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HORS
SERIE
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1/2.
CHASSE À L’HOMME
(WITHIN, WITHOUT)

  
La saison 8 débute,
elle va voir l’arrivée d’un
nouveau personnage, le solide et sceptique
John Doggett, qui viendra remplacer un Mulder
n’apparaissant plus que par intermittence.
Si, Carter et Spotnitz recrutant une figure
de la SF à l’écran pour
suppléer au semi départ de Duchovny,
la série enregistre l’apport
du grand acteur Robert Patrick, cette absence
partielle a pour conséquence de placer
Gillian Anderson au premier plan.
De fait, Scully occupe une
position centrale dans l’arc narratif
de la saison, par ses sentiments envers Mulder
désormais dévoilés au
grand jour, sa grossesse agitée et
le fait qu’elle occupe désormais
la place de la croyante au paranormal face
à un nouveau partenaire qui s’y
montre aussi réfractaire qu’elle
à ses débuts dans les Affaires
Non Classées ! Le talent si sensible
de l’actrice pour l’émotion
lui vaudra d’ailleurs de nombreuses
récompenses au cours de cette saison.
La performance des deux acteurs, accompagnée
d’un retour à une atmosphère
sombre proche des origines, après l’exubérance
observée depuis l’installation
en Californie, aboutit à un arrêt
du déclin de l’audience, celle-ci
stagnant à un niveau équivalent
de la saison 6. Il n’en reste pas moins
que la qualité des épisodes
de cette saison non planifiée initialement
par Chris Carter va faire débat (ou
pas)…
Devant non seulement instaurer
une nouvelle phase de la mythologie, mais
également introduire le futur nouveau
partenaire de Scully, tout en convainquant
les fans que le spectacle peut fonctionner
avec un Mulder intermittent, Chasse à
l’homme doit remplir un cahier
des charges particulièrement exigeant
et souffre de fait des inconvénients
coutumiers des épisodes de transition.
Ce double épisode va donc sacrifier
son intrigue, demeurant simpliste et prévisible,
à la mise en place de la saison.
Face à l’écueil
supplémentaire que représente
la succession d’un épisode aussi
abouti et intense que Requiem, Carter
va intelligemment, au cours de la première
partie, établir une rupture, un interlude
différenciant les époques tout
en évitant un choc frontal. L’action
se déroule volontairement au ralenti,
tandis que les sentiments et la situation
des personnages se voient minutieusement décrits
en ce nouvel instant zéro de la série.
Alors que, vraie révolution culturelle,
Mulder cesse de constituer le héros
de l’intrigue pour devenir un de ses
X-Files, le spectateur découvre une
Scully entièrement tournée vers
le déni de la disparition définitive
de Mulder et sa recherche. Son terrible cauchemar
d’un Mulder à la torture (Manners
a décidemment un don authentique pour
l’épouvante) se révèlera
une atroce vérité…
Scully se voit secondée,
sinon devancée, par un Skinner particulièrement
ardent, hanté par le remords et qui
en oublie sa retenue coutumière jusqu’à
mettre en péril sa position au FBI.
Les observer se soutenir l’un l’autre
reste particulièrement émouvant.
La collaboration de Skinner avec les
Bandits Solitaires montre bien à quel
point la situation est grave, ainsi que son
héroïque volonté d’aboutir…
(la relation compliquée Skinner/Bandits
Solitaires sera bien mise en valeur dans Au
cœur du complot)
Si les comédiens donnent
une émouvante véracité
à leurs personnages, l’attention
se porte cependant sur le « new
kid in town », John Doggett,
habilement très différent de
Mulder. Esprit solide et aiguisé, mais
cartésien par nature, cet agent n’est
pas préparé par son parcours
classique à affronter l’univers
étrange et paranoïaque dans lequel
il va désormais s’aventurer.
Mais là où Spender va s’effondrer,
Doggett, par ses qualités morales et
sa méticuleuse honnêteté,
va parvenir à s’affirmer.
Dépourvu du génie
bondissant d’un Mulder (qu’il
rejoint car ayant lui aussi sa tragédie
personnelle), il va néanmoins manifester
une opiniâtreté et une soif de
vérité dignes du grand policier.
Et s’il ne montre pas non plus l’humour
pétillant de son prédécesseur,
les plaisanteries et l’humour à
froid de cet ancien militaire pénétré
de l’importance et du sérieux
de sa mission n’en brilleront que davantage
quand ils se manifesteront. Robert Patrick
met tout son talent et sa solide personnalité
au service d’un héros qui aurait
difficilement pu trouver meilleur interprète,
même si durant ses premières
apparitions on s’attend sans cesse à
le voir se fondre dans le plancher ou transformer
son bras en une lame mortellement affûtée...
Avec lui on replonge avec délices dans
les sombres enquêtes des débuts
de la série. Doggett est un morceau
de Vancouver au milieu de la Californie, et
on s’en régale.
Au fil de la saison on se
prend à apprécier ce personnage
si différent de Mulder, mais appelé
à devenir lui aussi un combattant de
la Vérité, même s’il
l’ignore encore. L’intrigue a
l’habileté de ne dévoiler
encore que partiellement sa personnalité
et son parcours, le spectateur s’identifiant
habilement à Scully qui découvre
l’individu avec appréhension,
voire rejet. Même si, dans une grande
tradition hollywoodienne, leur relation débute
au plus mal (percutante scène du verre
d’eau, un classique de la série),
signe infaillible d’une grande amitié
à venir, Chasse à l’homme
se découvre aussi comme une belle rencontre
entre deux personnes, à l’heure
des grands choix. Si cet aspect fonctionne
parfaitement, on regrette que, mécaniquement,
Scully devienne « croyante »
(et parano).
La série cherche à
reconstituer le duo antagoniste lui ayant
tellement réussi par le passé,
mais là on bloque quelque peu, et il
en ira de même par la suite. Scully,
que l’on avait tant appréciée
au fil des sept saisons écoulées,
demeure indissociablement marquée par
le scepticisme et c’est trop demander
au spectateur qu’il adhère à
une conversion, même compte tenu des
évènements de Requiem.
Passe encore pour Skinner, mais cette altération
de la personnalité de Scully la transforme
en maillon faible de la série, sans
que Gillian Anderson, fabuleuse, n’ait
rien à se reprocher. On n’y adhère
pas tout simplement, même si la solution
retenue vaut mieux que la mise en place d’un
nouvel acteur interprétant Mulder.
Ce phénomène s’accentuera
avec l’entrée en scène
de la brune Monica, qui verra Scully devenir
franchement nuisible à l’instauration
du nouveau couple.
Après cette mise en
place, et le tonitruant cliffhanger
coutumier, l’histoire accélère
la cadence dans la seconde partie, l’action
et les rebondissements gagnant en intensité.
Outre qu’il consacre d’importants
moyens (superbes paysages désertiques,
très Invaders) à la
toujours efficace et percutante mise scène
de Kim Manners (le budget fait plus que doubler
celui d’un épisode habituel),
Carter entend rassurer les fans sur la pérennité
de la série en introduisant deux personnages
référentiels : Grayson
et Le Bounty Hunter, celui-ci présentant
de plus l’avantage de pouvoir employer
Duchovny (parfait encore ici) sans réellement
introduire Mulder.
Par contre, le Boss pousse
trop loin le curseur concernant une intrigue
déjà bien linéaire, même
si elle maintient le suspense, en la lestant
également de moments déjà
vus dans la série, histoire de bien
enfoncer le clou. Les poursuites dans l’escalier,
Scully et Skinner se braquant de leur arme,
l’OVNI se révélant être
un hélicoptère, et c’est
incroyable comme la vie des hôpitaux
se voit perturbée dans les X-Files…
De plus, comme adversaire, outre le Hunter
dont on commence à bien connaître
le numéro (idem pour Grayson), nos
héros doivent se contenter d’un
bien terne Kirsh.
Son ascension se perçoit
comme un fade palliatif à la dramatique
absence du Fumeur. Un seul être vous
manque et tout est dépeuplé :
comme tous les héros, ceux des
X-Files ont besoin d’un grand
adversaire pour briller, et l’absence
de celui-ci laisse un vide béant. Kirsh,
dont l’interprète James Pickens
se montre également bien moins enthousiasmant
que Davis, se révèle une simple
nuisance, guère plus. Le talentueux
Kirk B. R. Woller s’en sort beaucoup
mieux, mais Gene Crane n’aura jamais
l’éclat ni la densité
des fabuleux méchants de jadis.
Même si Krycek, aveuglé par la
haine, a refusé la succession de l’Homme
à la Cigarette, on ne peut s’empêcher
de penser que sa présence, comme celle
de Marita, aurait considérablement
relevé l’épisode.
Hélas, comme cela se
confirmera par la suite, Carter se révèle
incapable de donner à ces deux fabuleux
personnages la place qu’ils méritent
dans ce nouveau tronçon de la série.
À la place nous aurons les Super Soldats.
Ainsi vont les X-Files… Si
la conclusion demeure frappante, on regrettera
également qu’elle désacralise
le Hunter en le multipliant : tout comme le
monstre de Alien, il y perd de son
aura. C’est également un adieu
car ce pilier de la série nous quitte
lui aussi à cette occasion…
Si Chasse à l’homme montre des limites évidentes dans son approche proprement narrative, il n’en satisfait pas moins à un cahier des charges particulièrement exigeant : Doggett, finalement affecté aux X-Files, se voit idéalement introduit et riche de promesses, tandis que la saison 8, son décor solidement mis en place, peut désormais réellement débuter. Il lui appartiendra de convaincre…
On remarque aussi un nouveau générique, pour la toute première fois de la série. Si on comprend bien entendu la nécessité de faire place à Doggett, on regrettera quelques choix malheureux parmi les nouvelles images, comme la chute de Mulder accentuée jusqu’au ridicule ou le fœtus solaire, très chic. Heureusement l’inoubliable musique de Snow perdure.
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Patience, marqué par une forte implication de Chris Carter, creuse le sillon entamé dans Chasse à l'homme en revenant encore plus explicitement aux origines des X-Files, tant du point de vue de l'ambiance et de l'esthétique que de celui de l'intrigue. Il s'agit bien évidemment d'un choix délibéré de Chris Carter face à la désaffection partielle rencontrée par la série au cours des deux saisons novatrices écoulées, mais un nouvel écueil se dessine alors, celui de la lassitude engendrée par la répétition.
Cette navigation malaisée, inévitable pour une série aux 165 épisodes, ne connaît qu'une échappatoire : le talent. Si la série ne peut varier sa thématique sans perdre son noyau de fidèles, elle conserve l’option de séduire par un haut degré de qualité sublimant des scènes maintes fois vues, sinon éculées. Patience va en établir la brillante démonstration.
Tout l'épisode se
trouve ainsi résumé dans sa
scène d'ouverture, à la fois
parfaitement classique dans son déroulement
et enthousiasmante par son esthétisme
raffiné, tout en noirceur et effets
horrifiques savamment articulés.
On reste pantois devant les efforts que
l'équipe technique a dû déployer
pour recréer l'atmosphère
de Vancouver, sombre et pluvieuse, dans
cette Californie jusqu'ici si radieuse.
L'épisode va continuer
par la suite à distiller les clichés
du temps jadis, mais portés à
la perfection. Il en va ainsi du monstre
semi humain, directement issu du déjà
lointain Flukeman et parfaitement terrifiant,
d'autant que la mise en scène de
Chris Carter sait agencer ses apparitions
pour en accroître encore l'effet.
Le shérif, hostile à l'immixtion
du FBI et aux thèses farfelues, constitue
lui aussi une figure régulière,
mais le solide Bradford English va lui donner
une dimension vociférante et machiste
assez réjouissante. On retrouve des
éléments familiers tout au
long du récit, comme cet article
des années 30, la mythique séance
de diapositives ou cette fin ouverte si
troublante.
L’interprétation
se montre aussi très relevée.
Avec de plus une intrigue en forme d'énigme
parfaitement agencée, maintenant
le suspense jusqu'au terme et glaçante
par ce concept de vengeance au long cours
(on se situe clairement dans une ambiance
à la Edgar Allan Poe), Patience
retourne bien aux sources de la série
avec une intensité forçant
l'admiration des plus blasés. Il
n'est pas exagéré de considérer
qu'il en constitue comme un manifeste et
une introduction idéale à
présenter aux nouveaux arrivants
pour leur faire saisir l'esprit et la sombre
beauté des X-Files.
Mais l'épisode poursuit
également Chasse à l'homme,
dont il représente un véritable
troisième volet, par l'approfondissement
et la consolidation de la relation amicale
entre Scully et Doggett. Doggett, dont on
apprécie l'effarement, fait ses premières
armes dans le monde du surnaturel. Il doit
surmonter les réticences d'une Scully
ulcérée devant ce qu'elle
considère comme une oblitération
de Mulder (premier épisode sans Duchovny…).
Gillian Anderson, toujours souveraine dans le registre de l'émotion, exprime à merveille les souffrances de son personnage, entre sa volonté touchante de défendre la mémoire de Mulder et de demeurer fidèle à son combat (même si sa conversion au paranormal ne semble un tantinet forcée). Ces sentiments exacerbés débordent sur son comportement et il faut bien avouer que Scully réserve un accueil polaire au pauvre Doggett, avec lequel elle se montrera un temps particulièrement cinglante. On ne saurait lui en vouloir, car on perçoit la douleur qui s'exprime ainsi, mais on apprécie que la série n'édulcore pas ses personnages et montre crûment leurs sentiments, jusqu'à la violence.
De son côté,
Doggett manifeste une compréhension
et un tact des plus admirables (Patrick
impressionne par sa justesse), retrouvant
les ressources d'humanité dont il
avait fait preuve précédemment.
Patience (écrit par Carter)
devient ainsi un récit psychologique
très abouti, nous décrivant
la rencontre et la révélation
mutuelle de deux individus finalement si
semblables. Entre respect mutuel et identique
soif de vérité dépassant
leurs opinions contraires sur le paranormal,
c'est ainsi une indéfectible amitié
qui achève de se nouer entre Doggett
et Scully. Les deux agents s'échangent
déjà des confidences particulièrement
émouvantes, ce qui se poursuivra
par la suite. Finalement Scully, s'identifiant
au spectateur, remise le panonceau « Fox
Mulder », indiquant que si, bien
entendu, Doggett ne remplace ce dernier,
il a bien toute sa place dans ce service
très particulier que sont les Affaires
Non Classées.
Si, par son classicisme
revendiqué, il manque à Patience
ce souffle supplémentaire caractérisant
les plus grands épisodes, il n'en
constitue pas moins un retour aux sources
des plus convaincants et un approfondissement
prometteur de la relation Scully/Doggett.
Débutée sous les meilleurs
auspices, cette saison 8 continue à
joliment tracer son chemin.
4.
UN COIN PERDU
(ROADRUNNERS)

L’histoire, une nouvelle
fois très classique, renoue avec un
thème populaire des films d’épouvante
américains, que l’on peut faire
remonter jusqu’à Lovecraft et
Innsmouth : les héros urbains
croisant pour leur malheur une communauté
isolée de dégénérés
ou une secte maléfique. Si la première
version avait bénéficié
d’une grandiose illustration avec La
meute, la seconde eut moins de chance
avec l’extrêmement médiocre
Une petite vie tranquille. Tout à
leur travail de refondation développé
depuis le début de la saison, les X-Files
vont redresser le cap en nous offrant un épisode
à la thématique semblable mais
autrement dense et prenant dans son traitement.
Un élément clé
de la réussite de ce type d'histoires
réside dans la progressivité
de l’effroi gagnant les personnages
quand ils se rendent compte peu à peu
de l’horreur de leur situation, prise
de conscience simultanée à celle
du spectateur qui ainsi s’identifie
à leur malheur et vit pleinement leur
angoisse. Or, ce dégradé fut
parfaitement établi par un Vince Gilligan
qui, même quand il renonce à
sa prédisposition naturelle pour l’humour,
n’en reste pas moins un auteur de scénario
particulièrement talentueux et solide.
Après l’introduction
énigmatique et horrifique à
souhait, nous retrouvons une Scully se complaisant
toujours dans une posture très mulderienne :
partir à l’improviste en suivant
une piste paranormale et ensuite seulement
daigner avertir son partenaire. Mais Scully
n’a pas la surhumaine maîtrise
des dossiers non classés du disparu
et se voit contrainte de demander l’assistance
de Doggett, avec quelques grimaces d’embarras
assez réjouissantes.
Après ce prélude
détendu, c’est une longue et
implacable descente aux enfers qui attend
notre héroïne, ponctuée
par divers paliers (l’essence, le téléphone,
le malade, le bus, la capture, la révélation
du monstre…) mais demeurant suffisamment
fluide pour garder tout son pouvoir de fascination.
L’écriture est parfaite, d’autant
qu'elle montre une Scully bien loin des jeunes
écervelés peuplant ce genre
de films (hormis les survivants) et qui, voyant
dès le début ce qui se
déroule, tente de s’y opposer
de toutes ses forces ; un combat haletant,
hélas sans résultat, mais cette
lutte donne une intensité supplémentaire
au récit.
L’épisode illustre
clairement le passage au premier plan opéré
par Scully durant cette saison, comme émancipée
par le départ de Mulder. La progression
de l’intensité dramatique finit
par déboucher sur un pur cauchemar
passablement gore, où le jeu déjà
excellent de Gillian Anderson devient véritablement
incandescent, annonçant certaines intonations
de Straightheads. L’épisode
peut également compter sur la réalisation
impeccable de Rod Hardy et d’excellents
comédiens comme le si mielleux
Lawrence Pressman ou Conor O'Farrell (Dark
Skies, Medium…) dans le
rôle d’un shérif heureusement
coopératif. L’équipe des
effets spéciaux fait encore des prodiges
avec ce monstre demeurant dans un mystère
bienvenu mais évoquant curieusement
la forme et le modus operandi des
Goa'ulds de SG1, la série
rivale au long cours. Un clin d’œil ?
Après l’intervention
réussie d’un Doggett, on s’étonne
tout de même de voir Scully encore en
vie après les dégâts subis
et prête à repartir quelque jours
plus tard avec un simple pansement. On va
finir par croire à cette théorie
issue de Photo Mortelle : la Mort
l’aurait oubliée ! On remarque
que Doggett ne mâche pas ses mots, indiquant
clairement qu’il entend être un
partenaire à part entière, ce
que Scully admet. Un coin perdu positionne
bien la relation avec Scully : la relation
professionnelle déséquilibrée
entre Mulder (clairement locomotive) et Scully
ne sera pas remplacée par une dissymétrie
opposée, mais bien par un rapport d’égal
à égal.
Encore une fois les X-Files
revisitent ici leurs fondamentaux avec une
efficacité des plus convaincantes,
l’inévitable contrepartie demeure
que le classicisme de l’intrigue empêche
l’épisode d’atteindre les
cimes de la séries, mais l’impact
horrifique de l’histoire vaut néanmoins
largement le coup d’œil et dépasse
bien des productions plus longues sur grand
écran. Pour retrouver la succession
de « remakes »
d’épisode des Avengers
signalée durant la saison précédente,
c’est bien entendu à Voyage
sans retour auquel nous avons ici affaire !
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5. INVOCATION
(INVOCATION)
David Amann
nous régale ici d’une histoire
subtilement agencée, exploitant à
merveille l’énigme représentée
par Billy, en multipliant les embûches.
Après un lancement ressemblant fort à
celui des Calusaris, l’intrigue
sème de façon similaire les indices
nous faisant croire à une créature
diabolique (couteau sanglant, réaction
archétypale du chien…), ou bien
à une faille temporelle, mais en sachant
laisser planer un doute délicieusement
déstabilisateur pour le spectateur. Celui-ci
participe de manière très ludique
à l’enquête en cours, se
forgeant son opinion au fil des indices parfois
contradictoires et des spectaculaires apparitions
de Billy.
L’exercice
se voit rehaussé par la présence
d’un faux coupable très convaincant.
La mise en scène de Richard Compton se
montre anxiogène à souhait, avec
une musique de Snow particulièrement
expressive. Le spectateur ne se contente pas
d’analyser les péripéties
de l’enquête mais ressent bien l’effroi
suscité par l’enfant.
L’interprétation
de tous les personnages se montre de fait parfaitement
convaincante, la palme revenant bien entendu
aux jeunes Kyle et Ryan Pepi (des jumeaux !),
à l’étrangeté silencieuse
vraiment glaçante. Évidemment
on pourrait rester quelque peu frustré
par la résolution finalement très
classique, renouant avec le grand thème
des apparitions post mortem justicières,
très présentes notamment dans
Medium.
Le personnage de la voyante se rapproche d’ailleurs de Allison DuBois, le personnage réel ayant inspiré cette excellente série (ave une manifestation un peu trop spectaculaire). Mais cela n’entache que légèrement la réussite cet épisode, dans la ligne de cette saison revenant avec bonheur aux fondamentaux et où les X-Files continuent de manifester un savoir-faire enthousiasmant.
Le couple Scully/Dogett,
si efficacement introduit au cours des épisodes
précédents, se positionne désormais
en ordre de marche (le policier, la scientifique).
Scully se montre plus ouverte que jamais au
Paranormal, évoquant notamment la possibilité
d’un enlèvement extra-terrestre.
On a beau faire, on du mal à s’y
habituer !
Cependant, le
personnage demeure ici un tantinet schématique,
entre questions sans réponses et conseils
quelque peu sentencieux adressés à
son collègue. En effet, sans que cela
empiète sur son sujet principal,
Invocation se centre davantage sur Doggett,
dont la faille intime, la disparition de son
fils, se voit ici introduite, induisant un comportement
exalté qui n’est pas sans rappeler
les fixations de Mulder concernant Samantha.
Robert Patrick apporte une vraie densité
à son personnage et confirme sur la durée
l’excellence de son choix pour suppléer
à l’absence de Duchovny.
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6.
COMBATTRE LE PASSÉ
(REDRUM)

Combattre
le passé (les ineffables traducteurs
français se sont surpassés)
vient compléter la trilogie temporelle
des X-Files, après le classique
voyage dans le passé d' Aux
frontières du jamais (oui, les
mêmes manifestaient déjà
une belle énergie) et le glacial verrou
de Lundi. Cette anthologie dans la
série se montre toujours plus ambitieuse
car elle s’attaque désormais
au thème toujours très risqué
que représente la déstructuration
temporelle, que cela soit des temps différents
cohabitant dans un espace contigu ou, comme
ici, une inversion du flux temporel. Ce sujet
hautement spéculatif, rarement abordé
mais produisant des chefs-d’œuvre,
comme bien entendu l’immense À
rebrousse temps de Philip K. Dick ou
Memento au cinéma, nécessite
une parfaite rigueur d’écriture,
qualité dont fait résolument
preuve cet épisode.
La solide intrigue de Steven
Maeda va en effet jusqu'au bout du concept
avec des réactions parfaitement logiques
dans l’absurde du héros mais
aussi des autres intervenants, de même
qu’un agencement des évènements
implacable et d’une parfaite cohérence.
Outre son versant paranormal, l’histoire
se double également d’un remarquable
thriller, où abondent fausses pistes
et rebondissements, soutenus par une mise
en scène de Peter Markie aussi tendue
et lugubre que l’on était en
droit de l’espérer.
La thématique de l’araignée
et de sa toile reste une remarquable idée,
renvoyant aux Parques et à l’inéluctabilité
du destin. L’interprétation paraît
au diapason, avec notamment un Robert Rodriguez,
guest des plus convaincants en brute
latino, mais surout un Joe Nortaon émouvant,
retrouvant Robert Patrick (un ami proche)
après Terminator !
L’auteur manifeste également une belle audace en reléguant Doggett et Scully (chacun bien saisi dans sa partition jouée depuis le début de la saison) au second plan, se centrant habilement sur les émotions et le désespéré combat contre la montre de Wells. Une clairvoyance payante, évoquant la réussite du Appétit monstre de la saison précédente et permettant une immersion totale pour le spectateur tout au long de ce véritable cauchemar.
Cette impression onirique
ne doit d’ailleurs rien au hasard, tant
Redrum paraît être un
hommage à Peine Capitale,
un classique de la Quatrième Dimension
où un condamné à mort
ne cesse de se réveiller pour revivre
son exécution, dans un rêve sans
issue. L’épisode se conclue sur
une note particulièrement amère,
Wells ne retrouvant pas la liberté
à la conclusion de son étonnante
odyssée. Quel que soit le sens de la
marée du temps, les happy endings
demeurent toujours aussi rares dans les X-Files…
Récit emprunt d’un
fantastique de haute volée, Redrum
(murder à l’envers,
un clin d'œil à Shining)
s’insère de plus à merveille
dans cette saison 8 brillant jusqu’ici
par des épisodes relevés mais
classiques, lui apportant un souffle créatif
au moment où son besoin s’en
faisait ressentir. Tout juste si l’on
regrettera que l’astucieuse image de
la montre de Scully fonctionnant à
rebours indique clairement une marque déjà
plusieurs fois apparue au cours de la série…
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7.
VIA NEGATIVA
(VIA NEGATIVA)
 
Le fantastique onirique
constitue un sous genre qui, par nature,
nécessite pour vraiment fonctionner
une vive imagination, ainsi qu’un
jeu subtil sur la ligne floue séparant
rêve et réalité. Wes
Craven l’a démontré
à la perfection dans Les Griffes
de la nuit, mais également les
X-Files eux-mêmes dans des
épisodes fort réussis (Cœurs
de tissu, Spores). Malheureusement,
ces indispensables ingrédients font
cruellement défaut à Via
Negativa.
Hormis la relative surprise
du Troisième Œil, l’épisode
reste constamment terne, n’offrant
qu’une invasion de rats des plus classiques
(et remémorant Teso Dos Bichos)
ainsi que quelques effets faciles, comme
la tête de Scully (avec de plus une
probabilité nulle qu’elle soit
tuée par Doggett, ce qui vide le
procédé de sa substance) ou
ces sables mouvants tant vus ou revus. On
se situe très loin des surprenant
effets lumineux de Cœur de tissu,
ou de sa connexion audacieuse avec la Mythologie.
Via Negativa échoue
également à distiller un doute
ludique sur la situation de Doggett, dont
on sait toujours précisément
s’il demeure dans la réalité
ou entre dans le domaine du Rêve.
Une scène nuit en particulier à
l’épisode : à la
fin Doggett ne sait plus s’il dort
ou non et, alors que ce trouble devrait
être partagé par le spectateur,
nous savons qu’à l’évidence
il est en train de rêver. On ne pénètre
pas dans un labyrinthe similaire à
Spores, ce qui empêche l’épisode
de fonctionner, en plus de faire échouer
totalement sa conclusion.
Si la réalisation
de Whamby demeure empreinte de savoir-faire,
de plus soutenue par la musique ad hoc
de Snow, elle abuse cependant de l’obscurité
comme cache misère et manque d’allant.
Le fantastique onirique de Via Negativa
apparaît non seulement fade, mais
aussi verbeux, car le tout se voit noyé
par ce salmigondis pseudo mystique saisissant
parfois la série depuis La Sixième
extinction, une véritable plaie
suppurante.
Et pourtant l’épisode
ne manque pas d’atouts, à commencer
par le talent toujours vivace des artistes
de la série, avec des effets spéciaux
et des maquillages comme si souvent parfaitement
convaincants. Tandis que l’on apprécie
toujours autant de voir Skinner abandonner
la posture de l’homme tronc pour sortir
de son bureau et participer à l’enquête
(il bénéficie lui aussi de
la place vacante laissée par Mulder),
Robert Patrick nous offre un superbe numéro
de comédien, sur un registre original
voyant son solide personnage dévoré
par le doute puis la peur. Évidemment,
il doit cet espace à une mise en
retrait de Scully qui n’apporte rien
sur le plan narratif. William n’est
pas encore arrivé qu’il se
montre déjà envahissant.
La série enregistre
également l’apport d’un
guest de haute cuvée avec
Keith Szarabajka, qui sera notamment Daniel
Holtz, l’un des adversaires les plus
déterminés et vicieux d’Angel
(apparu également dans Equalizer,
Profit, 24h, Prison break, The
Dark Knight etc.). Et surtout Doggett
connaît sa première confrontation
avec des Bandits Solitaires très
toniques. La scène est hilarante,
entre des Bandits Solitaires faisant passer
ce qui ressemble bien à un
bizutage à Doggett, de même
que le stoïcisme de ce dernier, passant
outre ce qu’on imagine très
bien qu’il ressent face à cette
histoire « d’assassin psychique
de la CIA » pour le bien de
l’enquête. Finalement, il réussit
haut la main son oral et le spectateur rejoint
le Trio quand ce dernier admet qu’il
n’est pas mal pour un nouveau !
Malheureusement, ces à-côtés
ne pallient que bien partiellement à
l’échec narratif de Via
Negativa, dont le titre reste révélateur
de son contre sens dans cette excellente
saison 8.
8.
À COUP SÛR
(SUREKILL)


Certains épisodes
des X-Files, plus faibles que la
moyenne, se bâtissent sur une seule
bonne idée, sans rien développer.
Surekill parvient à l’exploit
de faire de même, mais à partir
lui d’un concept vraiment limité.
À part le trucage de la vision
X dont Smallville nous abreuvera
jusqu’à satiété
par la suite, l’histoire se cantonne
à du simple remplissage, avec une
intrigue sentimentalo-policière vraiment
rachitique. Décidément les
X-Files ne sont pas solubles dans
le policier classique !
Si, comme toujours dans
cette série, l’interprétation
est excellente, les personnages, criminels
basiques, ne dégagent aucune intérêt,
entre la femme fatale à la petite
semaine, le Joe Dalton rapidement aussi
insupportable pour le spectateur que pour
ses contemporains ou le classique individu
vivant son pouvoir comme une malédiction
– particulièrement bien défendu
il est vrai par Patrick Kilpatrick. Ce dernier
sera plus tard l’un des meilleurs
Terminators de Sarah Connor Chronicles,
et le voir confronté au T1000 constitue
l’une des rares curiosités
du récit (on s’occupe comme
on peut).
On ne s’intéresse
pas du tout à cette histoire d’une
trivialité telle que l’on s’étonne
de voir les Affaires non classées
mettre tout un épisode pour la résoudre,
tant les indices semblent à portée
de main (on a parfois l’impression
de regarder Trop d’indices).
Tandis que la réalisation ne fait
qu’accompagner le rythme lent de la
si prévisible intrigue, on regrette
vraiment la fantaisie pétillante
et la flamme de Mulder, tant Scully débite
la thèse paranormale du jour comme
un cours de médecine, sentencieux
et pesant.
Cette histoire fleurant
bon l’exploitation facile du filon
du super héros finit par faire ressembler
les X-Files à un épisode
standard de Heroes (ou à
un 4 400 particulièrement
raté, c’est équivalent).
Au total l’épisode va à
coup sûr dans le mur, plutôt
qu’il ne le traverse !
9.
DUR COMME FER
(SALVAGE)
Doggett
: What are you saying ? Ray Pearce has become
some kind of metal man? 'Cause that only
happens in the movies, Agent Scully.
Scully : Does it, Agent Doggett ?
Après le trou d’air
de À coup sûr, la
saison 8 en revient à son trait principal :
le retour aux classiques de la série,
accompagné d’une grande qualité
et d’un nouveau duo d’enquêteurs.
On retrouve ainsi le thème déjà
bien usité de la vengeance post-mortem
(Vengeance d’outre-tombe, La liste,
L’ombre de la mort, Mystère
vaudou, Invocation…) même
si le décès ouvre ici sur
une nouvelle forme d’existence, particulièrement
cauchemardesque.
La mise en scène
de Rod Hardy se montre sobrement efficace,
profitant d’effets spéciaux
réussis (notamment lors d’une
spectaculaire introduction), mais pâtissant
également de quelques maquillages
faciaux pour une fois décevants.
L’intrigue suit le rituel commun à
toutes ces histoires et cet obstacle de
la répétition du thème
aurait pu se révéler difficile
à franchir. Fort heureusement, Jeffrey
Bell va introduire plusieurs notions élargissant
le champ du récit.
La série retrouve
ainsi son ton parfois contestataire pour
évoquer les expérimentations
réalisées sur les soldats
américains durant la guerre du Golfe,
même s’il ne s’agit ici
que d’une fausse piste. Au-delà
elle se livre à une critique acerbe
de ce progrès scientifique sans frein
caractérisant la recherche du profit
dans nos sociétés, ouvrant
de bien périlleuses boîtes
de Pandore, avec une bonne conscience des
protagonistes aussi irritante que désarmante.
Face aux risques multiples que développe
notre société industrielle,
notamment la gestion des déchets
(on se situe ici à l’ombre
de Seveso et de Bhopal), Jeffrey Bell pointe
bien le problème aigu de la dilution
fréquente des responsabilités,
entraînant une incertitude sur le
responsable du drame originale dans ce type
de récit.
L’histoire culmine
aussi à une rare horreur avec un
parallèle aussi glaçant que
circonstancié entre l’évolution
physique de Pearce et la destruction concomitante
de son humanité, un choix très
efficace, dans lequel on peut voir une parabole
sur le prix à payer pour notre inféodation
aux machines. On regrettera le sursaut final
qui apporte une conclusion un rien larmoyante,
d’autant qu’elle se voit lourdement
commentée par une Scully décidément
très prêchi-prêcha ces
derniers temps. L’ultime image reste
cependant terriblement poignante !
Ce dense récit renouvelant
le genre tout en en respectant les fondamentaux,
trouve son interprète idéal
en la personne de Wade Williams, le futur
chef gardien Bellick de Prison Break,
déjà remarquable de violence
contenue, explosant par à-coups et
d’une présence effectivement
minérale. Le reste de la distribution
apparaît nettement plus faible.
Le duo Scully/Doggett, désormais
totalement rodé, ne produit guère
d’étincelles durant cet épisode,
mais cette histoire d’humain se transformant
progressivement en Cyborg tueur évoque
irrésistiblement Terminator,
et l’épisode ne rate pas l’occasion
d’un clin d’œil particulièrement
amusant au T1000 ! Robert Patrick s’exclamant
ainsi qu’un homme de métal
cela ne se voit qu’au cinéma
et Scully lui demandant s’il en est
bien certain ! Un éclat de rire
des plus vivifiants dans une histoire indiciblement
sombre, même à l’échelle
des X-Files.
Il s’agira hélas de la plus faible audience de la saison, avec 11,7 millions de spectateurs. On saluera également la nullité plus manifeste que jamais de la traduction française du titre !
10. À L’INTÉRIEUR
(BADLAA)
Dans leur édification
d’un panorama global du surnaturel,
les X-Files se sont fréquemment
intéressés aux croyances
non occidentales, en provenance des quatre
coins du monde, avec des résultats
de diverses natures, d’excellent
(Anasazi, Teliko, Calusari…)
au franchement plus discutable (Mystère
vaudou, La règle du jeu…).
Hélas, À l’intérieur
se situe sans conteste dans la seconde
catégorie, tant il souffre des
mêmes tares que À coup
sûr : intrigue vraiment
minimaliste, au point d’apparaître
comme une caricature, quelques facilités
scénaristiques (Trevor réapparaissant
pile devant Doggett et Scully, réapparition
inexpliquée du Fakir) mise en scène
sobrement efficace, sans plus, argument
limité, la répétition
ad nauseam de la faculté
étrange du jour, interprétation
sans guère de relief, hormis le
guest principal…
Un tel épisode
aurait pu s’insérer avec
succès dans les premiers temps
de la série mais l’usure
de ce type d’histoire de vengeance
force le retour aux origines développé
par cette saison 8 à une exigence
de qualité sans cesse renouvelée
pour échapper au piège de
la lassitude. Or, l’épisode
ne parvient pas un seul moment à
s’y hisser, d’autant que son
aspect revendicatif se voit lesté
d’une image bien trop caricaturale
(l’Occidental obèse et méprisant
face au chétif mais digne indigène)
pour entraîner totalement la conviction.
L’épisode
ne paraît certes pas dépourvu
d’atouts, à commencer par
la formidable prestation de Deep Roy,
bien connu des amateurs des New Avengers
(Cible) dont on remarquera qu’il
est également ici muet et qu’il
prend pareillement l’apparence d’un
enfant… Si l’acteur impressionne
par la haine silencieuse qu’il exprime,
suscitant un personnage à la terrifiante
anormalité (on pense parfois à
Chucky !), la répétition
des mêmes effets tout au long des
épisodes, dépourvue de la
justification d’une véritable
histoire, finit cependant par en atténuer
considérablement l’impact.
On s’amuse de
voir sortir Doggett et Scully de leur
réserve pour entamer un amusant
duel d’hypothèses rappelant
l’époque Mulder, un mouvement
malheureusement gâché par
un final un rien mélodramatique
de la part de Scully. Le modus operandi
utilisé par le Fakir ressort bien
plus original qu’un pouvoir basique
de super héros, et autorise de
plus quelques effets gores assez croquignolets.
L’autopsie du jour de Scully est
ainsi un régal : voici une série
dans la série dont on ne se lasse
pas ! Pour sa dernière apparition
dans la série Burks se montre très
amusant. Malheureusement, ces divers éléments
demeurent périphériques
et ne peuvent pallier au manque de substance
et d’originalité de l’épisode.
11.
DÉVOREUR D’ÂMES
(THE GIFT)

   
De l’art
d’y être, sans y être,
tout en y étant. Dès
son préambule particulièrement
mystérieux, l’épisode
introduit son argument choc :
le retour de Mulder ! Mais
l’on comprend fort vite,
et c'est bien une vérité
aussi cruelle qu'injuste pour
le formidable travail accompli
jusqu'ici par Robert Patrick qui
transparaît ici : les retrouvailles,
même biaisées, avec
Fox Mulder apportent immédiatement
un surcroît d'intensité
à l'intrigue et une vraie
émotion au spectateur,
tant la série demeure indéfectiblement
liée à son personnage
fondateur.
Et pourtant, le
véritable intérêt
de l'histoire réside bien
dans la personnalité de
Doggett, sur lequel se centrent
les évènements,
car Scully n'apparaît également
que par quelques reprises d'épisodes
précédents (sans
que l'on puisse parler de clip
show). Spotnitz se montre
une nouvelle fois un scénariste
hors pair car il va développer
une trame policière particulièrement
solide, convenant idéalement
à son personnage. Celui-ci
va briller de toutes ses qualités
de policier tenace, habile mais
aussi sans concessions car n'informant
pas Scully de l'affaire, estimant
qu'elle peut y être mêlée
(une élégante justification
de l'absence de Gillian Anderson).
On suit avec un
réel plaisir cette enquête,
dynamique et au mécanisme
efficacement agencé, entre
indices, interrogatoires, études
des chronologies, recours aux
diverses ressources du FBI...
De la belle ouvrage, classique
mais diablement prenante, d'autant
que l'énigme révèle
un dénouement inattendu
de bon aloi, dans la grande tradition
du genre. Doggett ne bénéficie
pas d'intuitions géniales
mais compense cet handicap par
un travail policer rigoureux et
acharné, un ton nouveau
bienvenu apportant un relatif
renouvellement de la série.
Skinner profite lui aussi de l'espace
vacant pour quitter une nouvelle
fois son bureau, mais il apparaît
ici clairement sacrifié
à la figure de Doggett,
n'intervenant qu'en périphérie.
Il apporte néanmoins une
dimension supplémentaire
à ce versant policier,
avec une fenêtre ouverte
sur les intrigues du Bureau et
les menaces planant sur Scully.
Spotnitz ne néglige aucune
potentialité de pimenter
son intrigue !
L'aspect fantastique
de l'histoire se connecte de manière
très fluide au policier
grâce à l'honnêteté
intellectuelle de Doggett et à
sa soif de vérité.
Il se montre également
très réussi, grâce
à un monstre de la Semaine
impressionnant, étonnant
mélange de Mutato et du
Diable du New Jersey. Le récit
lui insuffle une émouvante
humanité tandis que les
personnages humains, à
commencer par l'imposant shérif,
connaissent un subtil dégradé
de la sympathie jusqu'à
la violence homicide, demeurant
toutefois habilement ambivalente
car motivée par un souci
de protection des éléments
malades de la communauté.
Le récit
de Spotnitz développe également
une discordance agréablement
déstabilisante entre la
bonté du monstre et son
apparence horrible, ainsi qu'entre
son don prodigieux et la manière
abominable dont il s'opère
(qui nous vaut d'ailleurs quelques
passages gores assez stimulants).
Une épouvante de qualité,
d'une dimension aussi littéraire
qu'audacieuse dans son propos
(notamment par l'étonnante
personnalité du héros).
L'épisode
se voit soutenu par une interprétation
sans failles, au premier rang
de laquelle figure une nouvelle
fois l'enthousiasmant Robert Patrick.
La mise en scène de Kim
Manners se montre également
d'un rare impact, utilisant une
très large gamme d'effets
avec un goût très
sûr et une réelle
imagination (image mordorée
des flash back, judicieux angles
de caméra sur le monstre,
jeux d'ombres et de lumières
très esthétiques,
opération « post
mortem »...) tandis
que la musique de Snow et les
maquillages comme si souvent incroyables
concourent pleinement à
l'ambiance. Spotnitz achève
la réussite de cet épisode
particulièrement dense
avec une pétillante intervention
de Bandits Solitaires tirés
du lit. Outre les dialogues amusants,
on relèvera que la tenue
de nuit de ces Messieurs révèle
leur personnalité : robe
de chambre rouge de tombeur pour
Frohike, plus proprette et d'un
chic classique pour Byers et du
simplement n'importe quoi pour
un Langly dépenaillé
et sans pantalon ! Encore une
fois de quoi regretter le recours
à Google de I want
to believe...
Enfin, The
Gift (un titre convenant
idéalement à cet
épisode si relevé)
présente l'ultime intérêt
d'évoquer des souvenirs
aussi précieux que nostalgiques
pour les amateurs de grandes séries
fantastiques. Un petit village
isolé dans les bois, et
abritant de lourds secrets, un
cacique omniprésent et
à la forte personnalité,
un démon (certes spécial)
errant dans la nature, des évènements
surnaturels, un agent du FBI venu
enquêter et désormais
disparu… L’épisode
prend parfois comme des allures
d’hommage à cette
grandiose série qu’est
Twin Peaks et l’on
se prend volontiers à rêver
d’un Doggett venant découvrir
ce qu’il est advenu de Dale
Cooper…
Récit virtuose
et manifeste éclatant du
savoir-faire unique toujours détenu
par les X-Files en cette
huitième saison, The
Gift se permet de conclure
sur l’image troublante d’un
Doggett entrevoyant Mulder devant
son bureau. Image prophétique
car le retour tant espéré
approche désormais à
grands pas…
12.
LUMINESCENCE
(MEDUSA)

  
Le décor
aussi particulier qu’anxiogène
du métro (et du monde
obscur s’étendant
dans ses replis cachés)
nous a valu plusieurs excellents
films d’épouvante
(Death Line, Creep, Mimic…).
Luminescence choisit
l’option du commando affrontant
le péril, au lieu de
celle du quidam perdu dans les
ténèbres, ce qui
n’est pas a priori
le choix permettant les émotions
les plus fortes.
De plus, le classicisme de cette saison 8 rejaillit particulièrement, avec un choix archétypal des personnages et un déroulement de l’action suivant les incontournables péripéties du genre. Nous retrouvons donc le héros valeureux, (un Doggett beaucoup plus convaincant que Mulder dans ce genre d’exercice), le responsable cynique uniquement préoccupé par le business, le gros bras impressionnant qui finit par craquer nerveusement, la scientifique efficace mais dépassée par l’inconnu, l’indispensable série de victimes connaissant un funeste destin particulièrement gore… Disons-le, on se situe ici en terrain plus que connu.
Toutefois, le
format limité de l'épisode
et la mise en scène épurée
de Richard Compton poussent
l’épisode vers
la quintessence du genre :
aucun temps mort, aucune inutile
digression ne viennent ralentir
la progression de l’horreur
au fur et à mesure
qu’un groupe de plus en
plus réduit s’enfonce
dans les souterrains et que
la mort frappe. L’intensité
dramatique et le suspense demeurent
intenses, jusqu’à
une conclusion hélas
un peu trop vite expédiée
(un court-circuit vraiment miraculeux…),
mais il est vrai que ce n’est
pas la distance qui compte,
mais le chemin parcouru !
L’épisode
vaut aussi par sa production,
une nouvelle démonstration
de savoir-faire de la part des
X-Files, qui restera
sans doute comme la série
ayant le mieux filmé
l’obscurité et
son effroi. Les effets spéciaux
impressionnent et cette lueur
méphitique s’étendant
sur le corps et les visages
de Doggett et Bianco se révèle
inquiétante au possible.
On admire également le
colossal décor du tunnel
réalisé à
l’occasion, parfaitement
mis en valeur par la caméra
de Compton.
Tandis que le
duo Scully/Doggett se révèle
aussi solide qu’à
l’accoutumée, avec
des fonctions bien dessinées,
Luminescence enregistre
également l’apport
de plusieurs guests
de choc. Ainsi Penny Johnson,
bien avant de devenir la terrible
Sherry Palmer de 24h Chrono,
accomplit déjà
une belle performance, et on
ne peut s’empêcher
de sourire quand Scully évoque
la possibilité d’une
arme biochimique installée
par des terroristes…
On remarque également
la présence courte, mais
efficace, de Judith Scott (Jake
2.0, Dexter...), Brent
Sexton (Life, Deadwood,
Surface...), et de Ken
Jenkins (le Dr Kelso de Scrubs),
tous déjà parfaitement
convaincants ici.
Rien d’innovant
dans cet épisode donc,
mais une qualité le situant
dans les authentiques réussites
du genre, devant bien des productions
plus longues, mais moins intenses.
Avec Per
Manum, la saison 8 entame
une seconde période.
Après une série
de loners d’intérêt
variable, mais globalement solides,
introduisant Doggett et marquant
un retour prononcé aux
sources de la série,
nous entamons ici un vaste arc
narratif mythologique, qui verra
le retour, provisoire, de Mulder
et se conclura par la naissance
de William (et un important
départ de la série).
On ressent quelques
frissons lors de cette ouverture,
tant l’épisode
résulte grevé
par plusieurs facilités
de scénario vraiment
dérangeante. Plusieurs
passages étonnent (et
détonnent) vraiment,
notamment quand Scully pénètre
sans coup férir et presque
directement dans la salle contenant
les embryons difformes ou quand
la machination complexe se voit
presque déjouée
par une simple cassette vidéo
mal étiquettée.
On sait bien que L'Homme à
la Cigarette n’est plus
aux commandes, mais tant de
négligence laisse tout
de même pantois. On ne
discerne pas non plus clairement
ce que tout ceci apporte à
la conspiration alors que la
future mère, même
méfiante, est entre leurs
mains, de même que l’hôpital
militaire. On ne peut s’empêcher
de trouver toute cette complexité
inutile de leur part.
Mais cette écriture
malaisée du récit
ne vient que modérément
entacher la réussite
de l’épisode. En
effet, celui-ci permet de retrouver,
à un niveau rarement
égalé, l’une
des caractéristiques
majeures de la série :
la paranoïa. C’est
dans un véritable cauchemar
sans fin que se retrouve plongée
Scully, avec cette succession
de traîtrises de la part
des médecins, en qui
toute confiance se voit normalement
placée. Le proverbial
« Trust No One »
apparaît plus que jamais
d’actualité, avec
aussi l’implication
de Knowle Rohrer, collègue
et ami de Doggett, interprété
par le solide Adam Baldwin (Chuck,
The Inside, Firefly…).
On ignore encore sa nature véritable…
Jusqu’au mari éploré
qui se révèle
membre de la conspiration !
Il en résulte un vertige
très agréable
pour le spectateur, finissant
par atteindre Scully qui se
refuse contre toute raison à
dire la vérité
à un Doggett qu’elle
a pourtant appris à connaître,
comme le souligne Skinner lui-même.
Cette psychose gagnant l’héroïne
accroît encore, de manière
très habile, le trouble
ressenti, au point que l’épisode
prend parfois des allures de
pur cauchemar.
Marqué
par la mise en scène
de Kim Manners et la musique
de Mark Snow qui s’entendent
à merveille pour susciter
l’angoisse, l’épisode
se caractérise par deux
autres grandes idées :
les nombreux flash back introduisant
Mulder et une tentative de fécondation
in vitro de Scully
avec les ovules découverts
dans Memento Mori (une
hypothèse de moins pour
la venue de William !).
Certes, après l’excursion
de Mulder dans The Gift,
cela commence à faire
beaucoup de révélations,
mais ce fait s’explique
par le rajout de cette saison
8 au schéma initialement
prévu par Carter (ici
à la plume).
Avec un peu
de bonne volonté cela
fonctionne très bien,
d’autant que ces scènes,
toutes somptueuses, s’intègrent
à merveille dans le récit,
selon un l’art toujours
subtil de Manners. L’atout
maître de Per Manum
demeure bien cependant Gillian
Anderson elle-même, qui,
dans les flashs back comme dans
l’épreuve actuelle,
se montre absolument sublime
d’émotion, donnant
une humanité et un courage
bouleversants à son personnage.
La relation intime entre Mulder et Scully se révèle désormais au grand jour, et comme existant depuis longtemps s’il faut remonter à Memento Mori (mais la datation des flashs back reste imprécise). Cet excellent mythic s’achève toutefois avec plusieurs questions en suspens, annonçant idéalement la suite de l’arc narratif. Qui tire les ficelles de la conspiration maintenant que le Fumeur est sensé avoir pris la porte de sortie définitive ? Quelle est la vraie nature de l’enfant qu’attend Scully ? La confiance de Doggett est-elle perdue ? C’est un univers bien inquiétant et incertain qui se dessine pour notre héroïne en cette seconde partie de saison…
Outre la courte
apparition, muette, de Mark
Snow comme l’un des médecins
de l’hôpital militaire,
on notera également l’un
des plus beaux inserts publicitaires
de la série (avec une
pomme bien connue…).
14/15.
ESPÉRANCE/RENAISSANCES
(THIS IS NOT HAPPENING/DEADALIVE)

  
Scully
: Mulder... Hi.
Mulder :
Who are you ?
Scully
: Oh, my God. Don't do that to
me. Do you know... ? Do you have
any idea what you've been through
?
Mulder :
Only what I see in your face.
Anybody miss me ?
Le traditionnel
double épisode mythologique
de mi-saison (décalé
ici du fait de la structure narrative
retenue) débute par une
première partie assez décevante
par son manque de flamme, mais
aussi de rebondissements. Une
fois que l’on a compris
que les disparus de Bellefleur
réapparaissent et surtout
aperçu Jeremiah Smith dans
ses œuvres, on prévoit
facilement comment le segment
va se dérouler, sans que
le moindre évènement
vienne nous contredire. Le récit
se voudrait haletant mais des
épisodes du même
type se sont souvent montrés
autrement plus dynamiques par
le passé.
La mise en scène
de Manners se montre certes très
efficace (superbe photographie)
mais ne suffit pas à enflammer
cette histoire trop prévisible.
De plus on regrette certaines
facilités, comme cette
réapparition de Jeremiah
que l’on ne prend pas la
peine d’expliciter, alors
même qu’on l’avait
laissé en bien mauvaise
posture face au Bounty Hunter.
Si on ne boude pas son plaisir
de retrouver un Roy Thinnes toujours
vaillant, il faut bien admettre
que son rôle se résume
à bien peu de chose, une
fausse piste limpide concernant
la résurrection de Mulder,
avant un énième
enlèvement (les aliens
ne font même plus l’effort
de demeurer discrets, cela commence
à sentir la poudre). Toutefois,
la musique de Mark Snow semble,
elle, plus pénétrante
que jamais et Scully nous offre
plusieurs scènes bouleversantes,
en particulier avec Skinner. Elle
semble vraiment à bout
de forces (avec une scène
finale un peu trop démonstrative),
mais le destin semble continuer
à s’acharner…
Cette première
partie se voit rehaussée
par une apparition déterminante
en la personne de Monica Reyes,
et c’est peut dire que l’on
est d’emblée conquis.
L’étoile du soir
des X-Files, à
l’opulente et sombre chevelure,
ainsi que les grands yeux bruns
d’Annabeth Gish, une actrice
une nouvelle fois formidable dans
cette série en comportant
tant. Elle impose d’emblée
son personnage, avec un naturel
forçant l’admiration.
Outre son charme très latino
et le regard nouveau qu’elle
apporte sur les évènements,
on apprécie son allant
et sa radieuse joie de vivre.
L’humour qu’elle distille
(avec de petites gaffes et un
étonnant clin d’œil
aux Morley-light !) se goûte
d’autant plus qu’il
apporte une nouveauté vis-à-vis
du pathos de Scully, certes toujours
exprimé avec le même
talent par Gillian Anderson mais
ayant tendance à devenir
omniprésent au fil des
épisodes.
Après un accueil assez mordant (cela devient une habitude), Scully apprécie visiblement elle aussi la solidité, la vivacité et l’ouverture d’esprit de cette nouvelle variable dans l’équation complexe des évènements. En fait, tout comme avec Doggett, c’est bien à la naissance d’une véritable amitié que l’on assiste, dans la grande tradition du genre. La relation Doggett-Monica reste encore en devenir, mais ses bases s’installent déjà avec le partage du drame paternel du policier. Aussi Monica Reyes, ultime figure majeure de la série à entrer en scène, apparaît-t-elle dès ses débuts comme un personnage captivant mais également riche en potentialités.
Nouvel insert évident, cette fois pour un célèbre équipementier sportif…
Après le
cliffhanger attendu (l’apparition
du corps de Mulder jouxtée
à la disparition de Smith)
reste à savoir si sa seconde
partie va enfin dynamiser le double
épisode. Fort heureusement
c’est ce qui se produit,
car après une troublante
ouverture sur l’enterrement
de Mulder parfaitement glacial
(les Bandits Solitaires y assistent,
l’inverse ne se vérifiera
pas…), le récit
va multiplier cette fois les rebondissements
inattendus et les moments de grande
tension. La surprise de Billy
Myles retrouvant son apparence
d’origine (avec quelques
composantes aliens…) vaut
le coup d’œil, de
même que la séquence
d’exhumation de Mulder,
un vrai joyau de suspense.
Mais l’épisode
gagne encore en intensité
avec le retour en fanfare d’un
Krycek aussi diabolique et charismatique
que jamais, porté par un
Nicholas Lea particulièrement
incandescent. On retrouve notre
Alex tel qu'on l'aime, mortel,
sadique, brillant. Un pur régal
et une parfaite illustration du
surcroît d’intérêt
que peut apporter un grand méchant
à une série déjà
de très haut niveau. On
apprécie de voir le pourtant
redoutable Doggett perdre son
duel contre Alex, celui-ci ayant
accumulé une expérience
unique en matière de survie
et de coups tordus. Son intervention
présente aussi le mérite
de replacer le fil rouge du futur
William, dans cet épisode
déjà bien rempli
(on se demande cependant pourquoi
il ne se charge pas de Scully
lui-même…). Aux côtés
de Lea, Gillian Anderson domine
une nouvelle fois la distribution,
sachant communiquer avec une force
inouïe au spectateur le féroce
espoir se substituant à
la souffrance, et enfin la merveilleuse
délivrance ressentie par
son personnage. L’éveil
de Mulder reste ainsi un pur moment
d’émotion et de liesse,
déjà ponctuée
par une plaisanterie du gaillard.
Le roi de la vanne est de retour,
et on aime ça !
Certes on
pourra critiquer la vacuité
des scènes entre Doggett
et Kersh, du délayage inutile,
ainsi que l’explication
peu convaincante de la résurrection
de Mulder après la destruction
du vaccin (merci tout de même
à l’Anglais, qui
se rappelle ainsi à notre
bon souvenir). Différences
de températures, providentiel
traitement anti-viral, tout ceci
demeure assez fumeux et expédié,
mais il fallait bien trouver une
porte de sortie ! L’essentiel
reste bien que le double épisode
parvient en fin de compte à
remplir son objectif principal,
réintroduire avec l’éclat
qu’il convient Mulder dans
la série. Et l’on
se languit déjà
de retrouver Monica…
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16.
CONFIANCE
(THREE WORDS)

  
Plus que sur une affaire se contentant de brasser des thèmes connus et d’avancer quelque peu vers la révélation des Super Soldats (ils sont parmi nous…), c’est bien sur la psychologie des personnages que se centre l’épisode.
Si Doggett,
en policier honnête et
humain, et Skinner en sage adepte
de la modération se situent
dans leur registre coutumier,
la surprise vient évidemment
de Mulder. Après être
demeuré en suspension
(d’une manière
similaire à I Want
To Believe) Mulder se jette
de nouveau dans l’action
mais imbibé d’une
paranoïa plus ardente que
jamais, dont Doggett fait les
frais. Ce dernier devient la
fixation du ressentiment et
de la colère de Mulder
face à ce qui lui est
arrivé, aux menaces pesant
sur les Affaires non Classées
et à un monde qui a changé
sans lui.
On perçoit
bien que l’on sort ici
du rationnel et que Mulder reste
encore sous le choc, tandis
qu’il faut bien parler
de jalousie envers Doggett.
Scully se montre elle-même
très protectrice mais
peine à comprendre ce
que traverse son compagnon qui
finit, comme toujours, par se
réfugier dans l’action
après des retrouvailles
amusantes avec les Bandits Solitaires.
Cette difficulté à
communiquer entre les deux héros
apparaît comme une nouveauté
particulièrement poignante.
L’épisode
marque un retour passionnant
réussi de Mulder car
offrant un portrait très
réaliste et sans concessions
d’un personnage contraint
de rebâtir sa vie. On
retrouve également la
saveur des épisodes mythologiques
de jadis.
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17.
EMPEDOCLE
(EMPEDOCLES)

 
Cet épisode
ne manquant pas d’atouts
constitue la parfaite illustration
du dicton selon lequel « Qui
trop embrasse mal étreint
». En effet chacun des
segments de l’histoire
(Mulder /Scully et Doggett/Monica)
pris séparément
présente un intérêt
certain, mais ils cohabitent
sans s’enrichir réciproquement,
comme simplement juxtaposés.
Dévorant l’espace
restreint d’un épisode,
ils s’empêchent
l’un l’autre de
se développer mutuellement.
C’est ainsi que Mulder n’apporte en définitive rien de concret à l’enquête en cours ou que Doggett ne se rend dans la chambre d’hôpital de Scully que pour percevoir des réminiscences s’assimilant à des visions, outre un court dialogue des plus creux. La seule exception concerne la rencontre entre Mulder et Monica, agréablement acidulée tout en demeurant amicale. Et découvrir notre héros pour une fois confronté à une personne plus « ouverte d’esprit » que lui vaut le coup d’œil !
De fait,
on aurait aimé que le
récit se centre beaucoup
plus sur Monica et Doggett.
L’affaire du jour, dense
et astucieuse (très proche
de MillenniuM ou de
Grotesque), nantie
de surprenants effets spéciaux,
constitue le moteur de l’intrigue
et souffre d’être
ainsi trop brièvement
expédiée. Et,
surtout, les deux agents, qui
représentent l’avenir
d’une série que
Duchovny va bientôt quitter,
établissent ici leur
relation, un évènement
majeur parasité par les
histoires de pizza, cadeau surprise
et énième rebondissement
de la grossesse décidément
au très long cours de
Scully.
On adore
bien entendu Mulder et Scully
et leurs retrouvailles font
chaud au cœur, entre humour
et émotion (excellent
clin d’œil à
Dingue de toi), mais
ces scènes de psychologie
auraient dû s’insérer
dans l’épisode
précédent, clairement
orienté vers les sentiments
d’un Mulder redécouvrant
le monde. D’autant que
l’on s’explique
malaisément cette évolution
très rapide d’un
couple quelque peu bloqué,
vers l’aspect fusionnel
qu’il donne ici.
Les X-Files semblent ici écartelés entre la gestion d’un glorieux passé et l’édification de l’avenir, ce qui ne peut que s’avérer préjudiciable à terme. Demeure tout de même la bonne nouvelle que la belle Monica, qui confirme ici son charme souriant et son vif intérêt, gravite de plus en plus autour des Affaires non Classées…
Empédocle
d'Agrigente fut un philosophe
grec présocratique (Ve
siècle avant JC) particulièrement
original, mêlant la dialectique
philosophique grecque à
la cosmologie et aux croyances
de l’Orient ancien. Il
décrit la Haine, mais
aussi l’Amour, sous formes
proches de maladies contagieuses,
soit le thème de l’épisode.
L’activité
plus ou moins forte de chacune
de ces maladies, suivant des
cycles, détermine les
phases ascendantes ou descendantes
de l’Humanité.
Également scientifique
et ingénieur fasciné
par le feu, la légende
veut qu’il meure en se
précipitant dans l’Etna.
Le Complexe d’Empédocle
définit les personnes
désirant s’immoler
par le feu. Les effets spéciaux
de l'épisode représentent
également une allusion
à ces flammes chères
au philosophe.
Toute
à ses retrouvailles
avec le ton des origines,
la saison 8 renoue ici avec
un thème ayant fait
les riches heures de la
série depuis Projet
Arctique ou Quand
vient la nuit :
les héros isolés
dans un contexte hostile,
en proie à un adversaire
anxiogène au plus
haut point, dans la tradition
de The Thing. Une
fois de plus le procédé
fonctionne à merveille
avec un suspense intense
et allant crescendo
au fur et à mesure
que la situation des héros
devient plus précaire.
L’épisode
sait également innover
vis-à-vis du canevas
original avec une coupure
moins radicale que précédemment
(le jeu des communications
tient un grand rôle
dans l’intrigue) et
surtout le couplage avec
la Mythologie via le retour
d’un Grand Ancien,
l’Huile Noire (absente
depuis Fight The Future),
sans doute l’un des
adversaires les plus terrifiants
que Mulder ait jamais affrontés.
Le fluide méphitique
se prête merveilleusement
à l’exercice,
par son caractère
nocif mais aussi intrusif,
semant un doute très
ludique sur la réelle
personnalité des
divers membres d’équipage
croisés, tandis que
peu à peu s’impose
l’implacable vérité
de leur totale assimilation.
Avec le recul, la scène
initiale les voyant tous
singer l’humanité
fait réellement froid
dans le dos !
L’original
et imposant décor
de la plate-forme maritime
joue également un
grand rôle dans l’intensité
dramatique époustouflante
de Vienen, avec
ses coursives obscures et
son environnement hostile,
jusqu’à un
spectaculaire dénouement
pyrotechnique qui fera date
dans la série !
La caméra de Hardy
sait agréablement
varier ses effets, entre
intenses moments d’action
mais aussi moments plus
intimistes, comme le dialogue
entre Doggett et Garza,
également très
réussi. Les effets
spéciaux, une nouvelle
fois, se montrent étonnants
de qualité. Rien
ne manque à l’appel
de cette réussite
palpitante, y compris une
autopsie haute en couleurs
d’une Scully qui reste
décidément
à la barre jusqu’au
bout. Sans aller jusqu’à
parler de message écologique
à propos du rapprochement,
déjà pratiqué
par le passé, entre
l’abominable Huile
Noire et le pétrole,
l’épisode jette
un regard incisif sur les
pressions que le lobby énergétique
peut faire peser sur les
enjeux de morale et de sécurité,
rejoignant ainsi la sensibilité
contestataire de la série.
L’interprétation
se révèle
également un atout
de cet épisode comportant
quelques guests
de choix, comme Miguel Sandoval,
le futur Procureur Devalos
de l’excellent Medium
ou M.C. Gainey (Tom, bras
droit de Ben Linus dans
LOST). On regrettera
simplement le tour de passe-passe
scénaristique voulant
que certains indiens soient
immunisés contre
l’Huile Noire…
Vienen marque aussi la véritable rencontre entre Mulder et Doggett, après les orages des premiers temps entre ces deux fortes personnalités. Rien de tel qu’une épreuve du feu vécue en commun pour forger une amitié et il demeure intéressant de discerner comment une entente finit par établir ces deux individus si dissemblables via les points communs essentiels que constituent la moralité, l’abnégation et la soif de vérité. Alors que Scully reste en retrait dans cette histoire d’hommes, la réserve notée lors de l’épisode précédent concernant des personnages se phagocytant mutuellement semble moins prégnante ici.
Au
démentiel ballet
à quatre se substitue
une action centrée
sur deux personnes et s’il
demeure évident qu’un
seul agent aurait pu accomplir
l’aventure avec un
agencement légèrement
différent, chacun
a un espace suffisant pour
affirmer sa personnalité
et sa pertinence. L’épisode
marque aussi le renvoi du
FBI d’un Mulder qui
en fut jadis l’un
des éléments
les plus prometteurs. Une
conclusion sans doute inéluctable
et qui annonce déjà
le départ définitif
de Duchovny, avec un passage
de témoin des plus
éloquents !
Après
le renvoi de Mulder, le départ
apparemment indéfini
de Scully en congés maternité
(Gillian Anderson n’a
alors pas encore confirmé
sa participation à la
saison 9) laisse Doggett bien
seul aux commandes des Affaires
non Classées. Cette sortie
de scène, encore partielle,
comme le montrera la suite de
l’histoire, s’accompagne
d’un fort amusant rappel
des grands moments écoulés,
avec Scully égrenant
ses objets souvenirs :
la pièce double de Zone
51, le collier du regretté
(ou non) Queequeg, et le fameux
porte-clés Apollo offert
par Mulder dans Tempus Fugit
(et remontant à
Espace), qui jouera un
rôle important dans le
récit, tant pratique
que symbolique. Chris Carter
et Frank Spotnitz ont émaillé
chaque inflexion majeure de
leur série par ce genre
de clin d’œil, mais
le procédé s’accompagne
ici d’un sens plus vaste.
En effet,
Mulder et Scully apparaissent
comme changeant de nature, passant
de héros actifs à
éléments du décor
de la Mythologie. Ils deviennent
mythiques eux-mêmes par
les nombreuses citations de
leurs exploits passés
(on remonte jusqu’à
l’ami Eugène, amateur
de foie gras). Ce phénomène
avait déjà été
enclenché par les références
citées par Doggett lors
des épisodes passés,
y compris concernant les Bandits
Solitaires, mais atteint ici
un paroxysme, tandis que Scully
et Mulder, qui retrouve les
également emblématiques
graines de tournesol,
apparaissent agir en soutien,
déjà presque depuis
les coulisses.
Les amateurs de jeux de rôle retrouvent ici une figure de style bien connue, où des Personnages devenus trop prestigieux ou puissants se transmutent en éléments référentiels de l’Univers de Jeu, leur permettant de demeurer présents tout en autorisant la suite d’une partie normale, avec de nouveaux individus. C’est bien cette combinaison complexe, mais finalement pérenne, que le suprêmement habile Spotnitz tente ici d’installer, soit une voie nouvelle et convaincante de développement de la série. Hélas cela ne constituera pas la solution finalement retenue, avec une Scully demeurant inutilement et nuisiblement dans la partie.
À
côté de ce brillant
aspect mythologique, Spotnitz
n’oublie pas de nous régaler
d’une aventure absolument
trépidante, avec comme
atouts maîtres un suspense
horrifique de haute volée
et hautement claustrophobique
ainsi qu’un métamorphe
ophidien parfaitement terrorisant.
Sa mise en scène se montre
également vive et imaginative,
multipliant les effets visuels
avec une totale réussite
(vue subjective, angles de vues
ascendants, images floutées,
ralenties ou accélérées,
effets spéciaux spectaculaires,
jeux d’ombres et de lumières,
rotations de caméra,
champs–contrechamps variés
etc.).
Seul prend parfois l’aspect dune bande dessinée saisissante de vie. Scénariste dense et profond ainsi que réalisateur inspiré, Spotnitz confirme encore une fois, si besoin en était, qu’il représente bien une des colonnes majeures du temple des X-Files (ses commentaires audio d’un épisode dans lequel il s’est totalement investi s'écoutent avec le plus vif intérêt).
Une ultime
grande idée réside
dans l’introduction du
personnage aussi hilarant qu’émouvant
de l’Agent Leyla Harrison
(excellente et ravissante Jolie
Jenkins, très justement
prénommée). Apparaissant
véritablement comme le
porte-parole des fans de la
série, elle pousse jusqu’à
son paroxysme l’entrée
dans le Mythe de Mulder et Scully
grâce à ses multiples
citations énumérées
comme un Évangile. Dans
l’ultime scène,
absolument remarquable, Mulder
et Scully comme déjà
ailleurs, racontent leur propre
légende avec verve et
humour caustique (Duchovny et
Gillian sont absolument épatants).
Mais Leyla ne se contente pas
d’être une groupie
et, malgré sa naïveté
et son inexpérience,
participe à l’aventure
avec courage. Elle aura bien
mérité des Affaires
Non Classées, même
si elle est finalement mutée
(un vrai service à lui
rendre) et l’on comprend
que Doggett lui remette le fameux
insigne Apollo.
Par ce
geste Carter et Spotnitz entendent
évidemment remercier
leur public du soutien apporté
depuis tant d’années,
une attention que bien peu de
séries auront, mais les
liens très intenses tissés
avec les fans restent bien une
caractéristique majeure
des X-Files. Avec le
problème effectivement
nébuleux du retour de
nos héros à la
fin de Fight The Future,
Spotnitz leur lance d’ailleurs
un joli clin d’œil
quand Leyla, qui vit éveillée
le fantasme absolu de tous les
fans, pose à Mulder et
Scully le type même de
questions que les plus passionnés
d’entre eux posent toujours
aux auteurs et interprètes
durant les conventions !
On retrouvera ce personnage
particulièrement sympathique
dans Scary Monsters,
la saison prochaine.
Tandis
que se déroule cette
scène pratiquement en
dehors du temps et de l’espace
de la série, Doggett
en demeure symboliquement exclus,
lui, récemment arrivé
et qui est alors censé
assurer seul la poursuite du
cours normal de l’histoire.
Une conclusion particulièrement
mélancolique le renvoie
à sa solitude…
Monica, vite !
Épisode
subtilement mythologique, trépidant
et d’une écriture
vraiment éblouissante
alliant humour et épouvante,
Seul vient apporter
une parfaite conclusion à
la succession de loners
le plus souvent d’excellente
facture caractérisant
cette saison 8. Et voici que
s’avance déjà
le double Mythic de fin de saison,
première partie d’un
vaste arc en quatre parties.
L’"Enfant Jésus"
sera bientôt là !
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20/21.
ESSENCE
(ESSENCE / EXISTENCE)


La
catastrophe de fin de saison
(le crépuscule de
l’odieux) débute
déjà extrêmement
mal avec une introduction
constituant le plus bel
exemple de logorrhée
pseudo mystique dont nous
aura régalé
la série depuis La
sixième extinction.
Le fait qu’elle soit
ânonnée par
Mulder ajoute encore au
ridicule de la chose. Fort
heureusement cela restera
comme l'ultime entrée
en matière de ce
type dans la série.
Si
on se réjouit pour
Scully et Margaret de la
scène chaleureuse
du début (avec la
meilleure réplique
de l’épisode
(« C’est
un complot ! »,
en parlant des poupées…),
la série retombe
dans le médiocre
avec ce personnage de Lizzy
Gill dont n’importe
qui ayant vaguement suivi
les X-Files devine
instantanément qu’il
s’agit d’une
infiltration. Gill, même
superbement incarnée
par la talentueuse Frances
Fisher (Eureka, The
Shield), ne sert d’ailleurs
strictement à rien
sinon à introduire
la grande révélation
tant attendue concernant
la nature de William.
Et
bien il s’agit du
résultat d’une
vague expérience
génétique
menée par une branche
subsistante du Syndicat
(nous ramenant à
la calamiteuse seconde partie
d’Emily),
ayant échoué
partout ailleurs, mais qui
marche bien sûr avec
Scully. Et on va dire du
coup qu’il est d’une
essence supérieure,
et que ce doit être
(ou pas) Mulder le père.
Tout ça pour ça…
Pour
le reste le scénario
se limite au linéaire
avec des va-et-vient répétitifs
et besogneux entre les différents
laboratoires (bonne idée
que la tête de Parenti
dans le formol) et une unique
course poursuite à
rallonge, aux rebondissements
des plus rebattus. On distingue
également plusieurs
invraisemblances, avec ces
médecins à
la duplicité révélée
dans Per Manum
et qui cependant ne changent
rien à leurs habitudes,
dont leur salle des horreurs
toujours aussi commodément
accessible.
On
reste aussi confondu de
découvrir que cet
enquêteur acharné
qu’est Doggett n’avait
pas vu que Parenti et Lev
étaient associés
dans Zeus Genetics. Il s’en
lave les mains ou quoi ?
La mise en scène
de Manners demeure très
efficace, mais impuissante
à donner de la vigueur
à cette histoire
très faible et à
susciter dans l’épisode
l’intensité
propre aux grandes fins
de saisons écoulées.
Au-delà
de la très faible
intrigue, aboutissant à
un cliffhanger
également particulièrement
faible comparé aux
antérieurs, nous
apprenant, quelle surprise,
que Scully est toujours
poursuivie, deux éléments
se révèlent
particulièrement
dévastateurs, obérant
d’ailleurs dès
à présent
le devenir de la saison
suivante.
Tout d’abord, et cela nous tombe violemment sur les épaules au cours de cet épisode, toute cette histoire interminable, avec son pathos afférent, autour de William et de cette grande énigme ne débouchant que sur du verbeux, on commence vraiment à s’en lasser. Tout ceci devient trop démonstratif, loin du tabou subtil et souvent pétillant entourant la relation Mulder et Scully. Auparavant on sollicitait élégamment et ludiquement l’imagination du spectateur, maintenant on assène avec de gros sabots des effets larmoyants supportables uniquement grâce à l’immense talent de Gillian Anderson.
Plus
dommageable encore, la série
connaît un travers
majeur avec la nature des
nouveaux adversaires récurrents,
les Super Soldats. Avec
leurs caractéristiques
de cyborgs et l'implacabilité
de leur mission, ils évoquent
irrésistiblement
Terminator, d'autant
qu'ils désirent ici
la naissance de celui présenté
comme un sauveur pour l'humanité...
Bien entendu Terminator
reste une grandiose réussite
de la Science-Fiction à
l'écran, mais se
situant rigoureusement à
l'opposé de ce qui
constitue l'intérêt
et la spécificité
des X-Files. Tout
au cours de la Mythologie
la menace reste diffuse,
complexe, nimbée
d'un fascinant mystère,
ici elle s'exhibe d'une
manière particulièrement
basique et spectaculaire
à la manière
d'un blockbuster
que la série n'a
pas vraiment les moyens
d'imiter (travers déjà
observé dans Fight
the Future).
Cette
réification, renforcée
par la vulgarisation des
apparitions des Petits Gris,
fait perdre de son... essence
à la série,
en un dramatique contresens
vis-à-vis de tout
ce qu'a édifié
Carter jusqu'ici. Il demeure
certes plaisant d'observer
l'ancien T1000 confronté
à des similis T800,
notamment dans des scènes
clins d'œil à
Judgement Day (parking,
ascenseur...) mais ceci
paraît tout de même
anecdotique. La théâtralité
de William se conjugue à
celle des Super Soldats,
avec pour résultante
une simplification réductrice
de la série bien
regrettable.
Tout
ne ressort pas négativement
dans cette première
partie. Le talentueux Kim
Manners dispose toujours
de l'effarante technicité
de la série, même
si tournant quelque peu
à vide ici.
Que la confrontation finale
se déroule au sein
même du siège
du FBI s'avère une
excellente idée :
cet endroit, malgré
les complots, apparaissait
comme un sanctuaire et sa
profanation rajoute une
intensité supplémentaire
à la scène.
Le renfort de Monica fait
autant plaisir à
l'équipe qu'au spectateur,
mais le véritable
pompier de l'épisode
se nomme incontestablement
Alex Krycek, de nouveau
après Deadalive.
Nick Lea manifeste une formidable
présence et, tandis
que l'apparition de son
personnage au FBI produit
le même effet choc
que lors de Requiem,
un véritable twist
survient avec son alliance
soudaine. L'effet est considérable,
et l'on conviendra que voir
Mulder lui confier la protection
de Scully restera dans les
annales. Mais où
est la cohérence
alors que Krycek exigeait
dernièrement l'arrêt
de la grossesse et que personne
ne l'interroge sur cela
? Sinon les amateurs
des Avengers apprécieront
que le Billy Miles version
Alien soit devenu tel un
Cybernaute exécutant
sa liste de victimes d'un
revers mortel de la main,
avec un niveau de réalisme
néanmoins bien plus
explicite que pour ses prédécesseurs…
Hélas,
malgré les méritoires
efforts de Krycek et Monica,
la seconde partie ne va
que prolonger les faiblesses
de la première, avec
une vacuité encore
davantage ressentie. Le
récit se scinde en
deux, avec un versant féminin,
où il ne se déroule
pour ainsi dire rien jusqu’à
l’accouchement qui
va mettre fin à une
grossesse comptant parmi
les plus longues de l’univers
des séries télé.
Billy nous refait une énième fois son numéro (Zachary Ansley n’a pas du tout la présence d’un Brian Thompson en Bounty Hunter) tandis que l’alliée providentielle se révèle elle aussi une Super Soldate, un « rebondissement » pour le moins relatif. Heureusement la décidément surprenante Monica meuble joliment avec un chant de baleine et une prestation de spiritisme réjouissants tandis qu’une vraie complicité se noue avec Scully.
Le
versant viril ne vaut guère
mieux avec derechef de multiples
cavalcades dans des couloirs,
parkings et escaliers déserts,
soit très exactement
ce dont on nous avait déjà
régalé dans
Essence. Merci,
quand c’est si bon
on en reprend une louchée,
c’est certain. Et
sans oublier que Billy…
Et bien Billy nous refait
une énième
fois son numéro !
On ressent parfois la trouble
impression de revoir Lundi,
si ce n’est le scopitone
de Zorro est
arrivé. Sacré
Billy, toujours sur la brèche.
Comme l’attention
ne demeure guère
fixée, on se surprend
à constater que la
réputation du Bureau
aux États-Unis doit
être bien dissuasive
pour qu’il puisse
se dispenser d’avoir
le moindre gardien de nuit
dans ce vaste édifice.
Fort
heureusement, Alex continue
à irradier de son
aura cruelle et flamboyante
et à nous enthousiasmer,
comme lorsqu’il laisse
à Skinner tout juste
le temps de se glisser dans
l’ascenseur, du grand
Krycek ! Surtout ce
personnage particulièrement
irrésistible, qui
aura tant et tant apporté
à la série,
connaît une issue
digne de lui, après
un face-à-face d’une
rare intensité avec
Mulder puis une spectaculaire
exécution par un
Skinner implacable (il a
ses raisons…). Ainsi
disparaît l’ultime
figure marquante de Conspiration,
portée par un Nicholas
Lea réellement transcendant.
Cela signifie hélas
que la saison 9 devra se
dérouler sans lui,
avec une absence d’adversaire
récurrent captivant
qui lui coûtera beaucoup.
La
convergence des deux fils
de l’intrigue, avec
à la clef une juxtaposition
temporelle guère
convaincante, échoue
également à
emporter l’adhésion.
On reste confondu de découvrir
les Super Soldats évacuer
bien gentiment les lieux
alors qu’ils étaient
jusqu’ici censés
en finir avec William. Aucun
semblant d’explication
ne nous est fourni, Mulder
et Scully soulignant même
cette énigme. Au
terme d’une saison
et d’un arc narratif
construits autour de cette
naissance, tout ceci fait
pour le moins désordre.
On remarque également
que le prochain effacement
de Mulder n’est nulle
part annoncé ou justifié.
Le spectateur reste aussi
catastrophé par le
parallèle pesamment
tracé entre la naissance
du Christ et celle de William
(l’étoile ayant
guidé Mulder, les
Super Soldats en population
accourue, les Bandits Solitaires
en Rois Mages etc.). C’est
lourd, théâtral,
appuyé, c’est
William. Alors bien entendu,
par l’alchimie unique
existant entre David Duchovny
et Gillian Anderson et parce
que l’on adore Mulder
et Scully depuis si longtemps,
l’ultime vision du
couple s’embrassant
enfin, en portant l’enfant
du miracle, fait sincèrement
chavirer les cœurs.
Au moment où Carter
ne sait pas encore si la
série va être
reconduite, ce parachèvement
lui fournit une conclusion
nettement plus optimiste
et fédératrice
que celle, sombre et dure,
de Requiem. Mais
cela ne suffira pas, il
s’en faut de beaucoup,
à éclipser
l’absolue réussite
de celui-ci par cette histoire
considérablement
plus mal construite et floue.
Par
son manque de densité,
Essence conclue
par une vraie déception
une saison 8 jusque-là
très solide et convaincante.
Pire encore, par la double
funeste direction sur laquelle
elle lance la série
(William et Super Soldats),
elle augure bien mal de
la prochaine saison, au
moment précis où
Duchovny, mais aussi Nick
Lea, tirent leur révérence.
Une perspective guère
encourageante…
Enfin,
on note que les titres originaux
des deux épisodes,
en Français dans
le texte, constituent une
référence
à la célèbre
maxime de Jean-Paul Sartre,
selon laquelle L’existence
précède l’essence,
soit le fondement de son
courant philosophique, l’Existentialisme.
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TOP
5 SAISON 8
1)
Seul
: Épisode
bilan par excellence,
fourmillant d’irrésistibles
références
à de grands moments
de la série. Il
lance un vrai cri d’amour
aux fans, représentés
par la craquante Leyla,
elle-même un grande
idée de scénariste.
Mulder et Scully commencent
à prendre congé
avec une finesse et une
élégance
rares, en laissant toute
sa place à un Doggett
qui ne restera pas seul
bien longtemps. Un sillon
que ne creusera hélas
pas la série. L’art
de Spotnitz à son
sommet.
2)
Combattre le passé
: Variation
fascinante et parfaitement
aboutie sur l’un
des thèmes éternels
de la Science-Fiction,
le voyage temporel, sur
un ton très Twilight
Zone .
L’épisode
représente une
superbe évocation
de liberté créatrice
unique qu’autorise
ce genre, d’autant
plus admirable quand elle
s’accompagne de
rigueur narrative.
3) Le
dévoreur d’âmes
: Magnifique
et très sensible
histoire de Spotnitz,
sublimée par la
mise en scène inspirée
de Kim Manners ; un épisode
centré avec justice
sur Doggett, personnage
dont la qualité
demeure la meilleure surprise
de la saison. Formidable
interprétation
de Robert Patrick.
4) Per manum
: Épisode
mythologique dense et
trépidant, développant
un climat de paranoïa
fleurant bon les riches
heures de la série.
On reste émerveillé
devant la formidable prestation
de Gillian Anderson et
l’art du flash back
démontré
par Kim Manners. Autant
de promesses qui se révèleront
trahies par un Essence
très délayé.
5) Vienen
: Épisode
renouant avec une veine
particulièrement
féconde de la série,
et nous valant le plaisir
de retrouver une vieille
connaissance, l’Huile
Noire. Une montée
au feu en commun pour
Mulder et Doggett, avec
un passage de témoin
au terme d’une captivante
aventure.
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Crédits
photo : FPE.
Images
capturées par Estuaire44.
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