormant
(1959).
– Adam Williams (1922-2006)
eut une carrière cantonnée aux
seconds rôles mais, pilote expérimenté,
il participe à l’une des scènes
les plus célèbres de l’histoire
du cinéma en étant aux commandes
de l’avion poursuivant Gary Grant dans
La Mort aux trousses (1959).
– Leonard Strong (1908-1980)
est surtout remémoré pour son
interprétation de The Claw, le chef
de la branche asiatique de KAOS dans Max
la Menace.
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17.
LA FIÈVRE DU JEU
(THE FEVER)


Date de diffusion : 29 janvier 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Florey
Un couple remporte un séjour tous frais payés à Las Vegas. Le mari, avare et irascible, refuse d’y jouer de l’argent. Cependant il va céder à l’attraction d’une étrange machine à sous l’incitant à risquer sans cesse davantage…
La
Quatrième Dimension subit un
petit trou d’air à l’occasion
de cet épisode. On perçoit
bien ce que Rod Serling a voulu réaliser,
une dénonciation de la fièvre
du jeu, parabole de toutes les addictions.
Effectivement le spectacle de cet homme
en train de progressivement se perdre dans
cette passion, sans que quiconque n’intervienne,
a de quoi émouvoir. Malheureusement
le récit demeure bien ténu.
Malgré la variété des
angles choisis par Roland Florey et la totale
conviction de jeu d'Everett Sloane, le spectateur
finit par se lasser de regarder le personnage
actionner inlassablement le bandit manchot
durant plus de la moitié de l’épisode,
jusqu’à une très prévisible
chute dans la folie.
De
plus, le versant fantastique de l’histoire
paraît singulièrement moins
subtil que de coutume, ces images d’une
machine à sous poursuivant un homme
dans un hôtel ressortant bien plus
ridicules qu’effrayantes. La production
a consacré de nombreux efforts pour
l’animation de l’appareil, ainsi
que pour lui donner une voix à la
sonorité très métallique,
le tout pour un résultat, hélas
! peu concluant. Même si l’on
peut imaginer sans peine que la scène
devait sembler davantage spectaculaire il
y a un demi-siècle, l’intérêt
de The Twilight Zone réside
bien plus dans la profondeur et l’intensité
de ses récits que dans les effets
spéciaux. L’épisode
permet cependant d’admirer de jolies
vues du Vegas d’alors et d’écouter
un excellent jazz composé par Jerry
Goldsmith.
Pour
l’anecdote l’idée du
scénario vint à Rod Serling
lors d’une fête organisée
à Las Vegas pour célébrer
l’acceptation de la série par
CBS, où sa propre épouse fut
pareillement asservie par une machine à
sous !
Everett
Sloane (1909-1965) débuta
sur scène dans les années
30-40, intégrant notamment la troupe
d’Orson Welles, dans les films duquel
il allait régulièrement apparaître
par la suite (Citizen Kane, 1941).
Tout en maintenant une intense activité
théâtrale, il écrit
également des chansons à succès
pour les revues de l’époque
et participe à de nombreuses dramatiques
radio. Au début des années
60 il oriente sa carrière vers la
télévision, apparaissant dans
plusieurs anthologies (Alfred Hichcock
Présente, The Joseph Cotten Show…).
Il se suicide à 55 ans après
avoir appris que l’évolution
d’un glaucome allait le rendre aveugle.
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18.
LE LÂCHE
(THE LAST FLIGHT)

  
Date de diffusion : 5 février 1960
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : William Claxton
Les officiers d’un aéroport militaire américain situé en France ont la surprise de voir se poser un avion de la Première Guerre Mondiale. Le pilote, un Anglais, affirme provenir bel et bien de cette époque, après avoir passé à travers un étrange nuage…
Ami très proche de Charles Beaumont, Richard Matheson (1926) représente l’une des figures majeures de la Science-Fiction, un genre qu’il aura marqué par plusieurs classiques tels Le Journal d’un monstre (1950), Je suis une Légende (1954) ou L’Homme qui rétrécit (1956). Ses œuvres mettent souvent en scène des personnages devant faire face seuls à de terrifiantes destinées, celles-ci relevant bien davantage d’un surnaturel inexpliqué que d’une rationalisation scientifique bien tranchée (Matheson se situe toujours davantage à proximité du Fantastique ou de l’Horreur que de la Hard Science). Il ancre d’ailleurs régulièrement ses intrigues dans la vie de tous les jours, établissant une rupture majeure avec la mouvance inspirée de Lovecraft dominant jusqu’alors la littérature américaine.
Cette
affinité avec la solitude et l’étrange
faisant irruption dans le quotidien le pousse
tout naturellement à collaborer à
La Quatrième Dimension (16
épisodes), dont ces thèmes
constituent des axes essentiels. Tandis
qu’il se voit lui-même adapté
avec succès au cinéma, Matheson
continue par la suite à écrire
pour l’écran, notamment pour
Roger Corman, Star Trek, ou en
composant Duel (1971),
qui lancera Steven Spielberg. Son influence
sur les écrivains contemporains demeure
considérable (notamment Stephen King,
qui s’en réclame souvent),
tandis que Chris Carter nommera Richard
Matheson un sénateur apparaissant
à plusieurs reprises dans les
X-Files.
Premier
directement écrit par Matheson, cet
épisode renoue avec l’idée
esquissée dans Les trois fantômes
(dont l’auteur avait déjà
écrit le texte original) : le
ciel reste par nature une zone interdite
à l’homme et il abrite par
conséquent des secrets au-delà
de notre compréhension. Cette vison
très poétique s’exprimera
à plusieurs reprise durant l’anthologie
où plusieurs avions connaîtront
d’étonnantes aventures dans
ces domaines interdits où ils s’aventurent
(Les X-Files reprendront l’argument
à leur manière).
Malheureusement l’histoire de Matheson, si elle se suit avec intérêt, ne compte pas parmi les chefs-d’œuvre d’une anthologie où il se montrera davantage inspiré par la suite. En effet l’auteur opte pour un voyage vers le futur, situation toujours propice aux anachronismes divertissants, mais comme les amateurs de science-fiction le savent bien, l’incursion dans le passé recèle des possibilités de rebondissements et de paradoxes bien plus riches.
De
fait l’intrigue va se limiter à
une exposition presque laborieuse de la
situation, où tous les cas de figures
possibles vont se voir successivement évoqués
(folie, canular, tournage d’un film,
meeting aérien, complot…)
avant que s’impose une explication
à laquelle le spectateur a bien entendu
adhéré dès le départ.
« Lorsque vous avez éliminé
l'impossible, ce qui reste, si improbable
soit-il, est nécessairement la vérité »...
Par la suite Matheson finit par tout de
même joliment boucler la boucle grâce
à une éloquente évocation
du thème du sacrifice et à
une chute remarquablement agencée,
mettant en œuvre cette fois le voyage
dans le passé ! À l’actif
de l’épisode on note également
une mise en scène vive et efficace
de William Claxton et des comédiens
parfaitement convaincants, dont un Kenneth
Haigh restituant avec force les tourments
moraux endurés par son personnage.
Le
lâche (intitulé en français
Le dernier vol) comprend également
de nombreux éléments illustrant
agréablement les deux périodes
sur lesquelles il se déroule. Il
nous rappelle ainsi que le début
des années 60 s’accompagne
encore de bases américaines disséminées
sur le territoire français, avec
de plus quelques exemples des magnifiques
avions de l’époque. Le spectateur
français ne pourra que songer aux
Chevaliers du Ciel ! La Grande
Guerre autorise également quelques
clins d’œil habilement amenés,
tel le Royal Flying Corps, annonçant
la Royal Air Force, ou l’évocation
de la destinée légendaire
de Guynemer. Enfin, de manière détournée
du fait des contraintes de l’époque,
l’épisode nous interpelle en
opposant directement la petitesse du biplan
de 1917 aux appareils modernes de 1960,
nous faisant évaluer d’un simple
regard la fulgurante progression du potentiel
de destruction de ces engins. Où
en sommes-nous aujourd’hui ?
En
2006, un épisode de la série
britannique Torchwood, Out
of Time, se basera sur un argument
quasi identique. On peut parler de remake
au féminin.
Kenneth
Haigh (1931) a connu une carrière
se déroulant des deux côtés
de l'Atlantique, essentiellement au théâtre.
Il apparut également dans Alfred
Hitchcock Présente, Z Cars, Destination
Danger, Man at the Top, Poirot...
Robert
Warwick (1878-1964) fut une grande
figure du Broadway du début du XXe
siècle, ainsi que du cinéma
muet, notamment dans les films de Maurice
Tourneur. Sa voix sonore lui valut de passer
avec succès au parlant (Anna
Karénine, 1936 ; Les Voyages
de Sullivan, 1941...). Sur le tard
il participa activement aux premiers pas
de la télévision, par le biais
des nombreuses adaptations théâtrales
de l'après-guerre.
Alexander
Scourby (1913-1985) fut un acteur
shakespearien à Broadway, avant de
se spécialiser au cinéma dans
les rôles de vilains (Règlement
de compte, 1953 ; Géant,
1956...). Il reste avant tout connu comme
acteur de voix, réalisant de nombreux
commentaires de documentaires et la version
audio de plus de 500 livres. Il fut ainsi
le premier à effectuer un enregistrement
intégral de la Bible, en 1944. Le
document, d’une durée supérieure
à 84 heures, était destiné
aux non-voyants, mais le succès en
fut énorme, s’étendant
bien au-delà de la cible initiale.
La Bibliothèque du Congrès
en conserve l'original.
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19.
INFANTERIE “PLATON”
(THE PURPLE TESTAMENT)

  
Date de diffusion : 12 février 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Richard L. Bare
Durant la Seconde Guerre Mondiale, aux Philippines, un lieutenant américain se rend compte qu'il peut percevoir qui va bientôt mourir au combat. Le visage des prochaines victimes lui apparaît nimbé de lumière.
Que
cet épisode se déroule durant
la Guerre du Pacifique situe bien l’époque
de la série, car nul doute que,
si elle était plus récente,
l’action s’insérerait
au Viêt-Nam ! On y retrouve
une semblable désespérance
face aux périls et à l’hostilité
de l’environnement tropical. L’intrigue
illustre avec talent deux constantes de
l’écriture de Rod Serling
(lui-même un vétéran
de cette guerre) : son attachement
à ses personnages, chacun décrit
avec une vraie humanité et loin
de toute caricature, mais également
le sens aigu d’un Fantastique soulignant
les absurdités du réel.
À travers un argument surnaturel,
c’est avant tout l’horreur
des conflits qui se voit ainsi dénoncée
avec force.
Cette
charge évoque non seulement les
tueries que la guerre signifie (rappelées
par des dialogues très forts et
un portrait sans fards d’un hôpital
de campagne) mais aussi par la mécanique
psychologique inexorable de celle-ci,
broyant les mentalités. Le Capitaine,
pourtant capable d’écoute
et finalement ébranlé par
les dires de son subordonné, ne
suspend pas un seul instant les attaques
meurtrières. Mais c’est finalement
sur le héros lui-même que
cet érosion de l’espoir et
de l’esprit se manifeste avec le
plus d’impact. Après une
fébrile rébellion initiale,
il va ensuite de renoncements en renoncements :
à tenter de sauver ses hommes,
puis son ami et enfin lui-même.
L’abattement du personnage devant
la fatalité du destin en ces temps
d’épouvante frappe réellement
les esprits.
Face à ce propos si éloquent, peu importe en définitive que la chute paraisse bien plus prévisible que de coutume. La mise en scène de Bare parvient par ailleurs à contourner la nécessité de tourner en décors par des inserts finement ajustés, une caméra centrée avant tout sur les personnages et un effet lumineux réellement sépulcral. L’interprétation est au diapason, avec un vibrant William Reynolds et un Dick York étonnant de conviction en officier avisé et stoïque, aux antipodes de son personnage de Bewitched.
L’histoire
fera l’objet d’un remake
très libre dans La Treizième
Dimension, avec l’épisode
Dans la lumière où
une institutrice tentera réellement,
elle, de sauver ses élèves.
William Reynolds (1931) débuta comme jeune premier dans le Hollywood des années 50 (Tout ce que le Ciel permet, 1955). Il se fit connaître essentiellement dans les séries télévisées des années 60 et 70 (Dragnet, The F.B.I., Gunsmoke...)
Barney
Phillips (1913-1982) connut une
grande popularité dans les séries
policières des années 50
et 60 (Les Incorruptibles, Johnny
Midnight, The Brothers Brannagan...).
Il apparaît également
dans trois autres épisodes : Allez-vous-en,
Finchley !, Y a-t-il un Martien dans la
Salle ? et Miniature.
Dick
York (1928-1992) reste bien entendu
le premier interprète de Darrin
Stephens (Jean-Pierre), le mari de Ma
Sorcière Bien-Aimée,
de 1964 à 1969. Il sera d'ailleurs
rejoint dans La Quatrième Dimension
par les autres futurs interprètes
de cette série (Elizabeth Montgomery,
Agnès Moorehead, David White).
Outre quelques petits rôles au cinéma,
il apparaît également dans
les autres anthologies de l'époque
(Alfred Hichcock Présente,
The Dupont Show...). Après
l'avoir forcé à abandonner
Bewitched, ses problèmes
récurrents de santé (douleurs
au dos, puis emphysème) pénalisèrent
gravement sa carrière. Il se limita
par la suite à de rares apparitions
(Simon et Simon, L'Île Fantastique).
Il participe également à
l’épisode Un sou pour
vos pensées.
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20.
REQUIEM
(ELEGY)

  
Date de diffusion : 19 février 1960
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Douglas Heyes
Trois
astronautes en mission d'exploration
doivent atterrir en catastrophe sur
une planète inconnue. À
leur grande surprise, ce monde ressemble
trait pour trait à la Terre,
mais tous ses habitants paraissent statufiés.
La construction de l'histoire se montre très attrayante par son basculement progressif d'un univers de Science-Fiction de type Space-Opera jusqu'à l'univers très personnel, et morbide, de Charles Beaumont. Après une introduction archétypale entremêlant vaisseaux spatiaux, héroïques explorateurs et futur des plus lointains, nous en arrivons à un premier accroc majeur dans le style ultra codifié de Science-Fiction, encore particulièrement en vogue dans les années 50. Cet étrange décor d'une Terre pétrifiée (à l'aspect rétro encore accentué en 2009) tranche totalement avec les flamboyants décors extraterrestres coutumiers tout en distillant une énigme déstabilisante.
On
s'amuse beaucoup à voir le trio
d'astronautes tenter de se raccrocher
à des hypothèses relevant
de la Science-Fiction classique face
à cette nouveauté sidérante
(en arrière-plan on perçoit
de manière très nette
les ricanements de Beaumont). Par la
suite, d'un ton finalement peu anxiogène
(décor cosy et ensoleillé,
« statues » en
rien menaçantes, évocation
de moments heureux, hôte débonnaire...)
le récit va soudain devenir plus
sinistre, le mystère laisse place
à une réalité brutale
évoquant bien davantage l'Horreur
chère à l'auteur que le
Space-Op. L'évolution débouche
avec un naturel diabolique sur une conclusion
à l'humour noir parfaitement
glaçant et relevant quasiment
de la taxidermie !
L'aspect
sardonique de l'épisode se voit
rehaussé, hormis un saisissant
gros plan sur le visage de Wickwire
au moment où la vérité
se dévoile, par une mise en scène
volontairement pateline, jusqu'à
la scène finale où ce
dernier passe le plumeau sur ses « invités »
tel Mrs Peel sur John Steed. Le métier
des comédiens, en particulier
Cecil Kellaway, apporte un vrai naturel
aux personnages, même si les figurants
immobiles ne peuvent s'empêcher
de cligner les yeux, parfois de manière
très visible... Les décors
et le fond sonore font également
l'objet d'un grand soin. C'est notamment
le cas pour les bruitages de la fusée,
si délicieusement typiques...
Et en effet ils seront repris à
l'identique pour la passerelle de l'
USS Enterprise de Star Trek !
Cecil Kellaway (1893-1973), comédien d’origine irlandaise, fit carrière en Australie puis à Hollywood. Il se spécialisa bien entendu dans les rôles d’Irlandais mais aussi de leprechauns et de lutins ! Une expérience qu’il met à profit dans cet épisode. Il officia également comme Père Noël dans Ma Sorcière Bien Aimée.
Kevin
Hagen (1928-2005), à
l'origine professeur de danses de salon,
participa à de très nombreuses
séries : Have Gun Will Travel,
Bonanza, Gunsmoke, Perry Mason, Mission
Impossible, Au Cœur du Temps...
Il reste cependant surtout dans les
mémoires pour avoir été
le Docteur Baker de La Petite Maison
dans la Prairie (1974-1982).
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21.
IMAGE DANS UN MIROIR
(MIRROR IMAGE)

  
Date de diffusion : 26 février 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Brahm
Une
femme, Millicent Barnes, attendant
un bus de nuit dans une gare routière,
s’aperçoit qu’un
double d’elle-même est
en train progressivement de la remplacer,
en s’emparant de son existence…
Cette histoire en forme de pur cauchemar aurait été inspirée à Rod Serling par une similaire rencontre avec un quasi sosie, dans un aéroport anglais. On comprend sans peine ce que cette expérience peut comporter de déstabilisant, d’autant qu’elle évoque une grande figure du surnaturel : le Doppelgänger. Ce double maléfique se substituant à sa victime se retrouve dans de nombreuses mythologies, tandis que la profonde horreur qu’il véhicule a inspiré nombre d’inoubliables classiques du Fantastique, comme le William Wilson de Poe ou Le Horla de Maupassant (ainsi que de croustillants épisodes des Avengers !).
Ce
thème puissant se trouve illustré
à la perfection dans la première
partie de l’épisode,
où l’angoisse vécue
par l’héroïne se
montre terriblement communicative
au fil de manifestations parfaitement
agencées du Double. Cet espace
clos et quasi désert constitue
un parfait écrin pour la panique
qui étreint sans cesse davantage
Millicent Barnes ; anxiogène
mais également familier, ce
qui rend cette distorsion de la réalité
encore plus dérangeante. Malheureusement,
pour tenir la distance, Rod Serling
introduit un comparse qui va dévier
le récit de cette marche implacable
vers la folie, en rompant la solitude
de Millicent tout en incorporant des
digressions passablement oiseuses.
Il en va ainsi lors de cette évocation
inutile d’un univers parallèle,
alors que le Doppelgänger doit
son impact à son mystère,
ou d’une conclusion quelque
peu laborieuse.
Toutefois,
cette rassurante présence masculine
trouve son intérêt en
renforçant l’aspect de
pastiche d’Hitchcock que développe
l’épisode autour de Vera
Miles. Le grand réalisateur
a toujours su osciller pareillement
entre Thriller et Fantastique et l’intrique
reprend plusieurs de ces thèmes
comme le questionnement sur l’identité
et l’équilibre psychologique
de ses personnages (Sueurs froides,
basé sur le thème du
sosie, vient de triompher en 1958).
Avec l’entrée en scène
du voyageur, on retrouve un duo classique
entre l’homme rationnel et la
femme émotive (on pense, entre
autres, à La Main au collet
ou au futur Pas de printemps pour
Marnie), sauf que, au lieu d’un
duo romantique triomphant de l’adversité,
on voit le héros prendre sa
partenaire pour une folle et s’empresser
de trahir sa confiance en la livrant
à la police ! Un clin
d’œil sardonique bien
dans l’esprit cruel de The
Twilight Zone ! Dans cet
environnement familier, Vera Miles
manifeste un grand talent dans l’interprétation
d’un personnage sentant sa raison
s’effilocher.
Vera
Miles (1929) débute
au cinéma au commencement
des années 50 avant d'accéder
à la célébrité
avec La Prisonnière du
désert (1954). Elle devient
la nouvelle muse d'Alfred Hitchcock,
succédant à Grace Kelly
(Alfred Hitchcock Présente,
1955 ; Le Faux Coupable,
1956 ; Psychose, 1960). Enceinte,
elle dut renoncer à Sueurs
froides (1958). Par la suite
elle retourna au Western (L'Homme
qui tua Liberty Valence, 1962)
avant de collaborer longuement aux
films de Disney. Durant les années
70 et 80 elle s'orienta vers les séries
télé (Columbo, Les
Rues de San-Francisco, Magnum, Arabesque,
La Petite Maison dans la Prairie...).
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22.
LES MONSTRES DE MAPLE STREET
(THE MONSTERS ARE DUE ON MAPLE STREET)

   
Date de diffusion : 4 mars 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Ronald Wilson
Une lumière étrange apparaît brièvement dans le ciel d’une paisible banlieue américaine. Peu après tous les appareils tombent en panne. Les habitants sont la proie d’une panique croissante, croyant à une attaque extra-terrestre. Ils se persuadent rapidement que l’ennemi se dissimule parmi eux…
Les banlieues américaines cossues et en apparence synonymes d’harmonie et de bonheur ont souvent inspiré les auteurs par le versant obscur que ce vernis dissimule. David Lynch (Blue Velvet), Chris Carter (Bienvenue en Arcadie) ou les Desperate Housewives ont, chacun à leur manière, porté un regard incisif sur ce monde emblématique des États-Unis. Mais rarement ces portraits n’auront présenté la violence manifestée par cet épisode.
Durant cette véritable charge au vitriol, nous voyons progressivement se fissurer les conventions sociales et les amitiés, tandis que remontent à la surface les ragots et les hostilités dissimulées sous l’hypocrisie ambiante. La panique dépouille les personnages de leur humanité, les transformant en bêtes féroces s’attaquant en meute aux plus faibles. Un irrationnel abject triomphe quand le groupe ne cesse de s’entredéchirer en convulsions toujours plus violentes, jusqu’au lynchage.
Certes
les circonstances apparaissent anxiogènes,
mais le récit de Rod Serling
illustre avec éloquence que
le ressort principal de ce crépuscule
de la société réside
principalement dans les faiblesses
intimes des individus, leur incapacité
profonde à vivre ensemble
et à faire face à
l’épreuve en tant que
communauté. On retrouve ici,
avec un éclat tout particulier,
l’art d’un Rod Serling
employant le Fantastique pour dépeindre
les failles de l’Amérique.
Le récit, au titre à
la cinglante ironie, constitue certes
une superbe métaphore du
Maccarthysme encore si présent
dans les esprits, mais devient universel
dans son évocation d’une
humanité prompte à
céder aux démons de
la peur de l’autre.
Porté par des comédiens admirables de conviction et une mise en scène imaginative, ce chef-d’œuvre demeure sans doute l’un des épisodes les plus éprouvants de l’anthologie, car l’épouvante n’y naît pas du surnaturel, mais bien de nous-mêmes.
The Monsters are due on Maple Street, salué comme le meilleur de The Twilight Zone par Time Magazine en 2009, reste aussi l’un de ceux ayant exercé le plus d’influence sur les auteurs ultérieurs, tels Stephen King s’en inspirant pour Brume (The Mist au cinéma, avec une étonnante Laurie Holden). Il fut également adapté dans La Treizième Dimension en 2003, sous le même titre.
Claude
Akins (1926-1994) se spécialisa
dans les personnages durs et à
forte personnalité. Il apparut
dans de très nombreux westerns,
au cinéma (Rio Bravo,
1953...) comme à la télévision
(La Grande Vallée, Bonanza,
Gunsmoke, The Riffle Man...).
Il fut également une figure
familière des séries
policières (Les Incorruptibles,
Perry Mason, Alfred Hitchcock Présente...).
Il participe également à
l'épisode Le petit peuple.
Tout
au long de sa carrière aux
multiples seconds rôles, Jack
Weston (1924-1996) alterna
les emplois humoristiques (Ne
mangez pas les marguerites,
1960 ; Fleur de Cactus,
1969...) ou inquiétants (Wait
until dark, 1967). Par ailleurs,
il joua dans de nombreuses pièces
humoristiques à Broadway,
notamment avec Woody Allen. Il participe
également à l'épisode
Le Barde.
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23.
UN MONDE DIFFÉRENT
(A WORLD OF DIFFERENCE)

   
Date de diffusion : 11 mars 1960
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Ted Post
Arthur
Curtis, un homme d’affaires
connaissant une réussite
tant professionnelle qu’affective,
pénètre par mégarde
dans un autre univers, où
il découvre que sa vie
n’est qu’un rôle
dans un film en train d’être
tourné. Dans cet univers
il se nomme Gérald Duncan,
un acteur alcoolique sur le déclin,
subissant un divorce éprouvant…
Le talent de Richard Matheson pour plonger ses personnages dans un pur cauchemar inexplicable se situe ici à son zénith. Cette idée alors très novatrice d’un individu sur le fil du rasoir entre le réel et la fiction nous vaut une situation à l’étrangeté vraiment jouissive, d’autant que la bascule entre les deux univers se voit impeccablement filmée par le talentueux Ted Post (Le Secret de la Planète des Singes, Pendez-les hauts et courts, Magnum Force…). Ce large mouvement tournant de caméra, révélant un studio de tournage s’étant substitué à la réalité du personnage, reste l’une des images fortes de l’anthologie, tandis que le spectateur ressent le sol véritablement se dérober sous ses pieds ! Ce plan séquence exigea une précision millimétrée, avec un mur amovible se déplaçant dans un complet silence.
Par
la suite la virée hallucinée
de Curtis dans cet univers bis
maintient une forte intensité
dramatique, tout en nous valant
un joli panorama des studios de
tournage de la série mais
aussi sur les palmiers du Beverly
Hills de l’époque.
L’intrigue joue fort habilement
du doute maintenu jusqu’à
son terme à propos de la
nature du phénomène :
jonction entre deux plans de la
réalité, ou dérive
psychologique du héros
face à une existence bien
moins reluisante que son rôle
? Howard Duff rend palpable le
désarroi de Curtis jusqu’à
un happy end aussi miraculeux
qu’ambigu, tandis que Larry
White surprend en patron à
la fois plus humain et plus réaliste
qu’Alfred Tate.
Un
monde différent s’impose
comme un vrai joyau du Fantastique
audacieux et imaginatif de Matheson,
au succès proche du Caméra
meurtre des Avengers
ou du Hollywood des X-Files.
Il inspira de nombreux récits
du même type, dont le Truman
Show de Jim Carrey.
Howard
Duff (1913-1990) débuta
à la radio et dans les
films noirs de l’immédiat
après-guerre (La Cité
sans voiles, 1948). Il vit
alors une relation tumultueuse
avec Ava Garner, avant d’épouser
Ida Lupino en 1961. Sa carrière
cinématographique se poursuit
jusqu’aux années
1980 (Kramer contre Kramer,
1979 ; Sens unique, 1987).
À la télévision
il apparaît dans Bonanza,
Felony Squad, Batman, L’Immortel,
Le Virginien, Mannix, Shaft, Dallas…
Eileen Ryan (1928) participa à Bonanza, La Petite Maison dans la Prairie, New York Police Blues, Urgences, The Nine… Elle est la mère de Chris et Sean Penn.
Larry
White (1916-1990) reste
avant tout connu pour le cynique
Alfred Tate de Ma Sorcière
Bien Aimée (1964-1972),
mais il joua dans une multitude
d’autres séries :
Bonanza, Le Virginien, Perry
Mason, Le Fugitif, Alfred Hichcock
Présente, Police Woman,
L’Agence Tous Risques, Dallas…
En 1988, son fils compta parmi
les victimes de l’attentat
de Lockerbie. Il apparaît
également dans l’épisode
La fée électrique.
24.
LONGUE VIE, WALTER JAMESON
(LONG LIVE WALTER JAMESON)

 
Date de diffusion : 18 mars 1960
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Anton Leader
Un
vieil homme découvre que
celui que sa fille va épouser,
un professeur d’histoire respecté,
est en fait un immortel âgé
de plus de 2 000 ans. Celui-ci lui
raconte son histoire.
Cet épisode apparaît comme un récit très personnel de Charles Beaumont. Via l’immortel, à l’évidence son porte-parole, l’auteur exprime sa fascination pour une mort apportant réconfort et sens à la vie. Voir un être à l’abri du trépas et du naufrage de la vieillesse exprimer d’amers regrets reste une vraie originalité du récit, mais celui-ci ne développe guère son intrigue au-delà ce cette exposition.
La révélation de la nature réelle du héros arrive très tôt dans l’histoire et celle-ci ne connaîtra plus d’évolution hormis un final passablement mélodramatique, bien dans le genre de ce que réalisent au cinéma Corman et Beaumont dans leurs adaptations de Poe, le souffle en moins. En effet, la mise en scène d’Anton Leader (Le Virginien, Perry Mason…) demeure terriblement conventionnelle. Le trucage de la scène finale est cependant réalisé avec efficacité, tandis que Kevin McCarthy donne une présence indéniable à son personnage.
Kevin
McCarthy (1914), cousin
éloigné du tristement
célèbre sénateur,
eut une longue carrière de
seconds rôles dans les films
de genre (notamment pour Joe Dante)
mais demeure dans les mémoires
pour avoir interprété
le héros de L’Invasion
des profanateurs de sépultures
(1956), l’un des grands
classiques de la Science-Fiction
au cinéma. À la télévision
il apparut dans Alfred Hitchcock
Présente, Le Fugitif, Les
Envahisseurs, Mission Impossible,
L’Île Fantastique, Arabesque…
Il participe également à
la version cinéma de 1983,
dans la partie réalisée
par son ami Joe Dante.
Estelle
Winwood (1883-1984), quitta
son Angleterre natale en 1916, après
ses débuts au West End, pour
aller conquérir Broadway.
Elle en devint une grande vedette
de l’entre-deux guerres, avant
de passer au cinéma (Les
Désaxés, 1961)
puis à la télévision :
Perry Mason, Des Agents Très
Spéciaux, Ma Sorcière
Bien Aimée, Cannon…
Figure d’Hollywood réputée
pour son humour pétillant
et sa longévité, elle
est la première actrice syndiquée
à avoir atteint l’âge
de 101 ans.
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25.
TOUS LES GENS SONT PARTOUT SEMBLABLES
(PEOPLE ARE ALIKE ALL OVER)

  
Date de diffusion : 25 mars 1960
Auteur : Rod Serling, d’après une nouvelle de Paul W. Fairman
Réalisateur : Mitchell Leisen
Une expédition terrienne s’écrase sur Mars. L’unique survivant s’émerveille devant la générosité des Martiens, ceux-ci le recevant à bras ouvert. Ils les juge alors bien meilleurs que les Terriens. Il va cependant rapidement déchanter…
Paul
W. Fairman fut un petit maître
de la Science-Fiction des années
50 et 60, mais avant tout l’éditeur
de très importants magazines
comme Amazing Stories, If,
Fantastic… À
ce titre il reste une figure de
proue du Space Opera, genre parfaitement
illustré par cette nouvelle
de 1952. Rod Serling va
totalement se l’approprier
pour en accentuer l’aspect
déstabilisant et moraliste
de la conclusion, l’une
des plus choquantes et pessimistes
de La Quatrième Dimension.
Une fantaisie digne de Méliès
conduit en effet à illustrer
cruellement les traits sombres
de l’âme humaine,
comme la xénophobie et
le cynisme avide.
Le héros n’apparaît guère plus sympathique, lui en qui le plaisir de la possession matérielle prend le pas sur toute autre considération, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le regard pessimiste de la série s’étend à la conquête spatiale, source de tant d’enthousiasme et d’espérances, nous rappelant qu’elle ne débouchera sur rien tant que l’humanité ne se sera pas amendée.
Au-delà
de sa brillante écriture,
l’épisode dispose
de plusieurs atouts, comme la
composition émouvante de
Roddy McDowall, très à
son aise dans ce personnage craintif,
dépassé par les
évènements. Il en
va pareillement pour les superbes
décors (intérieur
du vaisseau spatial et environnement
extra-terrestre en partie issus
de Planète Interdite,
logement Fifties archétypal)
où l’on reconnaît
la patte de Mitchell Leisen, décorateur
réputé du Hollywood
d’avant-guerre.
People
are alike all over illustre
également le côté
agréablement rétro
de l’anthologie, avec de
nouveaux superbes inserts de la
NASA succédant à
ceux de Third from The Sun :
d’impressionnantes images
de fusées, sans doute des
Centaurs, prototypes des célèbres
Saturns du Programme Apollo alors
sur le point de débuter.
Le meilleur reste sans doute la
localisation de l’action
sur Mars, une absurdité
de nos jours mais un lieu commun
de cette période lointaine
pour laquelle la Planète
Rouge conserve encore tous ses
mystères !
Roddy
McDowall (1928-1998)
débuta dans quelques films
de son Angleterre natale, avant
de se faire connaître à
Hollywood pour son personnage
dans Qu’elle était
verte, ma vallée (1941).
Il s’y lie d’amitié
avec Elizabeth Taylor, aux côtés
de laquelle il connaîtra
plusieurs rôles marquants
(Octave dans Cléopâtre,
1963). Sa longue carrière
au cinéma fut également
marquée par les quatre
films de la Planète
des Singes. Outre la série
en découlant (1974), il
apparut également à
la télévision dans
Les Envahisseurs, Columbo,
L’Île Fantastique,
Wonder Woman, Code Quantum…
Dans
cette histoire d’exploration
spatiale, on note la présence
amusante de deux comédiens
qui feront parler d’eux
ultérieurement dans Star
Trek. Susan Oliver
(1932-1990) restera comme Vina,
la fille verte originaire d’Orion
apparaissant dans les épisodes
cultes The Cage et The
Menagerie, une figure célèbre
de la série. Vic
Perrin (1916-1989) fut
un grand acteur de voix, notamment
comme narrateur d’Au-delà
du Réel, et il participa
à quatre épisodes
de Star Trek.
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Date
de diffusion : 1er avril
1960
Auteur : Rod Serling, d’après une nouvelle de George Clayton Johnson
Réalisateur : David Orrick McDearmon
Un
inventeur contemporain manipule
sa machine à remonter dans
le temps. Par accident il sauve
un cow-boy de 1880 au moment où
celui-ci allait être pendu
pour meurtre. L’assassin
découvre l’époque
moderne, tandis que le savant
finit par comprendre à
qui il a affaire…
Le scénario très ludique de George Clayton Johnson constitue un bel exemple des situations aussi absurdes que divertissantes (du moins sous l'angle de l'humour noir) que peut véhiculer l’inépuisable thème du voyage temporel. Sa chute surprenante paraît d'autant plus réussie qu'elle ne devient prévisible qu'en toute fin de récit, par l'irruption tardive du troisième larron.
Certes
pour parvenir à ce résultat
détonnant, l’histoire
sacrifie à une certaine
artificialité, en
multipliant coïncidences
et raccourcis, tout en réduisant
les personnages à de simples
silhouettes. S'il ne faut
donc pas cette fois chercher de
profondeur particulière
à cet épisode, il
n'en ressort pas moins comme un
exercice de style parfaitement
conduit, d'autant qu’il
nous régale de plusieurs
pépites, comme le passage
de la télévision
ou les commentaires post-mortem
de l'inventeur.
La mise en scène de David Orrick McDearmon multiplie les bonnes idées, comme cette vision en ombre portée de la substitution des pendus, ou l'expression de la panique éprouvée par le cow-boy découvrant la frénésie des villes contemporaines (effets lumineux et sonores, angles de vues particulièrement éloquents...).
Les
acteurs jouent à fond le
jeu de la caricature pour des
personnages plaisamment archétypaux :
la gâchette du Far West,
la petite frappe urbaine ou l’inventeur
racontant comment son expérience
vire au drame quand sa créature
lui échappe, une tradition
remontant à Lovecraft,
si ce n'est à Mary Shelley
! Les dialogues expressifs et
les savoureux décors, comme
la scène de pendaison,
si familière au Western,
les lumières urbaines,
ou la machine à remonter
le temps aux multiples voyants
lumineux digne des pulps
des années 30, viennent
conforter cette agréable
intersection entre les pastiches
de trois grandes familles du film
de genre : le Polar, le Western
et la Science-Fiction.
Russel
Johnson (1924) fut médaillé
pour ses exploits aériens
durant la Guerre du Pacifique.
Il débuta sa carrière
durant les années 50, en
accumulant les seconds rôles
dans les Westerns et les films
de Science-Fiction (It came
from Outer Space, 1953 ;
Les Survivants de l'Infini,
1955...). Durant les années
60 et 70, il intervient dans un
nombre important de séries
télé (Au-delà
du Réel, Les Envahisseurs,
Lassie...) mais reste surtout
connu pour son rôle du Professeur
dans L'Île aux Naufragés
(1964-1967).
Albert Salmi (1928-1990) débuta à Broadway avant de percer au cinéma avec Les Frères Karamazov (1958), film pour lequel il fut nommé aux Oscars. Tout en interprétant avec succès les grands auteurs au théâtre, il apparut par la suite dans de nombreuses séries (Gunsmoke, Les Incorruptibles, Bonanza, Lost in Space, Land of Giants, Kung Fu, Dallas, K 2000...). Il sombra dans la dépression après un divorce douloureux et se suicida le 22 avril 1990, après avoir abattu son ancienne épouse. Il apparaît également dans les épisodes La grandeur du pardon et Je me souviens de Cliffordville.
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27.
LE VŒU MAGIQUE
(THE BIG TALL WISH)

 
Date de diffusion : 8 avril 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Ron Winston
Un boxeur sur le retour accomplit son combat de trop, où il est écrasé par son adversaire. Le fils de sa voisine, qui l’admire, assiste au spectacle à la télévision. Il souhaite alors que les situations soient inversées entre le gagnant et le perdant. Le miracle s’accomplit…
Cet épisode demeure dans les annales comme le tout premier de l’histoire des séries télé à présenter une distribution entièrement composée de comédiens noirs, hormis quelques personnages mineurs. Cet acte délibéré démontre une nouvelles fois la volonté de modernisme imprégnant l’écriture de La Quatrième Dimension, à une époque où la ségrégation demeure une triste réalité et où l’accès aux rôles relève de la gageure pour les comédiens afro-américains. Malheureusement, le propos de l’épisode s’avère, lui, nettement moins enthousiasmant.
Le
récit se montre en effet
particulièrement bavard
et sentencieux, ressassant l’idée,
assez fréquemment avancée
dans la littérature anglo-saxonne
depuis C. S. Lewis et J.M. Barrie,
que la magie de l’enfance
donnerait accès à
un merveilleux que les adultes
ne pourraient plus pénétrer
par la suite. Le propos apparaît
naïf, de plus présenté
assez maladroitement :
après tout le boxeur
pourrait refuser cette offre
par honnêteté,
tant elle s’assimile à
de la tricherie, mais qu’il
le fasse parce qu’il considère
que ce qui lui arrive est impossible
demeure un peu gros. De plus
le couplet sur la « magie
de l’enfance »
nous est asséné
par trois fois, sous des formes
assez similairement larmoyantes.
On finit par se lasser.
Deux
éléments viennent
cependant sauver l’épisode
du KO technique. Le passage,
hélas ! trop court du
match tranche avec une certaine
mièvrerie ambiante, par
sa vision réaliste et
sans concessions de la dureté
du monde de la boxe (violence
aux conséquences lourdes,
voyeurisme malsain du public,
cynisme de ceux qui tirent les
ficelles depuis les coulisses…).
La mise en scène de Ron
Winston restitue à merveille
l’âpreté
du combat, notamment en multipliant
les angles de caméras,
jusqu’à utiliser
un sol transparent. Les instantanés
réalisés sur les
spectateurs se montrent également
d’un impact redoutable.
Enfin l’indéniable
talent d’un Ivan Dixon
à des années-lumière
de Papa Schultz parvient
tout de même à
susciter l’émotion
malgré l’emphase
des dialogues. Le reste de la
distribution enthousiasme également.
Ivan
Dixon (1931-2008) reste
surtout connu comme l’interprète
du sergent James Kinchloe dans
Papa Schultz (1965-1971),
même s’il apparut
dans d’autres séries
(Laramie, Le Fugitif, Au-Delà
du Réel, Perry Mason…).
Après avoir quitté
Papa Schultz en 1970,
il mena une prolifique carrière
de metteur en scène de
télévision (Super
Jaimie, L’Agence Tous
Risques, Starsky et Hutch, Supercopter,
Magnum, Code Quantum…).
Également figure de Broadway,
il est considéré
comme un pionnier pour les comédiens
noirs, au même titre que
Bill Cosby ou Greg Morris. Il
participe également à
l’épisode Un
matin noir.
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Date de diffusion : 15 avril 1960
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : John Brahm
Un petit gangster, Rocky Valentine, meurt après une fusillade l’opposant à la police. C’est alors que le mystérieux M. Pip, tout de blanc vêtu, lui annonce que tous ses désirs vont désormais se voir comblés. Et, effectivement, Valentine découvre un Au-delà tout en félicité. Mais Pip lui a-t-il bien tout dit ?
Charles
Beaumont poursuit son exploration
très personnelle du vaste
thème de la mort au cours
de cet épisode où
il va s'intéresser d'une
manière très décalée
à l'Au-delà. La
grande force du récit
demeure son idée originelle,
débouchant sur une chute
renversante à l'irrésistible
humour noir.
Mais,
si la trame de l'histoire demeure
finalement très simple,
la mise en scène lui
apporte un authentique brio.
Après un lancement évoquant
agréablement Les
Incorruptibles (atmosphère
de film noir et nerveuse scène
d'action) les clinquants décors
illustrent à merveille
l'imaginaire du voyou se reflétant
dans ce simulacre de Paradis
: appartement, voitures, casino
(dans lequel Valentine joue
avec le bandit manchot de La
fièvre du jeu !),
vêtements, compagnies
féminines…
Tout
respire ironiquement la vulgarité
et la petitesse de vue du héros,
on s'en régale. Le décor
des Archives se montre lui,
au contraire, étonnant
d'élégance. La
caméra agile de John
Brahm permet de se prendre complètement
au jeu d'un épisode où
les nombreux dialogues en chambre,
même finement ciselés,
auraient pu lasser.
On
regrettera cependant un certain
déséquilibre dans
le duo Valentine – Pip
car le premier, très
limité, finit par ennuyer,
d'autant que Larry Blyden caricature
volontairement son jeu. De fait
les meilleures réparties
et l'attrait principal de l'épisode
résident dans le débonnaire
mais ambivalent Pip. Sébastian
Cabot donne un caractère
enjoué et bon enfant
à cet individu raffiné,
tout en distillant à
merveille un discret mépris
et quelques réflexions
déjà sardoniques
envers son hôte. La rondeur
malicieuse et l'accent anglais
de Cabot font merveille et l'on
discerne sans mal le majordome
savoureux qu'il créera
dans Mon Oncle Bill.
Pour l'anecdote : le blanchiment
de ses cheveux se révéla
beaucoup plus durable que prévu
et il ne retrouva sa couleur
naturelle qu'au bout de trois
mois !
La
révélation de
sa véritable nature apporte
une conclusion des plus percutantes
à l'épisode, tout
en soulignant la pensée
sous-jacente de Beaumont. Le
fantasme de la vie éternelle
comblant tous les désirs
n'est qu'un cul-de-sac sans
les périls et les imprévus
et, en dernier ressort, la Mort,
condition nécessaire
du libre arbitre.
Une fable parfaitement aboutie, dont l'humour pétillant vient agrémenter l’authentique profondeur philosophique.
Larry
Blyden (1925-1975)
réalisa quelques apparitions
à l’écran
mais demeure surtout connu pour
sa carrière aux nombreux
succès sur les scènes
de Broadway. À partir
de 1967 il devient très
populaire comme animateur de
jeux télévisés
ou d’émissions
de variété. Il
décède des suites
d’un accident de voiture
survenu durant des vacances
au Maroc. Il participe également
à l'épisode
Règlements de comptes
pour Rance McGrew.
Sebastian
Cabot (1918-1977) fut
un comédien britannique
qui débuta sa carrière
dans le cinéma d’avant-guerre,
notamment pour Hitchcock durant
la période anglaise du
cinéaste (Quatre
de l’espionnage,
1936). Il passa à Broadway
en 1947, où il devint
fameux pour ses interprétations
de Shakespeare. Il fit quelques
apparitions au cinéma,
où il travailla également
comme comédien de voix
(narrateur et Sire Ector dans
Merlin l’Enchanteur,
1963 ; Bagheera dans Le
Livre de la Jungle, 1967…).
Durant les années 60,
Cabot occupa quelques rôles
dans les séries américaines,
où il fut principalement
Giles French, le distingué
majordome anglais de Mon
Oncle Bill (1966-1971).
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29.
CAUCHEMAR
(NIGHTMARE AS A CHILD)


Date de diffusion : 29 avril 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Alvin Ganzer
Une institutrice souffre d’amnésie concernant son enfance, du fait d’un traumatisme lié à l’assassinat de sa mère, auquel elle a assisté. Un jour, elle rencontre une petite fille semblant tout connaître de sa vie.
Très souvent The Twilight Zone parvient à tirer efficacement partie d’un argument très simple, non seulement du fait de son format court, mais aussi parce qu’elle en développe une profondeur sous-jacente. La réelle intensité est alors couronnée par une chute décoiffante.
Hélas,
force est de constater que ces deux
moteurs coutumiers demeurent ici
désespérément
au point mort. L’intrigue
se montre prévisible dès
son exposition et va nous valoir
par la suite des scènes de
verbiage aussi longues que convenues.
Le fait que l’héroïne
mette aussi longtemps à deviner
qui est réellement la petite
fille confine au ridicule, tandis
que la révélation
de la véritable identité
du meurtrier a tout du pétard
mouillé. L’assassin
se voit d’ailleurs évacué
par un procédé désarmant
de facilité : une providentielle
chute dans l’escalier !
Ce passage présente au moins
le mérite de nous rappeler
que les Avengers
ne sont pas les seuls à recourir
à des doublures évidentes…
La conclusion, assez mièvre,
achève littéralement
l’épisode en nous révélant
que celui-ci ne contient en fait
aucun élément fantastique,
tout résidant dans l’inconscient
de l’héroïne.
Les
répétitives scènes
de bavardage gourmé entre
l’institutrice et ses deux
interlocuteurs ne suscitent rigoureusement
aucun frisson, du fait de leur vacuité,
mais également d’une
mise en scène des plus insipides.
Les comédiens, guère
transcendants, ne viennent pas pallier
à l’immobilisme de
l’histoire. La petite fille
inaugure une série de gamins
tête-à-claques (que
l’on pourrait poursuivre jusqu’aux
X-Files) mais ne se montre
en rien effrayante ni déstabilisante,
simplement ennuyeuse. De fait la
présence d’un enfant
semble plomber la confrontation
avec l’héroïne
en la privant de tout potentiel
effrayant, un écueil que
l’anthologie saura magistralement
éviter par la suite dans
C’est une belle vie.
L’épisode
se caractérise de bout en
bout par un manque de consistance
et un ton compassé évoquant
déjà certains des
pires moments de La Treizième
Dimension. Nightmare as
a child, c’est un peu
Martine pénètre
dans La Quatrième Dimension.
Michael
Fox (1921-1996) participa,
en tant que médecin légiste
à 25 épisodes de Perry
Mason (1957-1966). Il fut également
Saul Feinberg dans Amour, Goire
et Beauté (1989-1993)
et apparut dans de nombreuses autre
séries (Le Virginien,
Shaft, Columbo, Night Stalker, Mac
Gyver, Dallas Urgences...).
C'est pour éviter qu'on le
confonde avec lui que Michael J.
Fox incorpora à son nom de
scène une inexistante lettre
J.
Janice
Rule (1931-2003) connut
une longue carrière au théâtre
et au cinéma (La Poursuite
impitoyable, 1956 ; Trois
femmes, 1977 ; Le Prix
de l'exploit, 1985...) mais
fut surtout une figure régulière
de la télévision américaine,
dès les premières
productions du début des
années 50 (Route 66,
Le Fugitif, Les Rues de San Francisco,
Arabesque...). Elle fut l'épouse
de Ben Gazzara.
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Date de diffusion : 6 mai 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Parrish
Un homme d’affaires ne supporte plus le stress vécu au travail, alors même qu’il est pressuré par une épouse plaçant la réussite sociale au-dessus de toute autre considération. Dans le train l’emmenant chaque jour au travail, il se prend de plus en plus à rêver d’un arrêt situé à Willoughby, une petite ville heureuse et sereine située en 1888. Un beau jour il décide d’y descendre plutôt que de rentrer chez lui...
Arrêt a Willoughby représente l’une des expressions les plus cinglantes de la critique sociale développée par Rod Serling au cours de l’anthologie. Il y relate en effet, avec un terrible impact, les conséquences dramatiques que revêtent pour les individus l’obsession de la réussite matérielle et un travail aliénant.
Le
patron brutal et l’épouse glaciale
composent d’éloquents monstres
contemporains, entre lesquels le malheureux
héros s’épuise peu à
peu sous nos yeux. James Daly confère
une vive émotion à ce portrait
d’homme à la dérive, pour
qui ces arrêts dans la rayonnante Willoughby
apparaissent comme une authentique planche de
salut. On pourra reprocher à Rod Serling
de glorifier un passé mythique dans un
mouvement assimilable à du conservatisme
(et de fait la série critiquera fréquemment
le culte du progrès) mais l’ultime
révélation, d’une force
inouïe, souligne bien le caractère
illusoire de cette porte de sortie.
Ce
récit très noir et d’une
grande qualité littéraire trouve
en Robert Parrish le metteur en scène
talentueux qu’il mérite :
les transitions d’un univers à
l’autre manifestent un savoureux onirisme,
tandis que les scènes de la vie réelle
se voient filmées avec la violence psychologique
insoutenable qui convient. On devine aisément
la part d’autobiographie qu’a insérée
Serling dans ce récit très personnel,
lui qui fut sans cesse soumis à des pressions
très similaires par les chaînes
de télévision.
L’épisode
demeure certes daté, notamment par le
rôle clairement délimité
qu’il impartit aux femmes dans l’entreprise
comme dans la famille, mais demeure aujourd’hui
d’une brûlante actualité,
illustrée par ces multiples suicides
liés à un monde du travail toujours
plus anxiogène. Un authentique chef-d’œuvre,
justement considéré par Rod Serling
comme l’un de ses épisodes préférés,
à égalité avec Les
Monstres de Maple Street.
James Daly (1918-1978) fut une figure reconnue de Broadway, apparaissant dans de nombreuses séries (Star Trek, Le Virginien, Les Envahisseurs, Mission Impossible...). Son rôle le plus connu demeure celui du Dr. Lochner dans Medical Center (1969-1976), l'une des premières séries hospitalières.
Jason Wingreen (1919) eut une carrière prolifique en très courtes apparitions au cinéma, souvent non créditées au générique. Également acteur de voix, il fut notamment celle de Boba Fett dans la première version de L'Empire contre-attaque (1980). Au petit écran il tint le rôle récurrent du Capitaine Dorsett dans Les Incorruptibles (1960-1961). Il participa également à Mission Impossible, Au-Delà du Réel, Matlock, Mission Impossible, Le Fugitif...
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31.
LA POTION MAGIQUE
(THE CHASER)

  
Date de diffusion : 13 mai 1960
Auteur : Robert Presnell, Jr., d’après une nouvelle de John Collier
Réalisateur : Douglas Heyes
Un amoureux transi souffre mille morts du fait du dédain manifesté par la dame de ses pensées. Il a recours aux services d'un étrange érudit lui proposant un philtre d'amour garanti efficace à vie. Et cela pour un prix très modique...
Il
y a du Bewitched dans cette pétillante
fantaisie mêlant philtres d’amour,
alchimiste cynique et magie insérée
dans le monde contemporain. On s’amuse
vivement tout au long du récit grâce
à la caméra virevoltante de
Douglas Heyes et des comédiens en verve
jouant pleinement la carte d’une comédie
de mœurs, certes quelque peu datée,
mais diablement enlevée. On apprécie
particulièrement la faconde de John
McIntire en cupide camelot ès potions
magiques, vantant avec gourmandise les mérites
de son « détachant »
ne laissant aucune trace, mais si cher…
Les décors se révèlent également admirablement conçus, entre la bonbonnière tout en rubans des amoureux ou l’invraisemblable bibliothèque du Professeur. La réussite de l’épisode se voit parachevée par une conclusion à l’humour noir délicieusement sardonique, où l’on reconnaît la griffe de cet auteur de nouvelles subtiles et acidulées que fut John Collier.
En
un croisement fort joliment troussé,
le récit renoue avec ces conclusions
pessimistes qui restent cette fois la marque
de La Quatrième Dimension,
sur une thématique finalement très
proche d'Enfer ou Paradis. Une belle
réussite pour le seul épisode
de la première saison non écrit
par la trilogie Serling/Matheson/Beaumont.
John
McIntire
(1907-1991) eut une authentique jeunesse de
cow-boy, ce qui contribua à faire de
lui un spécialiste des Westerns au
cinéma (Bandits de grand chemin,
1948 ; Winchester 73, 1950 ; Une
Bible et un fusil, 1975...) comme à
la télévision (Overland
Trail, Wagon Train, Le Virginien...).
Il incarna également le shérif
Al Chambers de Psychose (1960) et
le grand-père d'Honkytonk Man (1982).
Il se fit de plus connaître comme acteur
de voix réputé (Bernard
et Bianca, Rox et Rouky...).
John McIntire fut l'époux de Jeanette
Nolan, autre figure régulière
des séries de Western, qui apparaîtra
également dans La Quatrième
Dimension.
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32.
COUP DE TROMPETTE
(A PASSAGE FOR TRUMPET)

  
Date de diffusion : 20 mai 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Don Medford
Joey Crown, un ancien joueur de trompette reconnu comme un grand musicien de jazz, a sombré dans la boisson. Après avoir mis au clou son instrument, il tente de se suicider. Devenu un fantôme il erre dans la ville, jusqu’à ce qu’il reçoive la visite de l’Ange Gabriel…
On
pourra reprocher à ce récit
son déroulement assez lent, principalement
dans sa partie centrale, où la révélation
de son état à Joey s’effectue
de manière bien verbeuse. Mais il n’en
brille pas moins par son éloquente
évocation de la beauté et du
mystère du jazz, dont il met en scène
plusieurs thèmes forts : fêlures
intimes de l’artiste, cruautés
de la vie, cadre urbain à la fois âpre
et enchanteur… On pénètre
de plein pied dans cet univers, d’autant
que l’épisode se voit porté
par plusieurs morceaux de jazz absolument
bouleversants, qui achèvent de le doter
d’une émotion authentique.
Les très beaux décors nocturnes de la ville concourent puissamment à ce sentiment, de même que la composition très sensible du subtil Jack Klugman. Le versant surnaturel n’est pas en reste, principalement grâce à une apparition de Gabriel (Gaby pour les intimes), refusant tout effet facile tandis qu’elle développe une agréable poésie. Elle permet également de jouer fort astucieusement sur le thème de la trompette céleste des Archanges ! Un joli pied de nez, filmé avec inventivité par un Don Medford (Le Fugitif, Les Envahisseurs, Dynastie…) sachant tirer le meilleur de la photographie et des perspectives. L’épisode se conclue sur une touche étonnamment optimiste pour The Twilight Zone, constituant en définitive un vibrant hommage à la vie, qui mérite qu’on lui offre toujours une seconde chance.
John Anderson (1922-1992) fut un prolifique acteur de séries de Western, apparaissant dans la plupart des productions du genre. Il réalisa quelques apparitions dans d’autres domaines (Hawaii Police d’État, Aux Frontières du Réel, Star Trek…) et incarna le grand-père de Mac Gyver (1985-1992). Il apparaît dans trois autres épisodes (Le vieil homme dans la caverne, Je me souviens de Cliffordville et L’odyssée du Vol 33).
Jack
Klugman (1922) débuta à
Broadway, avant de participer à de
nombreux classiques du cinéma (Douze
hommes en colère, 1957 ; Le
Jour du vin et des roses, 1962 ; Goodbye,
Columbus, 1969...). Il reste néanmoins
surtout connu pour ses rôles récurrents
à la télévision : The
Odd Couple, 1970-1975 et Quincy,
1976-1983. Klugman joue également dans
de nombreuses autres séries : Les
Incorruptibles, Le Virginien, Le Fugitif...
Il apparaît dans quatre épisodes
: Un coup de trompette, Le joueur de billard,
Le vaisseau de la Mort et Amour paternel.
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33.
UN ORIGINAL
(MR. DAVIS)

 
Date de diffusion : 3 juin 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : William Asher
Mr Davis, un rêveur refusant de grandir, connaît une bien mauvaise journée : il perd son emploi, son automobile passe l’arme à gauche et il est finalement expulsé. Heureusement, son ange gardien veille au grain…
Cette
charmante comédie marque un amusant
télescopage entre Bewitched,
pour la fantaisie pétillante, et
Tru Calling pour l’efficace
procédé consistant à
revivre une journée en tentant de corriger
nos erreurs. L’ensemble dénote
un humour attendri envers Mr Davis, une nouvelle
preuve de l’attachement souvent manifesté
par Rod Serling envers les personnages qu’il
envoie à l’aventure dans la Quatrième
Dimension.
L’originalité
du bonhomme et le patchwork de ses diverses
passions séduisent, tandis que l’on
retrouve dans cet épisode le ton acidulé
des Screwball Comedies à la
mode avant-guerre. On pénètre
plus avant dans la drôlerie avec l’astucieuse
figure de l’ange gardien arrogant qui
va développer un coaching
finalement assez proche de ce que nous connaissons
aujourd’hui !
Par
ce biais, sur un ton certes nettement plus
léger que dans Stop at Willoughby,
Serling développe une critique de la
pression aliénante exercée par
la société et l’entreprise
sur l’individu, rabotant le droit à
la différence. On perçoit clairement
le potentiel du duo, d’ailleurs initialement
destiné à devenir le socle d’une
autre série de Serling.
L’épisode se voit cependant lesté
par une mise en scène dépourvue
de relief, même si agrémentée
d’effets spéciaux à la
charmante naïveté. Bien avant
Dr Quinn, Femme Médecin, le
fade Orson Bean semble également bien
emprunté dans son jeu : on se situe
très loin des détonants excentriques
des Avengers !
Orson
Bean (1928) fut l’une des grandes
figures de Broadway un temps inscrites sur
la tristement célèbre liste
noire du Maccarthysme. Il participa également
aux productions télévisées,
au cours d’une très longue carrière.
Il incarna ainsi Loren Bay dans 146 épisodes
de Dr Quinn, Femme Médecin.
Toujours actif, il participe en 2007 à
How I met your mother et en 2009
à Desperate Housewives !
Il fut également l’animateur
à succès de nombreux jeux télévisés.
Bean fut l’époux d’une
noble française, Jacqueline de Sibour.
Vitto Scotti (1918-1995) était fameux pour sa myriade de très courtes mais spectaculaires apparitions, physiquement très dissemblables, au petit comme au grand écran (médecin russe, espion japonais…). Il fut aussi un chef réputé, dont la savoureuse cuisine italienne fit les délices des soirées hollywoodiennes très cotées durant plusieurs décennies.
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34.
NEUVIÈME ÉTAGE
(THE AFTER HOURS)

   
Date de diffusion : 3 juin 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes
Une
jeune femme, Marsha White, se rend dans un
grand magasin pour des emplettes. En prenant
un ascenseur elle se retrouve au neuvième
et dernier étage de l’édifice.
Il se révèle étrangement
désert et Marsha s’y trouve confrontée
à une vendeuse glaciale. En se plaignant
peu après au directeur, elle apprend
que cet étage n’existe pas…
Authentique
chef-d’œuvre que cet épisode
distillant une pure épouvante comme
rarement une série télé
nous en aura offerte. La terreur commence
par s’insérer en arrière-plan
tandis que les éléments incongrus
s’accumulent malgré l’atmosphère
rassurante d’un grand magasin. Après
le passage déjà déstabilisant
de l’étage désert, on
bascule dans l’insupportable quand la
jeune femme se retrouve prise au piège
la nuit, confrontée à un environnement
menaçant mais également à
ses propres démons.
Ce
récit, mené de main de maître
par Rod Serling, joue en effet habilement
de différentes sources de terreur,
exogènes par la solitude de l’héroïne
(axe majeur de la saison) et la présence
de plus en plus menaçante des mannequins,
mais également endogènes lorsque
l’on pressent que Marsha est intimement
liée aux phénomènes,
d’une indicible manière. C’est
à un voyage aux confins de la folie
que nous invite l'épisode, jusqu’à
une conclusion résonnant comme le réveil
succédant à un cauchemar, mais
néanmoins teintée d’amertume.
On reste pantois devant le talent déployé en cette occasion par le très inspiré Douglas Heyes. Ce réalisateur expérimenté tire le meilleur des ténèbres d’un décor de magasin cossu devenu le champ clos des frayeurs de l’héroïne. La caméra suit chaque étape de cette descente aux enfers avec une pertinence rare, tandis que se détachent quelques idées géniales comme le visage d’une Marsha déjà déshumanisée, vue à travers une vitre dépolie faisant ressortir les stigmates de l’épouvante ou encore ces mannequins filmés sous des angles et des gros plans terrifiants.
On
appréciera le travail de production,
les artistes de la série ayant su créer
des visages en bois étonnants de ressemblance
avec leurs modèles humains. Succédant
à Inger Stevens, la ravissante Anne
Francis nous régale d’un des
deux grands rôles féminins caractérisant
cette saison. Par sa grâce fragile et
la parfaite expressivité de son jeu,
elle rend très explicites les tourments
de son personnage, que le spectateur partage
étape par étape. Comme souvent
dans The Twilight Zone, l’épisode
développe une idée en sous-main,
critiquant l’aspect factice de ces grands
commerces et interpellant le public sur la
notion de réel.
Les amateurs des Avengers se plairont bien entendu à comparer cet épisode à Mort en magasin (d’autant que l’on y trouve un chef des vente précieux et un ascenseur au rôle essentiel), un passionnant cas d’école du traitement différent d’un même endroit par deux séries à l’identité aussi distincte que particulièrement marquée ! Les fans du Docteur ne pourront, eux, s’empêcher de songer aux Autons…
Un
remake réussi sera réalisé
en 1986 pour La Cinquième Dimension,
avec Terry Farrell (Star Trek Deep Space
Nine).
Anne Francis (1930) fut l’inoubliable Altaira Morbius, vedette féminine du grand classique de la Science-Fiction Planète Interdite (1956) mais reste également dans les mémoires pour la pétillante Honey West (1965-1966), première série de détective au rôle titre féminin. Elle joua également dans Les Incorruptibles, Cannon, Dallas, Riptide, Arabesque, L’Île Fantastique, Vegas, Drôles de Dames, Matlock… Cette ancienne mannequin participa égalementà l’épisode Jess-Belle.
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35.
LE CHAMPION
(THE MIGHTY CASEY)

  
Date de diffusion : 10 juin 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Parrish et Alvin Ganzer
Un entraîneur d’une équipe de Baseball composée de bras cassés se voit proposer une offre miraculeuse : un inventeur lui suggère d’intégrer un robot à visage humain comme lanceur…
Le Baseball ! Il sera dit que ce phénomène national américain, à la passion à peu près incompréhensible pour un européen, peuplera la plupart des séries d’Outre Atlantique (et ce ne sont pas les X-Files qui diront le contraire). Sa rencontre avec La Quatrième Dimension nous vaut une fantaisie très légère, dont le manque relatif de substance se voit amplement compensé par de savoureux dialogues et l’irrésistible abattage de Jack Warden en entraîneur ronchon et possédé par la soif de revanche.
On s’amuse beaucoup de ses coups de
gueule comme de son autosatisfaction, tandis
que le duo antinomique avec Abraham Sofaer
fonctionne à merveille. Outre un clin
d’œil au Magicien d’Oz,
ce conte évoque plaisamment les pétillants
récits d’Isaac Asimov (les nouvelles
composant I, Robot et Un défilé
de robots sont écrites principalement
durant les années 50). Sa chute ironique
nous vaut également un joli pied de
nez à l’esprit de compétition
à tout crin ! L’impressionnant
décor du Wrigley Field de Los Angeles,
démoli en 1965, apporte également
une agréable véracité
à la mise en scène.
Abraham Sofaer (1896-1968), né à Rangoon, dut de nombreux rôles exotiques à ses origines birmanes. Il débuta au théâtre, au West End et à Broadway, avant de poursuivre sa carrière au cinéma des deux côtés de l’Atlantique (Quo Vadis, 1951). Il fut également une figure des séries fantastiques (Star trek, Au-Delà du Réel, Lost in Space...), domaine où il resta fameux pour son rôle récurrent de Roi des Génies, supérieur de la savoureuse Jinny de mes rêves (1965-1970).
Jack
Warden (1920-2006) fut boxeur professionnel,
avant d’apparaître dans une multitude
de seconds rôles au cinéma, et
de remporter deux Oscars d’acteur secondaire
(Shampoo, 1975 et Le Ciel peut
attendre, 1978). Il fut également
une figure régulière des séries
américaines (Les Incorruptibles,
Bonanza, Le Virginien, Les Envahisseurs…).
Jack Warden apparaît dans un autre épisode
cette première saison : Le solitaire.
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Date de diffusion : 17 juin 1960
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Ralph Nielson
Gregory West, auteur à succès de théâtre, dissimule un incroyable secret. Il décrit ses personnages si précisément que ceux-ci prennent vie ! Il peut d’ailleurs à volonté les renvoyer au néant. Notre écrivain, homme marié, en profite pour se composer une maîtresse idéale… Mais jusqu’où s’étendent ses créations ?
–
We hope you enjoyed tonight’s romantic
story on The Twilight Zone. At The same time,
we want you to realize that it was, of course,
purely fictionnal. In real life, such ridiculous
nonsense…
–
Rod, you shouldn’t ! I mean, you
shouldn’t say such things as « non
sense » or « ridiculous » !
–
Well, that’s the way it goes…
C’est à un véritable feu d’artifice d’esprit et d’humour que nous invite le grand Richard Matheson pour le final de cette ébouriffante première saison, tant en terme de production que de diffusion. La série laisse toute licence à l’imagination dans ce récit joyeusement cynique, où l’on ressent véritablement que l’équipe sable le champagne en conviant le spectateur à la fête. À partir de la situation archi-rebattue du triangle amoureux, Matheson compose un choc vertigineux entre différents niveaux de réalité, tandis qu’un éléphant apparaît dans l’entrée ou que les personnages disparaissent en fumée les uns après les autres. Ionesco n’est pas loin.
L’audace
de l'histoire se signale également par
l’amoralité totale de son héros.
West, démiurge tout puissant et superbe
parabole du mystère de la création
littéraire, se révèle un
petit bonhomme tout en lâcheté
et en égoïsme, fort satisfait de
lui-même. Ce ton sarcastique se voit exprimé
avec une malice infinie par un Keenan Wynn à
la savoureuse roublardise, mais également
par ses délicieuses partenaires féminines.
Ce
vaudeville surnaturel, outre sa cynique conclusion,
achève de verser dans le génie
grâce à l’entrée en
scène du maître de cérémonie,
Mr. Rod Serling en personne. Que l’on
imagine Clemens pénétrer dans
l’appartement de Steed pour en critiquer
les divers penchants, avant d’être
radicalement éconduit par son personnage
(ou Chris Carter pour Fox Mulder)… Ce
procédé connut un tel retentissement
que désormais, tout en poursuivant ses
annonces de fin d’épisode, Rod
Serling se matérialisera au sein de chaque
histoire pour en assurer le lancement (au lieu
de se contenter d’une voix off),
une image devenue inséparable de
l’anthologie. Cependant il n’interférera
jamais plus dans l’action. Serling ne
raffolera jamais vraiment d’un exercice
réclamé avec enthousiasme par
son public !
En
2002, cet épisode cultissime fera l’objet
d’un remake dans La Onzième
Dimension (Dream Lover), avec
Adrian Pasdar dans le rôle principal.
Le 11 mai 1960, CBS révèle que l’anthologie est reconduite pour une nouvelle année, (avec pour sponsors General Foods et Colgate-Palmolive !). La Quatrième Dimension franchit ainsi avec succès le cap toujours délicat de la première saison et s’inscrit dans le paysage audiovisuel américain.
Phyllis
Kirk (1927-2006) eut son heure de gloire
durant les années 50, notamment comme
vedette de films d’épouvante (L’Homme
au masque de cire, 1953). Elle participa
également à plusieurs productions
télévisées, dont la reprise
des films à succès du Thin
Man (1957-1959), où elle interprétait
Nora Charles. Elle délaissa par la suite
une carrière qui ralentissait pour devenir
une figure des grandes luttes civiques des années
60 et 70. Elle demeure l’une des militantes
les plus fameuses contre la peine de mort. Elle
devint par la suite éditorialiste pour
CBS News.
Keenan
Wynn (1916-1986), membre d’une
grande lignée de comédiens, était
un ami personnel de Rod Serling, pour qui il
tint le rôle principal d’une autre
production : Requiem for a Heavyweight
(1956), aux côtés de Jack Palance
et Ed Wynn qui participeront également
à La Quatrième Dimension.
Sa célèbre moustache apparut dans
près de 300 rôles, au cinéma
(La Soif du mal, 1958 ; Nashville,
1975...) comme à la télévision
: The Troubleshooters, Les Incorruptibles,
Bonanza, Les Mystères de l’Ouest,
Cannon, Baretta, Police Woman, Night Stalker...
Dans Dallas, il incarna Digger Barnes,
père de Cliff et Pamela.
Mary
La Roche (1920-1999) connut une belle
carrière de chanteuse, notamment dans
les revues de Broadway. Elle accomplit quelques
apparitions au cinéma (The Swinger,
1966) et joua dans plusieurs séries des
années 60 et 70 (Perry Mason, Alfred
Hitchcock Présente, Karen, Les Rues de
San-Francisco…). Elle participe
également à l’épisode
La poupée vivante.
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TOP 5 DE LA SAISON 1
1) Un monde à soi : Hommage intensément jouissif au pouvoir de l’imagination, conclu par ce qui demeure sans doute la chute la plus renversante de l’histoire des séries télé !
2)
Les monstres de Maple Street : Une
description au pessimisme absolu des plus
sombres penchants de l’âme humaine.
Un chef-d’œuvre à l’étonnant
pouvoir d’évocation.
3) Neuvième étage : Ce récit original, superbement agencé, prouve que l’horreur contemporaine et novatrice développée par l’anthologie surpasse aisément tout ce que pouvaient offrir les récits classiques de l’époque. Peut-être le plus beau rôle d’Anne Francis.
4)
L’auto-stoppeur : Un
voyage au bout de l’angoisse pour ce
road movie funèbre, d’une
totale étrangeté. Inger Stevens
est inoubliable.
5) Arrêt à Willoughby : Un récit profond, au dénouement superbement ambigu et déroutant. Un constat amer mais réaliste de l’état des relations sociales, hélas encore tristement d’actualité aujourd’hui.
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Crédits
photo : Universal.
Images
capturées par Estuaire44.
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