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HORS
SERIE
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1.
TOUT NE DOIT PAS MOURIR
(HERRENWOLK)

 
La
saison 4 débute sur un ton mineur, avec
un épisode qui ralentit encore le rythme
par rapport au précédent, déjà
peu nerveux. La faute en revient principalement
à la mise en scène passablement
statique de Goodwin. Celui-ci se contente de
passer les plats et le résultat demeure
rien moins que convaincant lorsqu’il tente
d’accélérer le tempo. La
course-poursuite du début se révèle
ainsi plus brouillonne que réellement
trépidante. La musique de Mark Snow demeure
néanmoins sublime, comme toujours. Un
certain manque de contenu dans son intrigue
doit également être reproché
à Carter, qui se limite à une
très simple course-poursuite vite expédiée.
Celle-ci parait uniquement destinée à
introduire les quelques éléments
clés de la Mythologie qu’il entend
révéler, rien de plus. Et pourtant,
Herrenvolk ne se limite pas seulement à
un simple épisode fonctionnel, destiné
à annoncer notamment la thématique
du film à venir.
On
apprécie ainsi de voir Carter optimiser
la grande présence de Roy Thinnes en
reconstituant l’atmosphère unique
des Envahisseurs : Amérique
désertique, paranoïa ambiante, colonisation
en marche, base secrète où se
trame un sombre projet, abandonnée sans
la moindre preuve après le passage du
héros etc. Malheureusement ce bel hommage
se voit sapé par la mise en scène
sans cachet de Goodwin. L’épisode
résulte totalement dépourvu de
l’intensité dramatique époustouflante
caractérisant Les Envahisseurs.
Reste bien entendu le plaisir non démenti
de contempler Thinnes
et Duchovny évoluer ensemble, le duo fonctionnant à la
perfection. On se situe tout de même cent
coudées au-dessus de l’infâme
reprise des Envahisseurs avec ce pauvre Pakula.
C’est
finalement dans les seconds rôles que
l’épisode trouve réellement
un second souffle. Lors de la scène d’ouverture
ces clones blonds évoquent Le village
des Damnés, dans cet épisode
décidément très années
60 ! Après avoir vu I Want To Believe
(où elle apparaît très brièvement
dans une très amusante scène pour
le coup vraiment aux frontières du réel),
il est très plaisant de retrouver si
longuement Vanessa Morley, d’autant qu’elle
manifeste de vrais talents de comédienne.
L’Agent Pendrell, qui a toujours cinq
minutes (et des heures de travail) pour Scully,
qui arrange nerveusement sa cravate quand elle
entre ou la défend mordicus devant les
patrons, s’avère aussi amusant
et attendrissant que de coutume. Scully elle-même
demeure relativement en retrait mais nous offre
néanmoins un beau moment d’émotion
quand elle soutient un Mulder désemparé.
Le Fumeur montre un vrai attachement pour Teena
Mulder (à l’évidence la
vraie raison de son intervention), une tentative
originale d’humaniser le personnage, mais
potentiellement très dangereuse ! On
en reparlera dans quelques épisodes.
Steven
Williams nous gratifie d’un ultime superbe
numéro d’acteur lors de la fin
brutale de son personnage, mais là on
ne comprend plus. Mulder et X s’étaient
définitivement séparés
sur des menaces de mort et autres amabilités,
et voici que ce dernier, d’ordinaire si
prudent, n’hésite pas à
se mettre en grand péril pour venir avertir
notre héros d’un hypothétique
danger planant sur sa mère ! Incohérence
? Sans égaler tout à fait la relation
si enthousiasmante entre Deep Throat et Mulder,
X laissera néanmoins un très grand
souvenir aux amateurs de la série. Le
passage de témoin apparaît fort
élégamment tourné, puisque
la scène suivante voit l’arrivée de la nouvelle Source de Mulder :
Casque d’Or a le blond vénitien
et les yeux pers de Laurie Holden, mais dans
un style très différent, pour
le moins, de X. Marita prépare cependant
de rudes moments à Mulder !
Tout
ceci ne vient pas compenser la frustrante atonie
de l’épisode et, hormis la visite
bienvenue de Roy Thinnes, le diptyque Talitha
Cumi/Herrenvolk ne demeurera décidemment
pas parmi les meilleurs doubles épisodes
de la série.
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La
famille dégénérée
s’en prenant aux visiteurs reste un
classique du film d’horreur américain,
de La Colline a des yeux à
Massacre à la tronçonneuse,
jusqu’au récent Détour
mortel. Les X-Files devaient
fatalement s’y intéresser, avec
une jolie réussite à la clé.
Les
piliers du genre sont introduits avec beaucoup
d’audace : la maison isolée,
immonde et piégée, les physiques
difformes (encore un superbe travail des artistes
de la série), les scènes très
gores… Pour son retour le duo Morgan/Wong
réalise réellement des étincelles
et évoque très crûment
l’inceste, chose rare dans une série
télé. Mais la série n’oublie
pas de mettre son grain de sel, notamment
par une mise en scène de très
haute volée, bien plus imaginative
que ce que l’on voit le plus souvent
sur grand écran, et pleine de bonnes
idées (les hyènes de la télévision,
la balade nocturne des monstres au son d’une
musique sirupeuse, le petit paradis rural
tout autour…). Surtout elle n’hésite
pas à introduire une solide dose d’humour,
notamment via les vannes d’un Mulder
se montant ici en grande forme. On peut également
y rajouter le passage des cochons, franchement
désopilant en plein drame (excellent
clin d’œil à Babe).
Ce constant contraste entre humour et ténèbres
demeure une grande réussite du récit.
L’autre
grand intérêt de l’épisode
réside dans la fenêtre supplémentaire
qu’il ouvre sur nos héros et
leur relation. La prédilection de Mulder
pour le Baseball s’affiche au grand
jour, ce qui énerve passablement Scully,
mais il aura ultérieurement l’occasion
de l’y convertir (on en reparlera).
Scully ressent avec plus de force son envie
de maternité, prologue encore que cela.
D’ailleurs Mulder évoque une
possible retraite à la campagne, dans
une maisson très reculée…
comme se sera le cas dans I Want To Believe !
Durant tout l’épisode les deux
agents ne se quittent quasiment pas, ce qui
nous vaut un nombre élevé de
scènes de dialogues, brillantes et
parfois mordantes. Duchovny et Anderson connaissent
désormais leur personnage sur le
bout des doigts et accomplissent un superbe
numéro.
L’épisode
a été partiellement censuré,
les vagissements de la scène d'introduction
indiquant initialement que le bébé
a été enterré vivant.
Les autorités obtiendront un fond musical,
mais le passage original est disponible en
bonus. Chouette ambiance… Classé
comme un film pour adultes, Home
ne fut d’ailleurs pas rediffusé
avant longtemps par la Fox !
L’excellent
Tucker Smallwood apparaissait dans la série
annulée de Morgan/Wong, Space : Above
and beyond. Les deux feront ainsi participer
aux X-Files de nombreux acteurs de
cette série défunte ; ce sont
finalement des sentimentaux qui s’ignorent…
Après
Chine, Caraïbes et autre Europe Orientale,
les X-Files décidément
universels s’intéressent maintenant
aux mythes de l’Afrique noire. Même
si l’épisode développe une
intrigue très classique (l’école
Tooms) la réussite n’en paraît
pas moins évidente grâce à
une mise en scène crépusculaire
à souhait, portée par une toujours
sublime musique de Mark Snow, ici subtilement
enrichie d’éléments africains
(flûtes et percussions). La tonalité
est très sombre, d’autant que la
série n’hésite pas à
évoquer la triste condition sociale des
immigrés africains. Cette noirceur imbibe
tout l’épisode, tandis que la personnalité
morbide du Teliko, et les superbes maquillages,
effraient réellement. Le tout se voit
couronné par une longue scène
d’action aussi palpitante que claustrophobique,
où Scully se met particulièrement
en valeur. La seule réelle pointe d’humour
provient de l’Agent Pendrell tout décontenancé
de ne pas avoir affaire à Scully, mais
rassuré par un Mulder à demi narquois
! Le même Mulder semble bien moins méfiant
envers Marita Covarrubias qu’envers M.
X….
Une
nouvelle différenciation s’introduit
dans le Duo, Mulder voyant des conspirations
partout (même en dehors de la Conspiration),
au grand effarement de Scully ! Le message du
générique est d’ailleurs
Deceive, inveigle, obfuscate, tout
un programme Ce solide épisode n’atteint
pas les sommets de son modèle, mais développe
une ambiance réellement sinistre, très
dense. Qu’on se le dise, on ne va pas
beaucoup rigoler au cours de cette saison 4,
sans doute la plus sombre de toute la série
!
On
remarque la présence de Carl Lumbly,
le futur Marcus Dixon d’Alias
et déjà prénommé
ainsi dans l’épisode !
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Mulder
dans la Twilight Zone ! En effet cette
histoire de photographie montrant l’avenir,
outre Stephen King, évoque irrésistiblement
la Quatrième Dimension et plus
particulièrement l’épisode
Futurographe (A most unusual camera).
Mais là où la Quatrième
Dimension nous offrait un épisode
à l’humour noir réjouissant,
Les hurleurs s’avère un
épisode des plus sombres.
Le
récit s’insère ainsi parfaitement
dans la tonalité générale
très noire de cette saison 4. Outre une
mise en scène de haut vol et un scénario
particulièrement astucieux et plein de
suspense, Les hurleurs reste avant tout
un grand épisode de comédiens. Cette
pénétration aussi aboutie que glaçante
d’un délire homicide doit ainsi beaucoup
à l’étonnante prestation du
toujours excellent Pruitt Taylor Vince
(Deadwood, Murder One...). Face à
lui Scully se révèle une redoutable
profiler pour sauver sa vie, ce qui donne
lieu à une partie d'échecs verbale
très éprouvante, avec une Gillian
Anderson au diapason. Duchovny ne dépare
pas l’ensemble en Mulder se surpassant comme
toujours quand sa partenaire est en danger. Les
étranges photographies constituent une nouvelle
preuve de l’impressionnant savoir-faire
de l’équipe technique des X-Files.
Dans
la lignée de l’épisode précédent,
la série accentue le clivage entre Mulder
et Scully, le premier s’acharnant jusqu’à
ce que toute la Vérité soit découverte,
tandis que la seconde, davantage sensible à
l’atrocité, se contente de l’arrestation
du coupable. Nous apprenons que Scully maîtrise
l’Allemand, l’ayant appris durant
ses études (les partenaires féminines
des grands justiciers sont souvent très
fortes en langues étrangères…).
De plus elle est visiblement très douée
en contorsionnisme pour s’être libérée
aussi vite de ses liens ! Enfin, on s’inquiétait
car cela faisait quelque temps qu’elle n’avait
pas arboré d’horreur vestimentaire.
Nous voici rassurés avec un ensemble tenant
beaucoup du sac de pommes de terre.
Initialement
prévu pour suivre immédiatement
Tout ne doit pas mourir, cet épisode
fut finalement le quatrième
de la saison, avec à la
clef une scène supprimée montrant
Mulder prendre au téléphone des
nouvelles de sa mère (visible dans les
suppléments).
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Ce
magnifique épisode se caractérise
d’abord par une très grande richesse
d’écriture (Morgan et Wong sont
bien de retour !), en trois temps. Le récit
débute ainsi par une évocation,
aussi pénétrante que glaciale,
du phénomène sectaire. En 1996,
le drame de Waco reste dans toutes les mémoires
et l’épisode en opère une
remarquable reconstitution, sans aucun tape
à l’œil (David Koresh est
d’ailleurs explicitement cité en
VO, et se prénomme en réalité
Vernon…). Puis nous suivons la découverte
de l’effarante vérité, parfaitement
distillée par des indices successifs
jusqu’à la révélation
finale. La qualité de jeu de Duchovny,
qui accomplit ici une de ses plus belles performances
de la série, aide le spectateur à
s’identifier à lui et à
partager cette expérience particulièrement
troublante. Enfin l’épisode débouche
sur une déchirante histoire d’amour
se poursuivant d’incarnations en incarnations,
même si les parallèles Samantha/CSM/Scully/
semblent quelque peu tirés à la
ligne. On remarquera que « Scully »
apparaît plus comme la bonne copine que
comme l’âme sœur au fil des
époques…
Mais
l'épisode acquiert toute sa dimension
grâce à la merveilleuse mise en
scène du grand Rob Bowman. Celui-ci, par
de savants effets de caméra (magnifiques
travellings), des effets de lumières
recherchés et un décor naturel
à l’intemporalité saisissante,
confère un impact et un esthétique
rare à cet épisode. Le tout se
voit magnifié par la musique de Mark
Snow, plus envoûtante que jamais. Cette
poésie funèbre, cette prégnance
de l’Apocalypse, la dimension spirituelle,
le final morbide, cette profondeur psychologique
des personnages l'emportant sur le développement
de l’action font de cet épisode
une véritable fenêtre ouverte sur
MillenniuM, tandis qu’il demeure
résolument en marge des X-Files,
avec un Mulder comme on ne le reverra jamais.
Ce n’est ainsi pas vraiment une surprise
de voir l’excellente Kristen Cloke roder
son futur personnage de Lara Means (encore une
ancienne de Space 2063), tandis que
Michael Massee (24h Chrono, Carnivale…)
apporte un vrai magnétisme à son
sinistre personnage.
La
tonalité très sombre de cette
histoire se communique à Mulder et Scully
qui, dans l’approfondissement des épisodes
précédents de cette saison 4,
voient leur duo connaître un clivage particulièrement
prononcé, bien au-delà des différences
d’opinions habituelles. On voit ainsi
Scully accuser Mulder de mensonge et de manipulation
(un comble !) alors même que des vies
sont en jeu. Ceci débouche sur une véritable
querelle, assez étonnante de violence
et fait s’interroger sur la possibilité
d’une crise au sein du duo, même
si la complicité finit par triompher
une fois encore. Le pré où
je suis mort restera comme un des sommets
de la série, aussi décalé
qu’a pu l’être L’heure
perdue pour les Avengers. Il demeure
d’ailleurs passablement controversé
!
On
notera également une nouvelle référence
au Flukeman (après celle du Pousseur),
décidément cet épisode
aussi aura marqué les esprits ! Le texte
cité par Mulder à l’ouverture
comme à la conclusion de l’épisode
(une excellente idée de plus) est tiré
de Paracelsus (1835), par Robert Browning.
6.
SANGUINARIUM
(SANGUINARIUM)

  
Quand
les X-Files rencontrent Nip/Tuck
! Cette satire de la chirurgie esthétique,
narquoise et teintée de l’humour
le plus noir, fait en effet irrésistiblement
penser aux troubles aventures de Sean et Christian,
dont elle présente le même impact.
Outre une dénonciation très
pointue (au scalpel) de cette chirurgie et
de l’importance qu’occupe le paraître
dans nos sociétés, l’épisode
joue avec virtuosité de l’idée
qu’elle constitue un pendant moderne
à la sorcellerie médiévale
et à son penchant pour les métamorphoses
corporelles. Bon, Gillian Anderson a beau
jeu de dénoncer la futilité
de telles opérations, alors qu’elle
n’en a à l’évidence
nul besoin…
Cet
épisode très relevé se
voit accorder un surcroît de saveur
par un recours immodéré au gore
le plus sanguinolent, avec à la clé
quelques images les plus chocs de la série
! (Nip/Tuck, encore et toujours).
L’intrigue ménage un joli coup
de théâtre à mi-parcours,
notamment grâce à la qualité
du jeu de O-Lan Jones, très convaincante
en sorcière plus vraie que nature.
Si la galerie de portraits de médecins
avides ayant abandonné toute éthique
professionnelle vaut son pesant d’or,
la vedette de l’épisode demeure
incontestablement Richard Beymer. Cette grande
figure de Twin Peaks donne à son personnage
la malice et la présence d’un
Ben Horne. Aussi subtil que cynique, ce sorcier
force l’admiration ! Il arrivera que
Mulder soit vaincu par des pouvoirs surhumains,
mais bien peu le battront au jeu de la ruse
comme l’accomplira le bon docteur, avec
un coup de maître final absolument infernal !
Au sein de cette saison si funèbre,
il paraît finalement logique que l’humour
le plus marquant soit celui du Diable…
Cet
épisode crucial pour la Mythologie
nous révèle la biographie (partielle !)
de celui qui demeure sans doute l'adversaire
récurrent le plus fascinant de l'univers
des séries télés : l'Homme
à la Cigarette. Nous aurions pu nous
trouver face à un récit platement
explicatif ou au clinquant sonnant creux,
mais le manque d'ambition ou de souffle créatif
n'a jamais constitué la marque première
du duo Morgan & Wong. Aussi, comme précisé
dès la citation ouvrant l'épisode
(Car il n'y a pas de jours sombres pour
ceux qui triomphent) donnent-ils une
dimension toute shakespearienne à ce
personnage, que l'on découvre derrière
successivement tous les principaux drames
modernes de l'Amérique (Baie des Cochons,
assassinats de JFK puis de Luther King). Ces
passages sont magnifiquement filmés,
chacun dans un style différent, et stupéfient
littéralement le spectateur par leur
intensité. Le récit multiplie
également les références
à l'univers de la série et pousse
l'audace jusqu'à boucler la boucle
en revenant sur la toute première scène
des X-Files, cette fois vue par les
yeux du Fumeur ! Cet élan finit par
déboucher sur une scène hallucinante,
où le génie confine à
la folie en posant le Fumeur comme véritablement
le maître occulte du monde ! (une bouffée
délirante de Frohike ?)
Mais,
plus que ces évènements, c'est
bien la sombre et énigmatique personnalité
du personnage qui captive, son inclination
pour la violence, mêlée à
une grande intelligence et à une trouble
fascination pour ses victimes (il faut le
voir reprendre la prière de Bob Kennedy).
Le gaillard fait littéralement froid
dans le dos, et ce sociopathe pourrait constituer
un serial killer des plus crédibles...
C'est d'ailleurs finalement la scène
des cravates qui effraie le plus, tandis que
le récit présente l'habileté
suprême de conserver sa part de mystère
au Fumeur. La solitude du pouvoir et de celui
qui l'incarne se voit magnifiquement exprimée,
ainsi que la conscience d'une certaine damnation.
Malheureusement rien n'est parfait en ce vaste
monde et, outre qu'il souligne assez lourdement
la filiation de Mulder, l'épisode se
conclut par un pastiche assez consternant
de Forrest Gump. Certes la scène
est brillantissime mais cette faiblesse humaine
me semble déparer le personnage et
annoncer la fin particulièrement grotesque
qu'il connaîtra. Ce n'est pas ainsi,
en perdant, que je souhaite me le représenter,
tout simplement, et je crains que les auteurs
n'aient été ici saisis du vertige
de la virtuosité...
Si
William B. Davis confirme son immense talent
de comédien, on apprécie également
la superbe prestation de Chris Owens, qui,
par un joli clin d'œil, incarnera bientôt
Spender. On se réjouit également
de retrouver les Bandits Solitaires (outre
Deep Throat !), dont nous étions privés
depuis déjà quelques temps,
assez logiquement dans cette saison très
funèbre. D'ailleurs, toujours aussi
iconoclastes (un épisode sans Mulder
ni Scully...), Morgan & Wong avaient bel
et bien prévu de faire abattre Frohike
par l'Homme à la Cigarette, et il a
fallu une intervention directe de Chris Carter
pour les en dissuader ! La scène aurait
d'ailleurs été tournée.
On en frémit ! Musings of a Cigarette
Smoking Man (quel titre...) achève
de planter l'imposante statue du Fumeur, et
de faire de lui, non un simple second rôle,
mais bien l'une des composantes majeures de
l'incroyable succès de la série.
Un épisode définitivement incontournable
pour le fan !
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8/9.
TUNGUSKA
(TUNGUSKA / TERMA)

 
Cela
débutait pourtant bien, avec un première
partie captivante, marquée par le spectaculaire
(mais guère explicité) retour
sur scène d’Alex Krycek. Les
différents coups de théâtre
coutumiers de ces doubles épisodes
se suivent avec plaisir, notamment la
scène particulièrement terrifiante
de l’Huile Noire jaillissant lors d’un
contrôle douanier (Brrr…). Cette
terrible substance reste bien l'une des grandes
idées de la série ! Surtout
on assiste ici au terme logique de la crise
que l’on a observée progressivement
s’installer entre Mulder et Scully.
Cet émoi, habilement semé, confère
un véritable impact à l’impressionnante
scène d’ouverture, d’autant
qu’elle se voit précédée
dans la chronologie par une discussion assez
violente où Scully va jusqu’à
interpeller Mulder sur l’avenir de leur
association. Bon, le suspense reste relatif
quant à une défection de Scully,
mais l’effet demeure réussi.
L’épisode se suit donc avec plaisir,
d’autant qu’il nous offre une
spectaculaire apparition de Marita, qui, en
son peignoir d’un blanc satiné,
s’avère définitivement
différente de Deep Throat et de X !
Duchovny restitue à la perfection la
haine féroce qu’inspire Krycek
à son personnage, on se régale
!
Et
puis, patatras ! L’épisode baisse
brusquement de niveau quand Mulder passe en
Russie. Outre que cette Russie peuplée
de serfs et de cosaques semble bloquée
à l’époque de Tolstoï
(d’ailleurs le scénario n’y
est guère épais), tout s’y
avère d’un ridicule achevé.
On note ainsi une recherche à tout
crin de l’effet, tranchant avec la finesse
d’écriture coutumière
de la série. On ne croit pas une seconde
à cette histoire d’un vaccin
de très haute technologie concocté
dans les hangars crasseux d’un goulag.
Cette succession morbide de cachots et de
mains coupées reste plus glauque que
réellement effryante, même si
le cliffhanger traditionnel demeure redoutable
et que le runing gag de Krycek dégustant
un maximum devient franchement rigolo. Le
comble grotesque se voit atteint avec un Mulder
se dissimulant sous un tapis de feuilles,
comme un vrai warrior. Où sommes-nous,
chez Rambo ? D’une manière générale
on sent que Carter dispose d’un vrai
budget (la série atteint alors des
sommets d’audience historiques) et qu’il
se fait plaisir avec des évènements
privilégiant le spectaculaire au détriment
de la cohérence et du développement
de l’intrigue. On en reparlera d’ailleurs
dans Fight The Future ! À propos de
film, le véhicule de Mulder déboule
un ravin, cela va devenir une habitude…
Le personnage de l’agent secret russe
apparaissant tel Fantômas toujours au
bon endroit au bon moment va encore plus loin
dans la facilité et accroît l’incrédulité
ressentie. On admet ce genre de péripéties
chez le Bounty Hunter et ses pouvoirs, ici
cela ne peut pas passer.
Enfin,
on note un contraste détestable
entre, d’une part la simplification
excessive de l’intrigue principale (s’évader
d’un goulag en prenant seulement le
camion, être secouru par des samaritains
providentiels pour réapparaître
pile au bon moment à Washington...)
et d’autre part une complexification
de la Mythologie, avec notamment une embrouille
tordue et décevante autour du Bien
Manucuré (qui accomplit clairement
ici son apparition la plus faible de la série
!). L’épisode se pare néanmoins
d’une scène particulièrement
émouvante : les lumineuses retrouvailles
de Mulder et Scully. Le couple a victorieusement
franchi l’orage et définitivement
refermé une parenthèse troublée.
C’est bien ensemble qu’ils affronteront
la sombre épreuve à venir. Mais
ce grand moment demeure bien tardif et ne
saurait dissiper la mauvaise impression laissée
par Terma. Donc au total deux étoiles,
mais trois pour la première partie
et seulement une pour la seconde, franchement
ratée !
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Mulder dans les Griffes de la Nuit.
Cette
histoire, un magnifique scénario
de Vince Gilligan, met en scène un
superbe duel entre Mulder et l’effroyable
John Lee Roche (excellent Toom Noonan, un
habitué du genre), haletant de bout
en bout et porté par une magnifique
mise en scène. Les visions oniriques
apparaissent ainsi somptueuses, leur magie
se distillant avec une élégante
économie de moyens. De même
le mano a mano final développe
un suspense à couper au couteau, digne
des meilleurs moments de 24h Chrono.
La musique de Mark Snow est une fois de
plus merveilleuse (le jeu des clochettes),
il fut d’ailleurs nommé aux
Emmy Awards pour le travail réalisé
sur cet épisode.
Le
Freddy Krueger version X-Files (rien ne
manque : rêves truqués, humour
noir, tueur d’enfants…) s’avère
un adversaire aussi retors que sinistre,
jouant à merveille de l’éternel
Talon d’Achille de Mulder : son désespoir
jamais éteint face à la disparition
de Samantha, obscurcissant régulièrement
ses brillantes capacités intellectuelles.
Duchovny se montre une nouvelle fois exceptionnel
en exprimant l’espoir frustré
de son personnage et sa douleur lorsqu’il
retrouve sa lucidité en ayant le
courage de renoncer à ce… doux
rêve. Sans avoir la tripe sanguinaire,
on ne peut que se réjouir quand il
se résout finalement à abattre
Roche, tant celui-ci compte parmi les monstres
les plus répugnants de toute la série.
Scully montre sa véhémence
coutumière dès lors qu’il
s’agit d’enfants, comme elle
l’illustrera de nouveau dans I
Want To Believe.
À
propos de I Want To Believe et
du funeste Xzibit, on remarque que l’épisode
introduit un customiseur de voitures et
qu’il s’agit d’un idiot,
de plus interprété par un
acteur sans talent particulier. Décidément
la concordance est parfaite ! C’est
d’ailleurs avec une jouissance sans
mélange que l’on voit Mulder
démolir son joyau. Destroy my
ride ! On note également l’apparition
de l’édition originale d’Alice
au Pays des Merveilles (l’épisode
compte de nombreuses références
à Lewis Caroll), avec les fameuses
illustrations de John Tenniel, également
aperçues dans l’épisode
des Avengers : Le Quadrille des Homards.
Cœurs de tissu, dont Duchovny
déclara qu’il constituait selon
lui le meilleur des épisodes centrés
sur Mulder. Cœurs de tissu s’impose
comme un épisode très relevé,
bien dans la tonalité funèbre
de cette saison 4. La Quête continue…
11.
CHUPACABRA
(EL MUNDO GIRA)

 
La
grande force de Chupacabra, outre l'ouverture
sur les très originales et savoureuses
légendes sud-américaines, consiste
en une évocation sans fard de la situation
des immigrés mexicains illégaux.
Vivant dans des bidonvilles, exploités
par des négriers et des passeurs marrons,
leur sécurité ignorée par
la police, subissant le mépris de la
population, ces gens font peine à voir
et c'est encore une fois dans le sens d'un certain
engagement à gauche, sinon humaniste,
que la série les envisage.
Mais
on observe peu de choses ensuite, l'enquête
de Mulder et Scully se bornant à suivre
une piste pour le moins évidente, sans
d'ailleurs parvenir à leurs fins... On
les a connus en meilleure forme ! Scully nous
assassine avec une profusion de jargon médico-scientifique...
Les auteurs tentent de redonner du brio à
l'enquête par une scène finale
bien écrite avec Skinner, mais assez
inutile. L'épisode s'essaie également
à la satire de la telenovela
sud-américaine, reprenant plusieurs figures
imposées de ce genre genre ultra codifié
comme les deux frères aimant la même
femme. Malheureusement, cela demeure trop timide
et manque de mordant. De fait, Chupacabra ne
se résout pas à choisir entre
ces trois directions, d'où l'impression
frustrante d'inachevé qui demeure malgré
une habile conclusion entrecroisée.
On
notera tout de même une galerie d'interprètes
latinos très convaincants, ainsi que
les créations somptueuses de délire
horrifique des artistes de la série.
Ceux-ci s'en donnent à cœur joie, et
ils s'imposent finalement comme les véritables
héros de cet épisode peu emballant
par ailleurs.
Aux
frontières du soutenable… Bien
avant I Want To Believe, le titre
français du jour était déjà
régénération(s). Mais
cette fois amplement justifié ! On
remarque que le méchant récupère
d’ailleurs des morceaux du corps de ses
victimes pour reconstituer le sien, tandis
qu’une bonne partie de l’histoire
se déroule en milieu hospitalier (mais
ici sans le pathos coutumier du genre…).
Spotnitz a d’ailleurs joué un
grand rôle dans l’écriture
du scénario !
Sur une trame très classique (Eugène
aura décidément marqué
la série, à juste titre), l’épisode
va très loin dans le gore, en se basant
tout de même sur l’idée
pour le coup originale du cancer vivant. Le
ton funèbre et l’enfermement
savamment distillé par l’habile
réalisation élèvent cette
histoire d’un mort perpétuellement
en sursis au rang de superbe diamant noir
de cette saison qui en compte pourtant quelques
autres de la plus belle eau. L’intrigue
sait progressivement révéler
l’effarante vérité, avec
une habilité consommée, tout
en ménageant de constants et surprenants
rebondissements. L’effroi que suscite
naturellement le cancer se voit employé
à la perfection dans ces décors
glacés où l’on erre sans
cesse d’hôpitaux en morgues en
passant par les tables d’autopsies.
Les excellentes idées de mises en scènes
se multiplient, comme cette image du corps
sans tête suggérée dans
le reflet renvoyé par les frigos de
la morgue (la scène d’ouverture
fait irrésistiblement penser à
un Tru Calling soupoudré d’humour
noir). On en frémit réellement
d’autant que les scènes gores
présentent un impact certain grâce
aux effets spéciaux toujours étonnants.
Allergiques aux hôpitaux, passez votre
chemin ! L’interprétation apparaît
une fois de plus de très haut niveau.
S’y détache bien évidemment
Paul McCrane, grand spécialiste des
rôles durs, dont cette avant-première
du Dr Romano d’Urgences constitue
bien entendu un magnifique clin d’œil.
On ne peut s’empêcher de songer
que passer d’infirmier à mandarin
constitue certes une belle progression, mais
par contre des X-Files à Urgences…
L’autre
vif attrait de l’épisode consiste
dans sa manière de se centrer sur Scully.
On la sent au début toute contente
de se retrouver sur son terrain de prédilection,
l’hôpital, et ainsi de pouvoir
en remontrer pour une fois à Mulder…
Avec une malice très féminine,
elle le convie d’ailleurs à se
joindre à elle dans la fouille des
immondes déchets hospitaliers ! Le
pauvret est au supplice… Qui aime bien
châtie bien, son partenaire n’hésite
pas à lui rendre la monnaie de sa vanne
à propos de sa frayeur lors de l’autopsie
! Ces scènes se révèlent
particulièrement drôles (gores
aussi, ce qui ne gâche rien). Cela faisait
quelques temps que nous étions privés
des autopsies si particulières de Scully,
et l’amusement reste comme toujours
au rendez-vous ! Par la suite elle paraît
effarée, et même scandalisée,
de voir ce temple de la science profané
par l’irruption du paranormal, ce qui
nous vaut des discussions assez jouissives
avec Mulder, elle multipliant comme jamais
les termes scientifiques comme pour se rassurer
tandis que lui aligne comme à plaisir
les théories les plus folles (et les
excellentes vannes). La traditionnelle agression
par l’adversaire du jour a bien lieu,
mais alors que précédemment
Mulder arrivait en sauveur, cette fois Scully
parvient à s’en sortir toute
seule. Décidément le personnage
a bien progressé et pris une assurance
et une autonomie bienvenues par rapport aux
commencements de la série. Enfin vient
la terrible révélation finale,
des scènes amusantes jusqu'à
ce tragique instant, l’épisode
constitue ainsi un fort habile entonnoir nous
emmenant avec un rare impact jusquà
l’épreuve à venir.
Tout
du long, Gillian Anderson se montre éblouissante
de talent et de profondeur de jeu. C’est
un ravissement de la voir donner ainsi vie
avec passion à son personnage. Ses
deux dernières scènes, où
on découvre Scully deviner l’insoutenable
vérité en refusant d’inquiéter
son partenaire jusqu’à l’effroi
nocturne, comptent parmi les plus grands numéros
de comédiennes vus dans l’ensemble
des séries contemporaines. Quelle actrice
! On se permettra d’observer également
que décidément la grande beauté
de Scully atteint son zénith durant
cette saison 4, période où Gillian
fut élue plus belle femme au monde par
un grand magazine américain.
Ce
grand classique des X-Files demeure
aussi l’épisode de la série
ayant réalisé la plus grande
audience (pratiquement 30 millions de spectateurs).
Pour rester honnête, il convient de
préciser qu’il suivait immédiatement
le Superbowl… C’est aussi l’occasion
pour le Dr Chuck Burks de réapparaître
après Les Calusari. Ce personnage
très amusant (il a un esprit très
Bandits Solitaires !) va devenir un personnage
régulier (6 apparitions), sans parvenir
toutefois à devenir aussi attachant
que l’Agent Pendrell.
13.
JAMAIS PLUS
(NEVER AGAIN)

  
Comme
l'indique d'ailleurs clairement le titre,
le duo Morgan/Wong fait ici ses adieux à
la série, pour voguer vers de nouvelles
aventures. Bien entendu, ces auteurs aussi
imaginatifs qu'audacieux, fonctionnant volontiers
en marge du reste de l'équipe de production,
ne pouvaient pas prendre congé avec
un épisode banal. Le scénario
instaure ainsi une véritable crise
existentielle chez Scully, alors que Mulder
se voit contraint administrativement de prendre
une semaine de congé. Ceci nous rappelle
d'ailleurs que Mulder et Scully sont bien
des fonctionnaires, José Chung avait
raison ! Si ces vacances s'avèrent très
amusantes (avec notamment un pèlerinage
spirituel à Graceland !), elles demeurent
en marge, tandis que le récit se centre
quasi exclusivement sur Scully.
Celle-ci
semble en proie à une véritable
dépression, doutant de tout jusqu'à
sa relation avec Mulder et de l'intérêt
même des Affaires non classées !
Ce n’est pas en relation avec son cancer,
l'épisode n'y fait pas explicitement
mention d’autant que l’ordre des
épisodes 12/13/14 a été
bouleversé. On peut y discerner surtout
la tendance coutumière de Morgan/Wong
à pianoter sur la relation Mulder/Scully.
Cette présentation d'une Scully "lost
in translation" dans une ville de
province lors d'une enquête ennuyeuse,
d'une grande finesse d'écriture et
portée par une Gillian Anderson particulièrement
inspirée, se suit avec le plus vif
intérêt, mais également
quelque incrédulité...
On ne peut s'empêcher d'y voir une certaine
tentation de la transgression et de la virtuosité
pour elle-même, plutôt qu'une
réelle inflexion du personnage. L'épisode
se termine d'ailleurs amèrement sur
l'image d'un duo véritablement au bout
du rouleau, une idée que la suite de
la saison démentira au plus haut point !
L'aspect
fantastique demeure ici accessoire, sans que
cela constitue un réel problème,
le cœur de l'épisode étant
bien le spleen de Scully. On remarque d’ailleurs
que, bien avant I Want To Belive,
Scully résout l’affaire en un
instant sur le Net… Néanmoins
cette histoire de tatouage reste habilement
agencée, comme toujours avec ces auteurs.
Cet épisode, un temps destiné
à être diffusé après
le Superbowl, devait être dirigé
par Quentin Tarantino, finalement empêché
pour des raisons juridiques. La réalisation
de Rob Bowman apparaît toutefois
si efficace que l'on ne parvient pas à
le regretter !
Le
serpent Ouroboros du tatouage de Scully évoque
irrésistiblement celui de MillenniuM,
où les auteurs feront également
merveille ! La voix du tatouage est assurée
par Jodie Foster/Clarice en VO. De même
que Chris Carter était intervenu pour
éviter l'assassinat de Frohike dans
Musings of a Cigarette Smoking Man,
le Boss a du agir également ici pour
empêcher que la scène intime
de Scully et Ed Jerse ne soit trop explicite...
L'audace diabolique du duo ne connaît
pas de limites ! Certains s'interrogent de
fait sur l'existence d'un tel évènement,
à la vision de l'épisode c'est
pourtant une évidence ! Enfin pour les
amateurs de potins, Gillian Anderson, qui
vient alors de divorcer, aurait connu une
brève romance avec le séduisant
Rodney Rowland...
Never
again reste le brillantissime testament
de Morgan/Wong, même s'il n'entraîne
pas une adhésion aussi totale que leurs
précédents opus. Après
celui de Darin Morgan (les coups de fil des
Coprophages sont bien plus amusants qu’ici
!) , leur départ définitif constitue
une perte des plus lourdes pour les X-Files
!
14.
JOURNAL DE MORT
(MEMENTO MORI)

  
The
Truth will save you, Scully. I think it'll
save both of us.
Cet
épisode, véritable croisée
des chemins de cette saison, comporte deux
segments bien distincts. Le premier constitue
une enquête hyper classique, et finalement
très schématique, au sein d’une
Mythologie continuant à se complexifier
mais demeurant parfaitement cohérente.
Cet aspect demeure trop précipité
pour totalement entraîner l’adhésion.
Ainsi, on comprend très rapidement
que le gaillard est un Hybride, bien avant
l’apparition du poinçon fatidique.
Le nom sur la boule de neige ou la séance
de tir alors que la porte ne s’ouvre
pas représentent autant de poncifs
passablement éculés, alors
que l’on attend tout autre chose des
X-Files (en l’obtenant souvent). Pourquoi
le tueur de l'Homme à la Cigarette
démarre-t-il sa voiture pour simplement
se positionner devant la porte de la maison
? Demeurent tout de même des scènes
faustiennes en diable et somptueusement
filmées entre l'Homme à la
Cigarette et Skinner, et l’intervention
aussi pittoresque qu’à l’accoutumée
des Bandits Solitaires. Que Mulder fasse
appel à eux pour une intervention
reste l’indice absolu d’une
situation définitivement désespérée…
Surtout cette enquête ne sert finalement
que de véhicule au véritable
sujet de l’épisode, un moment
clé et particulièrement déchirant
dans la relation unissant Mulder et Scully.
L’épisode
débute ainsi par une scène
magnifique où Scully envoie comme
une lettre d’adieu à Mulder,
le passage restant absolument bouleversant
même quand on le connaît par
cœur. Ces passages du « Journal
de Mort » de Scully scandent le récit
de moments particulièrement vibrants,
tandis que Gillian Anderson nous régale
d’une éblouissante démonstration
de son grand talent d’actrice. Elle
remportera l’Emmy Award 1997 pour
cet épisode, ce qui n’est vraiment
que justice. Duchovny n’est pas en
reste et manifeste parfaitement l’énergie
désespérée qui anime
Mulder dans sa quête pour sauver Scully.
Il ira jusqu’à tenter une négociation
avec l'Homme à la Cigarette…On
se demande vraiment si ceux qui reprochent
à l’acteur la fadeur de son
jeu ont vraiment vu la série ! Les
deux collègues (le terme apparaît
définitivement inapproprié
après cet épisode) se soutiennent
l’un l’autre avec beaucoup de
dignité et de courage, chacune de
leurs scènes arracherait vraiment
des larmes à une pierre, sans toutefois
jamais tomber dans le pathos… Les
dialogues entre Scully, Margaret et l’ultime
survivante du groupe paraissent également
très réussis. Un épisode
central de la série, cultissime pour
les passionnés de la relation Mulder/Scully
mais qui ne laissera personne indifférent
!
À
noter deux scènes coupées
exceptionnelles (maudits écrans publicitaires).
La première met en scène Scully
recevant la visite de Bill, le moins que
l’on puisse dire est que leur relation
apparaît déjà particulièrement
tendue. Le personnage fera finalement son
apparition dans Gethsemane. Le passage paraît
étonnement dur ! Comme dans One
Breath, le père de Scully lui
rend aussi visite, ce qui nous vaut le plaisir
de revoir Don S. Davis. Mais surtout, alors que
la version finale de l’épisode
met en scène un chaste baiser sur
le front, nous découvrons, effarés,
qu’il est bel et bien suivi par la
première vraie embrassade entre nos
deux héros. Sans doute dû ici au
trop-plein d’émotions, ce moment
clé sera finalement remis à
plus tard…
Enfin
Memento Mori est aussi le titre
d’un épisode de Chicago
Hope (également de Stargate),
I Want To Believe s’annonce
déjà…
15.
LA PRIÈRE DES MORTS
(KADDISH)

 
L’épisode paraît ne pas
manquer d’atouts. L’histoire se
montre particulièrement émouvante
(la scène de la bague nuptiale…)
grâce à une mise en scène
habile, alternant scènes violentes et
touchantes avec une grande justesse. L’omniprésence
de la pénombre situe bien l’intrigue
aux limites crépusculaires de la mort
et de la vie. Les fenêtres ouvertes sur
la culture juive se révèlent passionnantes.
L’extrême droite nazillonne se voit
montrée telle qu’elle est (des
abrutis sanguinaires passablement minables,
avec une jolie vision inversée des Bandits
Solitaires et de leurs publications) et l’antisémitisme
se voit éloquemment condamné.
La musique de Snow appuie comme toujours somptueusement
le déroulement de l’intrigue. Les
acteurs font merveille, surtout
Justine Miceli (NYPD Blue), particulièrement
convaincante sur un registre difficile et risqué.
Alors ? Alors cette belle romance d’amour
et de désespoir semble vraiment se suffire
à elle-même, d’autant que
l’aspect X-Files s’avère
artificiellement et maladroitement greffé
sur ce magnifique thème principal.
L’enquête
se scande ainsi par plusieurs facilités
: le livre qui prend feu pour la simple épate
(on se croirait dans un numéro de Maleeni
le Prodigieux), une explication scientifique
de Scully ridicule (mais qui nous vaut un hochement
de tête sarcastique de Mulder assez plaisant,
il est vrai), certains raccourcis temporels
trop criants (comme l’ambulance arrivée
en trois secondes) ; le Golem impressionne nettement
moins que d’autres Monster of the
week, et il ne se passe aucune scène
marquante entre Mulder et Scully… Et puis
on se demande à quoi sert l’intervention
du fin duo, qui n’empêche aucun
meurtre, le Golem étant finalement détruit
par sa créatrice. Non, décidément,
cela semble paradoxal mais cette histoire, très
« Anne Rice », aurait gagné
à être dépouillée
du rituel X-Files pour prendre toute
sa dimension et son autonomie. La série
accroît tout de même ici l’universalité
de ses sujets de manière éclatante
! On apprécie également de voir
l’affaire pour une fois exposée
par Scully. Je conseille également la
lecture de Pieds d'Argile (Terry Pratchett,
Les Annales du Disque Monde) une autre
variation, subtile et amusante, sur le Mythe
du Golem, avec d’intéressants clins
d’œil aux Robots d’Isaac Asimov.
Et
avouons qu’après la superbe mais
ténébreuse succession d'épisodes
très noirs de cette saison 4, on commence
à aspirer à un peu de divertissement,
sinon de gaîté… Nul doute
d’ailleurs que le prochain épisode
ne se montre plus joyeux et rieur ! Ah bon ?!
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16.
L'HOMME INVISIBLE
(UNREQUITED)

  
La grande faiblesse de l’épisode
réside dans sa trop grande similitude
avec Insomnies : même thématique
(regard critique sur le traumatisme du Vietnam)
et déroulement de l’intrigue
sensiblement équivalent. Il en découle
une certaine prévisibilité ne
pouvant que desservir le récit. De
plus, la comparaison tourne plutôt à
l’avantage du premier, les manifestations
du pouvoir onirique d’Augustus Cole
apparaissant plus troublantes que les pourtant
spectaculaires tours de passe-passe de Teager.
Le grand Tony Todd accomplit une performance
plus notable que l’efficace Peter Lacroix,
un habitué des séries de Science-Fiction.
Mais
l’épisode n’en reste pas
moins fort plaisant à regarder grâce
à une mise en scène efficace,
avec notamment de forts jolis angles de caméra
et des travellings impressionnants. Les effets
spéciaux, certes réduits, demeurent
comme toujours très efficaces. En particulier,
on apprécie vivement que cette habile
variation autour de cette figure centrale
du Fantastique qu’est l’Homme
Invisible ne se traduise pas par la succession
coutumière d’effets plus ou moins
fabriqués du type objets se déplaçant
tout seuls etc… (Suivez mon regard sur
une certaine ambassade soviétique).
Les apparitions et disparitions de Teager
s’avèrent toutes des modèles
d’efficacité et de sobriété.
L’histoire s’agence habilement,
avec un duel Mulder/Teager fort plaisant à
suivre. Une interrogation cependant : si Teager
est visible à travers une caméra,
pourquoi le FBI n’en dispose-t-il aucune
autour du Général, au lieu de
se livrer à cette partie de cache-cache
des plus risquées ?
L’interprétation
se montre brillante (belle apparition de Scott
Hylands), comme souvent tout au long de la
série. L’épisode se pare
d’à-cotés très
positifs, comme une jolie visite de Washington,
un détour bien amené par la
Mythologie, une apparition comme toujours
particulièrement bienvenue de Marita
Covarrubias (ah, Marita…) sous l’égide
de Lincoln, ou un rappel du passé militaire
si troublant de ce personnage, oh combien complexe
et passionnant, que se révèle
toujours Walter Skinner.
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17/18.
TEMPUS FUGIT
(TEMPUS FUGIT / MAX)

Les
avions, volant dans des espaces normalement
inaccessibles à l’homme et finalement
très mystérieux, comme quittant
temporairement notre univers, ont de tout
temps fasciné auteurs et amateurs
de Fantastique (Stephen King, Les Langoliers).
Ce thème passionnant a bien entendu
été exploité avec bonheur dans les séries
télé, en particulier The
Twilight Zone (titre même de l’anthologie,
avion échoué dans un étrange
désert, revenant vide, perdu dans l’espace-temps, monstre sur l’aile…) mais
aussi plus récemment dans Torchwood.
C’est donc fort naturellement que les
X-Files en viennent à leur tour
à aborder ces rivages, et avec quelle
maestria !
La
première partie se déroule comme
un thriller captivant de bout en bout, où
l’on suit avec un très vif plaisir
la succession des révélations
chocs mais aussi les échanges très
ludiques d’hypothèses sur le
Crash entre Mulder, Scully et Millar (excellent
Joe Spano, Hill Street Blues). La
déclinaison du récit en énigmes
à résoudre est une vraie réussite.
La tension ne diminue jamais et, sans atteindre tout à fait les cimes d’Anasazi,
on est content de se retrouver devant un épisode
mythologique de la plus belle eau et au budget
visiblement conséquent. On se réjouit
également de revoir, hélas
pour une tragique conclusion, l'amusant Max
Fenig de Fallen Angel. Ce personnage
se montre une nouvelle fois particulièrement
attachant !
L’intrigue
offre également une nouvelle occasion
de différencier les caractères
de Mulder et Scully : alors que celle-ci se
montre très sensible au drame et aux
meurtres postérieurs, Mulder paraît
lui quasi indifférent. Passé
en mode « traque », seule l’ardente
volonté de découvrir la vérité
semble l’animer et la mise en scène,
parfaitement efficace, sait à merveille
nous faire ressentir cette flamme l’habitant.
Duchovny nous régale d’un récital
particulièrement magistral. Outre le
cliffhanger coutumier, percutant mais non
plus exceptionnel cette fois-ci, Mulder s’étant
déjà fait capturer par des militaires,
le récit se conclut avec éclat
par une scène faisant écho à
la pétillante introduction de l’anniversaire
de Scully (tous les sept ans, comme les chiens).
C’est en effet dans ce même bar
que le si sympathique Agent Pendrell trouve
un trépas fort cruel, marqué
par une ironie tragique au moment où
il allait enfin partager une table avec son
étoile. On ne se demande pas vraiment
pourquoi il se retrouvait à boire tout
seul au bar… Je ne connaissais même
pas son prénom restera l’épitaphe
lapidaire, mais oh combien significative de
Pendrell, dont la fin constitue le nadir de
cette succession de noirceurs de la saison
4. So long, Pendrell !
La
seconde partie apparaît un peu moins
consistante. Même si elle répond
avec clarté et précision aux
interrogations de la première, elle
se résume principalement à la
mise en œuvre des deux scènes d’abordage
d’avions. Mais celles-ci s’avèrent
réellement stupéfiantes d’intensité
et de maîtrise technique. En utilisant
simplement décors, sons et savants
éclairages, loin des images informatiques
contemporaines, les incroyables artistes de
la série réussissent un double
prodige, aussi merveilleux que spectaculaire.
On ne peut qu’applaudir la performance
! Le face-à-face entre Mulder et le
très habile tueur taciturne du jour
se révèle également très
prenant. Le bilan de l’épisode
ressort très amer, toutes ces morts
n’empêchant pas Mulder de se retrouver
finalement les mains vides, et cette foi pas
du fait de ses adversaires ! La petite touche
finale d’humour entre Mulder et Scully
apparaît ainsi particulièrement
bienvenue ; quand tout le reste n’est
plus que cendres, il demeure toujours au
moins leur complicité… À propos
du duo on note que quand Mulder se dévêt
sans trop de gêne devant sa partenaire,
celle-ci se retourne, passablement embarrassée.
Décidément ces deux-là
ne sont pas encore intimes ! Les moments de
honte de Scully quand Mulder explique ses
théories à un tiers sont toujours
aussi délectables…
Tempus
Fugit s’impose comme un double
épisode mythologique de très
haut niveau, démontrant qu’en
sa quatrième saison la série
n’a rien perdu de sa fougue. Seul petit
regret, l’absence de l'Homme à
la Cigarette, il manque toujours quelque chose
aux récits mythologiques quand ils
se voient privés de la lumière
sombre de William B. Davis…
À
noter également, dans la série
des « vus ailleurs » : une chambre
de motel, avec télé devant le
lit, où se déroule un mystérieux
Événement, dont l’Occupante disparaît
sans laisser de traces, où la porte
s’ouvre de manière très
curieuse tandis que tout le monde court après
d’étranges Artefacts… Bon
dieu, mais c’est bien sûr, nous
sommes dans The Lost Room !
Bon
je suis fier de moi, j’ai terminé
cette critique sans vanne foireuse sur Il
est libre, Max, il y en a même qui l’ont
vu voler. Ah, zut.
19.
AUX FRONTIÈRES DU JAMAIS
(SYNCHRONY)


Cet
épisode clairement mineur détonne
singulièrement au sein d’une
saison 4 incroyablement relevée.
Le voyage temporel ressort comme un des
thèmes les plus riches et passionnants
de la Science-Fiction et la version donnée
ici en demeure terriblement basique. On
ne discerne aucune originalité
ni prise en compte de subtils paradoxes
dans ce récit. Dans un sujet proche
Barjavel faisait déjà beaucoup
mieux en 1943 avec Le voyageur imprudent.
Cette faiblesse demeure d’autant
plus rageante que la série nous
a offert des épisodes de tout
autre stature dans ce domaine : Monday
(verrou temporel) ou Redrum (déstructuration
temporelle). On en est loin.
Cela
débute très mal par une
introduction dévoilant une trivialité
devinée dès les premiers
instants, avec un ton grandiloquent parfaitement
dérisoire. Une fois les jalons
posés l’histoire se suit
sans surprises, dans un déroulement
très mécanique et multipliant
les facilités (pourquoi le voyageur
se pique-t-il ?, Comment au juste voyage-t-il
? Pourquoi ne pas tuer ses victimes avec
des moyens classiques mais plus définitifs
etc.). L’attention du spectateur
peine à se maintenir tant la mise
en scène, certes efficace, n’apporte
pas la fantaisie dont l’épisode
aurait besoin. L’interprétation
se maintient à un honnête
niveau, mais sans les grands numéros
d’acteurs admirés dans d’autres
épisodes. Restent de nouveaux exploits
des artistes de la série et un
Mulder très en forme, pétillant
d’esprit (la scène de présentation
de l’affaire est très réussie),
titillant de manière très
réjouissante Scully sur sa fameuse
thèse. Duchovny et Anderson insufflent
beaucoup d’humour à leur
jeu et sortent indemnes de ce qui restera
comme le fiasco de cette saison.
À noter qu’un titre français,
particulièrement ridicule vient
couronner l’ensemble, alors que
les doubleurs français de Mulder
et Scully accomplissent un bel ouvrage,
comme toujours. Hiro Kanagawa, un habitué
des séries fantastiques, refera
un apparition dans Au cœur du Complot
et MillenniuM.
-
I don't imagine you need to be told this,
Mulder, but you're not a loser.
- Yeah, but I'm not Eddie van Blundht either,
am I?
- (Silence)
Ah,
le charme de ces récits décalés,
à côté des loners
classiques et autre Mythologie… Ne serait-ce
que pour représenter l’unique
épisode divertissant de cette aussi
noire que somptueuse saison 4, Small Potatoes
mériterait déjà toute
notre sympathie, tant cette bouffée
d’oxygène nous fait du bien !
Mais ce ne serait pas faire justice à
ce très gouleyant épisode si
on se limitait à ce constat. En effet
c’est bien par ses qualités propres
que cette histoire emporte l’adhésion
tant elle apparaît comme un véritable
festival de gags et d’effets comiques
particulièrement réussis, de
plus de natures très différentes.
Humour de situation, de réparties,
de l’absurde, satirique envers les héros
de la série, voire noir lors de la
très gratinée autopsie du jour,
le cocktail drolatique de l’épisode
s’avère vraiment irrésistible.
Lee de Broux et Christine Cavanaugh accomplissent
également de savoureuses apparitions.
On
rit souvent de bon cœur, comme
lorsque Mulder prend la bombe Sky Walker en
pleine figure, avec une Scully prenant un
malin plaisir à bien enfoncer le clou,
ou quand Mulder démolit l’appendice
de la dépouille, le pastiche de Taxi
Driver, Mulder et Scully se regardant avec
embarras quand on les prend pour des parents
etc... Les exemples abondent, tandis que Mulder
en prend pour son grade durant tout le récit.
La mise en scène et la musique jouent
efficacement sur le registre humoristique,
et les acteurs se montrent au diapason.
Si Gillian Anderson se montre excellente,
la palme revient à Duchovny qui accomplit
ici une prouesse proprement époustouflante,
manifestant, avec un rare abattage, les dons
pour la comédie qu’il confirmera
plus tard en tant que « Hanky ».
Mais
une grande comédie ne saurait se contenter
d’empiler les gags, même excellents
et Small Potatoes atteint une nouvelle
dimension grâce au passionnant et finalement
très subtil personnage de Eddie. Interprété
avec une grande conviction par nul autre que
Darin Morgan (à qui Vince Gilligan
rend ici comme un hommage), ce prétendu
loser se révèle progressivement
un fin psychologue, non dénué
d’humanité. Agréablement
ambivalent, on ne sait trop finalement que
penser de son action, certes moralement très
condamnable, mais qui, non révélée,
apporte en fait un peu de bonheur et de romantisme
chez des femmes à l’existence
sinon bien morose. L’épisode
se double ainsi d’une satire de l’American
way of life bien propret, qui pour en
être feutrée n’en demeure
pas moins redoutable.
Une
démonstration particulièrement
éclatante en est réalisée
avec Scully. Cette
dernière, qui passe ses week-ends à
bosser (mais qui, tout comme Skinner, ne se
rend absolument pas compte de la substitution
alors que les indices pleuvent… Reviens,
Mulder !) tombe instantanément sous
le charme d’un Billie accomplissant
en une soirée ce que Mulder a été
incapable de mener à bien en quatre
ans. Il se montre également bien plus
empathique qu’un Fletcher dont il n’a
ni le cynisme rigolard ni la veulerie crapuleuse,
sans doute par ce qu’il recherche vraiment
l’amour. Certes, grâce à
la survenue du vrai Mulder (tiens, on avait
oublié l’humour de boulevard
!), la morale est sauve, mais qui pourrait
nier que l’on n’avait pas vu Scully
aussi heureuse depuis bien longtemps ? Eddie
conclut son magistral passage dans les X-Files
par une explication de texte pétillante
à souhait avec Mulder, où il
assène une Vérité pas
piquée des vers à notre héros.
Mulder est bien trop intelligent pour répliquer
par la négative… Le seul petit
regret de cet enthousiasmant épisode
reste de voir enfermé dans un hôpital
pénitentiaire celui en qui l’on
a pu découvrir l'un des plus touchants et sympathiques
fameux Monstres de la semaine !
À
noter que la saison 4 restera celle des occasions
manquées pour notre duo, après
le baiser coupé de Memento Mori,
voici que ce moment crucial est de nouveau
remis à plus tard ! Enfin on se dit
que le stupéfiant Yappi a vraiment
marqué les esprits car il effectue
une nouvelle apparition au détour d’un
tabloïd !
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21.
NID D'ABEILLES
(ZERO SUM)

  
Cet
épisode présente une structure
très originale car il se révèle
quasi totalement centré sur Skinner,
tandis que Mulder demeure à la marge
et que Scully reste totalement absente (retour
à la case cancer après l’accalmie
de Small Potatoes). On est ravi
pour ce formidable personnage qui méritait
bien un tel honneur, d’autant que
l’épisode se révèle
passionnant.
Cela
débute, tel un excellent Columbo,
par un long passage somptueusement filmé
où l’on suit Skinner dans son
rôle de nettoyeur au service du Fumeur.
Une fois Mulder entré en action on
passe à un schéma hitchcockien
où Skinner découvre l’ampleur
du complot dans lequel il se trouve compromis
et désormais se débat. Le
récit, nerveux à souhait et
au suspense constant, se voit scandé
par une série de confrontations tendues
qui sont autant de scènes choc :
avec Mulder, l'Homme à la Cigarette
(aux nerfs décidément d’acier)
mais aussi la toujours charmante Marita
dont la félonie se trouve ici révélée
(quelle surprise !) Les conversations de
Marita avec Skinner et l'Homme à
la Cigarette apportent une nouveauté
bienvenue. Autant de morceaux de bravoure
qui font le prix de cet épisode très
percutant, porté par la musique de
Snow. On notera que Skinner restera sans
aucun doute comme le supérieur hiérarchique
le plus braqué par ses subordonnés
de l’univers des séries télé
!
Mitch
Pileggi (à la musculature toujours
aussi impressionnante) montre une grande
subtilité de jeu, à la hauteur
de la richesse de son personnage. Ce thriller
à haute tension, ponctué de
scènes horrifiques particulièrement
marquantes, se conclut abruptement, nous
laissant littéralement le souffle
coupé et terriblement désireux
de découvrir la suite ! Cet épisode
mythologique de haute volée (on ne regrette
même pas l’absence de Scully
!) est dédié à Vito
Pileggi, père de Mitch. Après
Herrenwolk, on continue à
progresser vers Fight The Future…
Malgré
des débuts assez amusants, Scully paraissant
visiblement aussi captivée par le bowling
que par le baseball et nous offrant un de
ses regards-de-la-honte bien croquignolets,
cet épisode se révèle,
encore une fois, particulièrement sombre.
C’est le cas concernant une intrigue
du jour se développant entre mort et
folie, avec à la clef des apparitions
spectrales particulièrement saisissantes
! La mise en scène impressionne par
sa dimension crépusculaire et bénéficie
de l’époustouflant numéro
de Steven Porter, étonnant de conviction.
Les rebondissements parfaitement maîtrisés
de l’intrigue offrent également
un récit policier de haute qualité,
au vrai suspense. Mais cette brillante réussite
ne constitue finalement que le socle sur lequel
se bâtit l’argument principal
du récit : la dérive psychologique
subie par Scully.
Alors
que ces apparitions se relient d’une
manière particulièrement sinistre
à son cancer, Scully, jusque-là
relativement épargnée, se trouve
brutalement confrontée à un
surnaturel des plus morbides. Ceci, se cumulant
au stress induit par sa maladie, nous fait
assister au poignant spectacle d’une
Scully craquant littéralement sous
nos yeux : déni de réalité
et incommunicabilité avec son partenaire,
scène très émouvante
chez la psychologue (déjà vue
dans Le Fétichiste) où
Scully révèle à quel
point elle s’appuie sur Mulder, effusion
finale de larmes… On touche au plus
près la réalité de cette
terrible maladie, tout en demeurant très
pudique et en évitant le mélodrame.
Gillian Anderson se montre absolument bouleversante,
faisant réellement corps avec les tourments
traversés par son personnage. Elle
s’affirme définitivement comme
une très grande actrice de l’émotion.
C’est la suprême habilité
de l’épisode que de reposer,
bien au-delà de son aspect paranormal,
sur une description très profonde et
pertinente des vicissitudes de l’âme
humaine confrontée à sa propre
mortalité.
Au
total, l’épisode s’achève
sur une Scully plus proche de l’effondrement
que jamais. Il est vraiment temps que le cauchemar
s’achève, pour elle mais aussi
pour nous, tant le spectateur sort laminé
par un épisode aussi superbement abouti
qu’éprouvant !
Pour
les amateurs de littérature, une élégie
est une poésie lyrique plaintive, évoquant
la mort ou la souffrance amoureuse dûe à
l’absence. Encore une fois le titre
original apparaît bien supérieur
à sa traduction…
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23.
CRIME DE MÉMOIRE
(DEMONS)

 
Cet
épisode tente d’entremêler
Mythologique et thriller onirique mais
le résultat ne semble guère
concluant. Certes la mise en scène
demeure efficace et l’histoire
bénéficie d’une
très belle composition de Gillian
Anderson, judicieusement mise en avant
ici avec une Scully remuant ciel et
terre pour sauver son partenaire. Si
l’ensemble se suit sans déplaisir
ni ennui, force est de constater qu’un
nombre considérable d’éléments
vient entacher la performance et interdire
à l’épisode d’atteindre
la moyenne particulièrement relevée
de cette saison.
Ainsi,
si l’intrigue ne comporte pas
de contradiction ou de trou béant,
les indices se succèdent à
une vitesse trop élevée,
et résultent obtenus bien trop
facilement par nos enquêteurs,
pour que cela n’entache pas la
crédibilité d’un
épisode justement quasi dépouillé
de toute dimension fantastique et très
polar. Après tous les miracles
opérés par l’hypnose
au cours de la série, y compris
dans cette saison (Le pré
où je suis mort), on ne
comprend tout simplement pas pourquoi
Mulder a recours à ce qui ressemble
tout de même beaucoup à
de la trépanation. Et puis on
répugne sincèrement à
le voir abdiquer son si bel intellect
pour désespérer au point
de s’en remettre à un gourou
pour le moins douteux. Alors qu’il
parait évident dès le
départ que, comme toujours, Mulder
n’abandonnera pas tant que la
Vérité demeurera dissimulée,
Scully s’épuise à
lui demander un nombre incroyablement
élevé de fois d’aller
à l’hôpital. Encore
et toujours en vain. Cela lasse très
vite, et puis cela crispe.
Alors
que la série nous a habitué
à des effets spéciaux
aussi habiles qu’élégants,
les visions oniriques s’avèrent
criardes et d’une grande laideur,
et de plus sans réel intérêt.
On reste très loin de La
Maison du Docteur Edwardes, qui
sert visiblement de modèle à
l’épisode. Où est
Skinner ? Qu’un agent du FBI soit
incarcéré pour meurtre
semble laisser le Bureau totalement
indifférent. Le pire demeure
que les scénaristes capitulent
en rase campagne et renoncent à
nous expliquer comment Mulder a pu concrètement
en arriver à la situation où
nous le découvrons. On reste
dans le flou complet derrière
l’alibi commode de l’amnésie,
cela s’assimile vraiment à
de la facilité. Par contre les
auteurs disposent du temps nécessaire
pour tartiner sur l’identité
du père du Mulder, cette problématique
me paraissant loin d’être
la plus intéressante de la série,
et n’ayant jamais autant ressemblé
à du mauvais mélo.
Parmi
les côtés positifs de l’épisode
figure tout de même l’excellence
de l’interprétation des
seconds rôles, Vanessa Morley
et Chris Owens dans leur emploi coutumier,
ainsi que Jay Acovone (Stargate),
l’excellent invité du jour.
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24.
LE BAISER DE JUDAS
(GETHSEMANE)

  
L'aussi ténébreuse qu'enthousiasmante
saison 4 se conclut par le premier
volet du désormais traditionnel
arc mythologique. Sans doute pour
maintenir l'intérêt
et éviter un sentiment de
routine, Chris Carter introduit
un lot pour le moins non négligeable
de nouveautés. Dans la forme
l'histoire s'avère être un long
flash-back, correspondant à
une narration de Scully. L'effet
paraît fort réussi,
scandant le récit d'intermèdes
réalisés avec élégance
(beaux jeux d'ombres et de lumières)
et portés par la grande sensibilité
de Gillian Anderson. L'évocation
de la métastase de son cancer
s'effectue avec autant de dignité
que d'impact. Décidément
cette saison demeurera des plus
sombres jusqu'à la toute
fin... Blevins effectue un retour
bienvenu.
Sur
le fond Carter va encore plus loin
car il n'hésite pas à
remettre en cause les fondements
de l'univers de la série
en introduisant l'idée que
les incursions extraterrestres
ne constitueraient qu'un immense
simulacre destiné à
couvrir des expériences menées
par l'armée américaine.
Mulder aurait été
berné depuis le commencement !
Cette théorie proprement
vertigineuse, renforcée par
le côté volontiers
accusateur du discours de Scully,
donne un intérêt supplémentaire
à l'histoire et nous vaut
un beau portrait psychologique de
Mulder. Celui-ci s'effondre jusqu'à
en pleurer en voyant s'évaporer
les fondements de son combat, même
si évidemment on se doute
bien qu'il y a anguille sous roche !
Nous avons vu l'Huile Noire etc.
L'épisode bénéficie
également de vues somptueuses
sur les splendides montagnes canadiennes
enneigées, on s'en régale !
Malheureusement,
Le baiser de Judas souffre
d'un manque certain de rythme et
de contenu. Le pan de l'intrigue
relevant de Mulder demeure trop
schématique et prévisible,
et dépourvu du tempo frénétique
qu'ont pu manifester par le passé
les arcs similaires. De fait on
comprend très vite que nous
n'assistons ici qu'à un simple
prologue, l'essentiel de l'intrigue
se déroulant ultérieurement.
Le double épisode réussi
Redux le confirmera d'ailleurs
amplement par la suite. On peut
regretter ce dosage déséquilibré
qui prive de matière cet
épisode. L'arc Anasazi
(la référence ultime
en la matière) savait atteindre
son paroxysme dès le commencement,
ce n'est pas le cas ici. L'absence
du Fumeur (mais aussi des Bandits
Solitaires !) se fait encore une
fois cruellement sentir dans ce
type d'épisode.
De
plus, le fameux cliffhanger de fin
de saison se montre ici passablement
éventé. D'une part
on se doute bien que Mulder est
évidemment encore de ce monde
et d'autre part on a assisté
à la séance d'ouverture
qui annonce déjà cette
pseudo révélation.
Et puis cette histoire de suicide
ne tient pas la route. Même
si les Aliens n'étaient que
supercherie, le mystère de
la disparition de Samantha et de
son devenir demeurerait. Imagine-t-on
Mulder renoncer à résoudre
cette énigme? La «
surprise » tombe donc deux
fois à plat, renforçant
cette impression d' une réussite
imparfaite de l'épisode.
Et puis, après Le Seigneur
du magma, on a de nouveau droit
à un clin d'œil à
la vidéo de Roswell, mais
avec autrement moins de drôlerie !
Ceci dit les interrogations installées
font que l'on attend la suite avec
la plus grande impatience, tandis
que la situation de Scully prend
un tour désespéré.
Suspense !
Pour
la curiosité Matthew Walker
interprétera plus tard le
fameux Merlin de Stargate SG1.
À noter que, après la scène
coupée de Memento Mori,
Gethsemane voit l'entrée
en scène effective de Bill
(excellent Pat Skipper), dans une
version un peu adoucie. L'épisode
ouvre d'ailleurs une fenêtre
sur les repas familiaux des Scully,
qui permet de mieux comprendre à
quel point Dana apprécie
l'excitation des Affaires non classées...
John Finn campe solidement un Kritschgau
appelé à revenir ultérieurement
dans la série (saison 7).
Gethsemane
correspond au lieu où se
déroule la Passion du Christ,
élément biblique que
le titre français retranscrit
plus explicitement. La culture religieuse
reste décidément plus
prégnante aux États-Unis
qu'en France !
TOP
5 SAISON 4
1)
Le pré où je suis mort
2) Journal de mort
3) L'Homme à
la Cigarette
4) La queue du diable
5) La meute
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Crédits
photo : FPE.
Images
capturées par Estuaire44.
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